Henri Octave BRESSE (1888-1915), ingénieur, tué à la guerre de 14-18

Préambule

Cet article a pu être rédigé à partir des documents qui m’ont été transmis lors de successions.

D’autre part, ma cousine Corinne, fille cadette de mon oncle Paul BRESSE, m’a aussi transmis des documents qu’elle avait en sa possession, comme les diplômes, les lettres de mon oncle Henri, avant et pendant la guerre, à ses parents et frères et sœurs.

Cet article s’est appuyé aussi sur les revues de « Vienne et la Guerre » qui ont été publiés de 1914 à 1918 de façon hebdomadaire. Cette revue été publiée sur le modèle de « L’illustration 14-18 ». Il y a eu un article de 4 pages sur le Lieutenant Henry BRESSE, dans la revue du 7 Novembre 1915.

Origines

Henri Octave BRESSE, mon oncle, né le 18 Avril 1888, à Vienne (Isère) était le fils de Louis-François BRESSE et de Emma Octavie BERTINI, voir les articles précédents.

Pour l’Etat civil, il a été enregistré comme : Octave, Hippolyte, Henri, Gustave

Octave vient sans doute de sa mère Emma, Octavie. Hippolyte vient sans doute d’un parrain. Gustave était le prénom de son grand-père, Gustave BRESSE.

Son prénom était souvent orthographié Henry, on ne sait pas pourquoi.

 Quelle a été la descendance de Louis-François, dit Francis BRESSE et de Emma Octavie BERTINI ?

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Françoise (1887-1860),

Henri-Octave (1888-1915),

Louise-Madeleine, dite Madeleine (1889-1981)

Laurent, Paul, Eugène (1891-1973)

Jean Louis Félix Gabriel (1894-1982) , mon père

Les 5 enfants, avec de gauche à droite : Françoise, Jean, Paul, Henri, Madeleine. Photo colorisée par Jean-Claude FINAND

Quelle a été la vie de Henri étant jeune ?

J’ai peu de détails sur la vie de Henri et ses études à Vienne. Sans doute, il les a faites à l’Institution catholique Robin qui fête ses 150 ans cette année. Mon grand-père avait fait le choix de mettre ses enfants dans des écoles catholiques.

Il faisait la collection des cartes postales et écrivait ou recevait des cartes de ses frères et sœurs (voir article précédent)

Après son baccalauréat en 1905, Il est parti à Paris à l’école privée Bossuet, puis au Lycée Saint Louis pour préparer les concours des grandes Ecoles. Après avoir été admissible à Polytechnique, Il est admis à l’Ecole des Mines, en 1908.

Il a fait un séjour à Richmond près de Londres du 25 Mai à fin Aout 1908 .

A l’école des Mines, il a fait des stages et des voyages dans le cadre de ses études.

Pour chaque voyage, il a fait un rapport très détaillé des installations.

En 1909, il fait un stage aux mines de Bruay et un voyage pour visiter des mines et des aciéries dans le Nord et en Belgique.

Voilà par exemple, le dessin d’une aciérie.

En 1910, il a fait un voyage en Suède et en Norvège.

Il a fait des croquis et mis des photos dans ce rapport de 200 pages

Il obtient le diplôme de l’Ecole des Mines le 31 juillet 1911.

Service Militaire

En 1911, il est incorporé au 44 ème Régiment d’artillerie et effectue ses 2 années de service.

Carrière d’Ingénieur

En Octobre 1913, il est ingénieur à la société Française « Travail Electrique des Métaux » du groupe Rothschild.

Le 1 er Aout 1914, il devait s’embarquer pour Saint Pétersbourg, où il allait, à 26 ans, assumer la direction de la succursale de la société en Russie.

Mobilisation pour la guerre de 14-18

Il est affecté au 1 er régiment d’artillerie lourde à La Fère (Aisne).

Pendant la guerre, il écrit régulièrement à ses parents, frères et sœurs, avec les moyens disponibles (carte postales en franchise postale, lettre..). Ses parents, peuvent aussi lui répondre et lui envoyer des colis. Les lettres et les colis se croisent. Les colis sont prioritaires.

Tous les hommes de son âge étaient mobilisés : mon père Jean qui a eu 20 ans en 1914, Paul SAUTREAUX, le mari de sa sœur Françoise, mobilisé en tant que médecin, Charles LACOMBE, Charles BUISSON, ses oncles. Son frère Paul BRESSE n’a pas été mobilisé, du fait de sa surdité. Il s’est engagé comme infirmier-brancardier à l’Hôpital Complémentaire n°2 de Vienne, de septembre 1914 à décembre 1917

Une importante correspondance arrivait à la maison de Saint Marcel à Vienne.

Correspondance de Henri, pendant la guerre de 14

Des échanges de courrier émouvants et affectueux essayaient de combler l’angoisse de savoir les hommes au front, en première ligne dans cette guerre si meurtrière.

Par exemple, le 4 Octobre 14, près de Craonne (Aisne), Il décrit la vie des combattants : « Me voici devenu un homme des bois.., Il commence à faire froid… »

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Sa batterie est mise en route.  Il prend part à la terrible bataille de Charleroi, (21 au 23 Aout 14) puis à la retraite sur Paris et à la bataille de la Marne. (5 – 12 Septembre 14)

Pendant la retraite en Belgique, il se distingue par son sang-froid, dans un moment critique, et devient Lieutenant. Il est officier de renseignements, poste dangereux qui demande du coup d’œil, de l’esprit de décision et une connaissance approfondie de la technique de l’arme.

Lettre du 5 Octobre 14

Il prend des nouvelles de son frère Jean, mon père, qui est aussi mobilisé comme fantassin et il espère qu’il n’est pas au feu. Il dit que la guerre est effroyable et espère que la guerre se termine bientôt.

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Lettre du 17 Octobre 14

Il dit qu’il est toujours dans la région de Craonne (Aisne) et qu’il y a une période d’accalmie pour la guerre. Avec les hommes de sa batterie, ils ont construit un cahute creusée dans le sol pour s’abriter. Il a gardé un manteau en plus de sa tunique et demande à sa mère de lui envoyer des caleçons longs.

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Lettre du 10 Novembre 14

Il s’inquiète de son frère Jean.

Avec un sergent, ils ont continué leur abri souterrain pour se protéger, en particulier du froid. Pour le reste, la nourriture, il n’y a pas trop à se plaindre avec parfois, du chocolat, du gruyère, du thé et du vin.  Par contre, c’est un peu toujours la même chose, de la viande avec des légumes secs. Il manque des légumes et fruits frais.

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Il écrit à son frère Paul resté à Vienne, employé comme infirmier à l’hôpital (Voir article précédent)

« Le moindre petit mot fait ici plus de plaisir que nulle part ailleurs. » ou alors : « Je sais que tu continues l’œuvre admirable qui t’occupe depuis le début : c’est toi qui a la part la plus ingrate. » Lettre du 24 avril 1915. Ou encore il envoyait à son frère ces paroles de réconfort : « Tu es aussi utile à Vienne qu’au front. »

Lettre du 2 décembre 14

Il explique comment il s’aide des avions qui envoient les positions ennemies par les ondes radio qui sont émises depuis la tour Eiffel. Il avait un appareil de réception TSF.

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Ensuite, au moment des batailles de l’Artois, (9 mai 1915 au 25 juin 1915), il prend le commandement d’une section de batterie, en particulier équipé d’un canon à courte portée, donc très près des lignes de front. Il est frappé mortellement, par un éclat d’obus, le 12 Mai 1915, à 15 H, à Bertonval (Pas de Calais)

A la suite de son décès, le 12 Mai 1915

La revue « Vienne et la Guerre » N° 3 du 7 Novembre 1915 a publié un gros article sur sa vie et sa mort, avec beaucoup de témoignages de gens qui étaient avec lui au front.

Témoignage du sous-lieutenant d’artillerie Rousse, qui prévient sa tante, Mme Krohn, à Paris.

Témoignage du Commandant de la batterie, dont Henri BRESSE était le lieutenant.

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Il est enterré au Cimetière militaire d’Ecoivres, au Mont Saint Eloi, près d’Arras

En 1964, soit 50 ans après, j’ai accompagné mon père dans les différents endroits où il avait fait la guerre de 14-18 : Somme, Champagne, Verdun… Il en a parlé dans ses mémoires de la guerre

Nous sommes allés au Cimetière militaire d’Ecoivres, où j’avais fait une photo de la tombe de mon oncle.

En 2014, soit 100 ans après, avec mon épouse, Monique, nous sommes retournés dans les différents endroits de la guerre de 14-18. Nous avons retrouvé la tombe de mon oncle au Mont Saint Eloi.

Dans ce cimetière, il y a aussi des Britanniques tués en 1916 puis des Canadiens tombés lors de la conquête de Vimy en 1917. Il regroupe aujourd’hui 1 728 tombes du Commonwealth – dont 828 canadiennes – et 786 françaises.

Ce cimetière est parfaitement entretenu, sans doute aussi avec le financement des Britanniques et des Canadiens. Toutes les tombes sont répertoriées.

La mémoire de mon oncle Henri entretenue par la famille

Pour mes grands-parents, et surtout ma grand-mère, le décès de leur fils a été une rude épreuve.

Son décès était aussi évoqué dans les correspondances entre les autres enfants et les parents.

Par exemple, lettre de mon père, Jean à sa mère.

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Ou lettre de mon père Jean, caporal à son frère Paul :

« Notre frère est mort de la plus belle mort qui puisse être. » Henry faisait partie du 1er Régiment d’Artillerie Lourde, responsable de canons à courte portée.

« Je n’oublierai jamais que j’ai un frère à venger. »

« Demain une messe est célébrée pour les morts du 99ème régiment, j’y prierai pour notre brave Henry. »

Les parents ont voulu que sa mémoire soit pérennisée.

Sur le caveau familial, dans le cimetière de Vienne, ils ont fait faire un petit monument en bronze, avec son portrait en 3 dimensions.

En conclusion, ce qui a été dit par l’article de « Vienne et la Guerre »

« Jeune et plein de vie, en plein épanouissement de ses remarquables facultés intellectuelles, tous les espoirs lui étaient permis. Il était l’orgueil des parents. Il serait devenu, peut-être, l’honneur de sa ville natale. »

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