Paul BRESSE (1 ère Partie) : Sa vie

Laurent, Paul, Eugène BRESSE, né le 26 février 1891, était le fils de Louis-François BRESSE et de Emma Octavie BERTINI, voir les articles précédents.

Pour voir l’image en grand, cliquez droit et faites « ouvrir dans un nouvel onglet »

Françoise (1887-1860), qui a épousé Paul SAUTREAUX (1885-1928), médecin

Henri-Octave (1888-1915), ingénieur des Mines, qui a été tué pendant la guerre de 14-18

Louise-Madeleine, dite Madeleine (1889-1981) qui a épousé Pierre GARDON (1884-1979) Juge de Paix

Laurent, Paul, Eugène (1891-1973) architecte qui a épousé Antoinette Marie ODIER-MECKLING (1915-1983)

Jean Louis Félix Gabriel (1894-1982) qui a épousé Madeleine Marie SEVE (1903-1943), puis Suzanne Elisabeth HENRY (1911- 2000)

Les 5 enfants, avec de gauche à droite : Françoise, Jean, Paul, Henri, Madeleine. Photo colorisée par Jean-Claude FINAND

Corinne Molliet-Bresse, fille cadette de Paul BRESSE a rédigé la biographie de son père en mai 2021. Les textes qui suivent en sont des extraits que je publie en collaboration avec elle.

Antoine, Anne et Corinne, les enfants de Paul BRESSE, sont mes cousins germains, puisque Paul BRESSE était le frère de mon père Jean BRESSE. 

Jean François BRESSE

Plan des publications :

  • 1 ère partie : sa vie
  • 2 ème partie : ses carrières professionnelles : architecture, archéologie
  • 3 ème partie : Paul BRESSE et Vienne
  • 4 ème partie : ses passions, ses amitiés

Enfance et jeunesse

Jusqu’à ses douze ans, Paul vit une vie de famille équilibrée et animée dans la grande maison de St Marcel, entouré de ses parents et de ses quatre frères et sœurs.

Son père, Francis BRESSE est avoué et maire de Vienne. Il dirige la maisonnée avec une bienveillante autorité. Sa mère, Emma BERTINI, venait d’une famille de musiciens : son grand-père Henri BERTINI (1798 Londres – 1876 Meylan, près de Grenoble), fut un pianiste virtuose, compositeur de musique, laissant une œuvre préromantique d’environ 500 morceaux dont de nombreuses compositions pour piano. Voici ce qu’en dit Wikipédia : http://en.wikipedia.org/wiki/Henri_Bertini

La surdité : Un handicap ? Une infirmité ?

Paul Bresse était sourd depuis l’âge de douze ans, en 1903 : une surdité totale, définitive, survenue après une série d’otites à répétition.

On parle souvent de l’isolement provoqué par la surdité qui supprime l’environnement sonore, les bruits du monde… Son père Francis y a été sensible, mesurant les difficultés que Paul allait rencontrer dans sa vie d’écolier, d’étudiant, de travailleur, mais aussi sa vie sociale et amoureuse. Il lui a fait apprendre la lecture labiale. Francis s’est beaucoup impliqué par la suite dans des œuvres sociales d’entraide. Il a organisé durant la guerre de 14-18 des secours aux militaires et blessés. Francis BRESSE a été élu Conseiller Général au Département de l’Isère, en 1910 jusqu’en 1928. Il était au Parti Radical Socialiste. Il a eu diverses implications : « Président de la Caisse Agricole Mutuelle du Dauphiné, Président des Pupilles de la Nation, Président du Comice Agricole Bon Marché de Vienne, Vice-président de la Commission des Hospices de Vienne ; il a aussi créé le sanatorium de Seyssel.»

Francis recherche une personne pouvant aider Paul. Il est indéniable qu’il n’a pas pu continuer à fréquenter la classe de l’école secondaire du lycée de Vienne. Il a donc eu une préceptrice, Madame Dupin. On se demande quelle méthode elle a employée pour apprendre à Paul à lire sur les lèvres. Par l’observation des lèvres de l’interlocuteur, qui lui-même doit s’efforcer de bien articuler les syllabes, la personne sourde s’appuie aussi sur la suppléance mentale de son cerveau qui est capable de reconstituer la conversation. Paul est persévérant et courageux. Il le montrera toute sa vie.

Pour Paul, la communication avec les autres restait difficile. Il n’était, heureusement, pas sourd de naissance, il a entendu pendant 12 ans, mais son élocution était devenue étrange, beaucoup de personnes ne le comprenaient pas; j’ai entendu cette remarque bien souvent, ce qui me peinait. Il percevait des vibrations. Paul chantait ! : « Ma cabane au Canada ». Bien sûr, il n’avait pas pu l’entendre sur les ondes avant ses douze ans, puisque Louis Gasté l’a composée pour Line Renaud en 1947… Les orthophonistes ont essayé à plusieurs reprises de l’appareiller, mais cela était trop inconfortable pour lui, les appareils installant des bruits bizarres et des bourdonnements. Imaginons des acouphènes en permanence, des sons distordus, un brouhaha sonore… Petit, il s’est construit comme tous les autres enfants dans une grande famille de sept personnes. Je suis sûre que tout de suite, il a relevé le défi de cette surdité survenue brusquement, s’est accroché à ses apprentissages jusqu’au BAC. Puis il a fait de brillantes études d’architecte, réalisé des travaux passionnants et reconnus. Nous le verrons plus loin. Il a oublié les moqueries, les discriminations. Bien sûr il vivait dans le silence, l’environnement sonore d’une maison avec une vie de famille animée lui était étranger, les paroles et les mots spontanés, les interpellations à distance de Nine, son épouse et de ses trois enfants, restaient impossibles. Dans sa profession d’architecte, il était absent des réunions, des rencontres de chantier : il a toujours dû travailler avec un architecte associé.

Mais voilà, la communication restait un peu difficile avec Paul, puisqu’il fallait toujours se placer face à lui et bien articuler pour se comprendre : la discussion demandait de la patience, de la concentration, limitait la spontanéité des mots et phrases lancés. En famille, nous le comprenions bien, même si le son des mots qu’il prononçait était déformé. Mais j’ai côtoyé grand nombre de personnes qui avaient du mal à saisir ce qu’il disait. Et bien sûr nous parlions avec nos mains, inventant même des signes imagés. Nous, ces trois enfants, sommes restés très expressifs dans nos conversations toujours rendues, à ma grande joie, très vivantes.

Paul était un être très sociable, recherchant l’échange et le contact, très apprécié de tous, avec de nombreux amis. Nous rendions visite aux membres de sa famille à Lyon, Vienne ou à Artas. Nine, notre mère, était très liée à sa famille de Genève. Nous nous fréquentions beaucoup. Lors des visites, réunions de famille et repas, séjours dans les chalets du Salève, tous reconnaissaient son parcours si intéressant, son courage et son talent.

J’ai souhaité faire un petit détour sur cette polémique autour de la surdité et des enseignements existants au début du 20ème siècle pour que les enfants sourds puissent apprendre et grandir.

La langue des signes a été interdite pendant des décennies, depuis 1880 par le Congrès de Milan regroupant 255 participants, éducateurs et spécialistes de l’enseignement pour enfants sourds. Ces personnes avançaient leurs arguments en faveur du langage oral en affirmant que les enfants sourds devaient impérativement apprendre à parler. Le compte-rendu de séance relève les avis des opposants à la langue des signes :

« Le langage mimique est surabondant et parle trop vivement à la fantaisie et à l’imagination. »

« La méthode orale convient mieux à l’instruction religieuse. Il faut rendre les sourds-muets à Dieu. »

« Les élèves sourds sont plus physiologiquement humains depuis que nous les élevons par la parole. »

La langue des signes, liée à l’expression corporelle, est considérée alors comme inconvenante, puisqu’elle accentue l’expression du visage en lien avec la gestuelle des mains.  Bien évidement les mimiques sont nécessaires pour compléter le sens de la phrase.

Un préjugé terrible affirmait, à l’époque, que les sourds muets ne pouvaient pas avoir une intelligence développée. Certains les traitaient même de « sauvages » ! ?

Pendant 100 ans, la langue des signes se voit donc interdite !

En 1980, un siècle plus tard, surgit « Le Réveil Sourd »: écrivains, journalistes, linguistes, sociologues travaillent à la requalification de la langue des signes. Jean Crémion crée une association : « deux langues pour une éducation », et  un centre social et culturel pour sourds.

En 1991, la langue des signes est réintroduite dans les écoles: c’est la fin de l’obligation d’enseigner la méthode orale et les parents peuvent choisir une éducation orale ou bilingue, en y associant la langue des signes qu’ils apprennent également.

En 1993, Emmanuelle Laborit, sourde de naissance, reçoit le Molière de la révélation théâtrale pour son rôle dans « Les Enfants du Silence. » Elle avait rencontré en 1976, à l’âge de 7 ans, Alfredo Corrado, acteur et metteur en scène sourd. Il avait créé l’International Visuel Théâtre des sourds à Vincennes où Emmanuelle Laborit a appris le métier de comédienne après son BAC. Puis, plus tard en 1994, souvenez-vous, elle nous a enthousiasmés avec son livre  « Le Cri de la Mouette ».

Le métier d’interprète en langue des signes est validé par un diplôme. La reconnaissance avance… Les sourds communiquent plus aisément.

En 2005, la langue des signes est reconnue comme une langue à part entière

On reconnaît maintenant combien elle peut créer un véritable moyen de communication, de parole pour les sourds. Il suffit de suivre un discours politique, un exposé, à la télévision traduit simultanément en langue des signes, pour se rendre compte que tout peut être dit, exprimé avec cette langue, jusqu’aux  textes les plus ardus. Et nous regardons fascinés la gestuelle si rapide et précise des interprètes !

Etudes

Paul est né et habitait à Vienne. Il y a été écolier puis lycéen. A douze ans, Paul devint sourd, mais il a poursuivi sa scolarité secondaire dans les meilleures conditions.

On peut penser qu’on riait de sa peine et bien souvent on se moquait de lui. Ses parents lui donnèrent l’appui dont il avait besoin en la personne de Madame Dupin de Bagnols. Cette dame lui a servi de professeur, de préceptrice. Paul a pu poursuivre sa scolarité jusqu’au baccalauréat. Il est entré à l’Ecole des Beaux Arts de Paris, puis de Montpellier où il a obtenu un diplôme DPLG : architecte urbaniste « Diplômé Par Le Gouvernement. »

Sur ses plans et courriers divers, Paul signe et se définit comme « architecte-archéologue » ou « architecte-urbaniste » ou encore « architecte-décorateur. »

Par la suite, est-il allé étudier à la Villa Médicis de Rome ?  Il a fait un séjour à Rome de 1921 à 1923. Crée en 1666 par Louis XIV, cette institution, Académie de France à Rome, accueille, encore de nos jours, pour une année, des artistes de différentes disciplines : entre autres, un secteur « Restauration des œuvres d’art et des monuments ». Il a effectué des séjours à Pompéi et à Rome. Très tôt, il s’est passionné pour l’archéologie comme ses travaux à Vienne le montrèrent par la suite.

Guerre de 14-18

Le Conseil de Révision exempte Paul de partir au front en raison de « surdité- mutité ».

Non Mobilisable. Il aurait cependant été présent sur le front quelques temps puisqu’il racontait que n’entendant ni les balles, ni les tirs d’obus, il faisait « comme les autres », se plaquant au sol ou fuyant ventre à terre… Une balle aurait même une fois lacéré son pantalon sans toucher sa jambe !

Paul s’est engagé comme infirmier-brancardier à l’Hôpital Complémentaire n°2 de Vienne, de septembre 1914 à décembre 1917.

Tous les hommes de son âge étaient mobilisés : Henri et Jean ses frères, Paul SAUTREAUX, le mari de sa sœur Françoise, mobilisés en tant que médecin, Charles LACOMBE, Charles BUISSON, ses oncles. Une importante correspondance arrivait à la maison de Saint Marcel à Vienne.

Des échanges de courrier émouvants et affectueux essayaient de combler l’angoisse de savoir les hommes au front, en première ligne dans cette guerre si meurtrière.

Son frère Henri, ingénieur des Mines, lieutenant au 1er Régiment d’Artillerie Lourde fut tué par un éclat d’obus le 12 mai 1915 au Mont St Eloi. Il écrivait à Paul resté à Vienne, employé comme infirmier à l’hôpital :

« Le moindre petit mot fait ici plus de plaisir que nulle part ailleurs. » ou alors : « Je sais que tu continues l’œuvre admirable qui t’occupe depuis le début : c’est toi qui a la part la plus ingrate. » Lettre du 24 avril 1915. Ou encore il envoyait à son frère ces paroles de réconfort : « Tu es aussi utile à Vienne qu’au front. » Dans une de ses lettres, Henry demande qu’on lui envoie sa blague à tabac et du papier pour écrire…

Une correspondance suivie s’était établie aussi avec son frère Jean, caporal, qui, lors de la mort d’Henri, leur frère aîné, lui écrit avec émotion et tristesse. J’ai relevé certains fragments de ses lettres :

« Notre frère est mort de la plus belle mort qui puisse être. » Henry faisait partie du 1er Régiment d’Artillerie Lourde, responsable de canons à courte portée.

« Je n’oublierai jamais que j’ai un frère à venger. »

« Demain une messe est célébrée pour les morts du 99ème régiment, j’y prierai pour notre brave Henry. »

« Quand donc pourrons-nous voir les Boches déguerpir devant nous ? »

« J’ai besoin d’un peu de galette pour l’arrosage des galons. »

« Je suis très content de mes poilus. »

« On suit avec impatience les succès russes et on espère bientôt la formidable offensive anglaise. »

Et puis, plus énigmatique :

« Tu recevras un petit rouleau. » Ou alors : « J’attends le résultat de mon petit envoi, peut-être ne seront-elles pas très bien à cause du mauvais temps. » De quoi s’agit-il ? De photos bien sûr ! Paul devait faire développer les rouleaux de pellicules que Jean lui envoyait. Déjà la passion de la photographie !

Et aussi avec l’affection d’un frère, Jean le sermonnait :

« Il faut que je te remonte un peu, on n’a pas idée de voir tout en noir comme toi. »

« Il ne t’est pas permis comme nous de venir combattre, mais n’oublie pas le rôle que tu remplis à Vienne. »

Enfin la victoire ! Une carte postée le 11 novembre 1918 fait dire à Jean : « Un jour qui comptera dans l’histoire du monde. » Assurément !!!

Madame Dupin de Bagnols lui écrit ces mots magnifiques en 1916 :

« Les infirmiers qui, comme toi savent panser les blessures du corps, mais qui trouvent aussi un peu de baume réconfortant pour les pauvres cœurs brisés et malheureux. »

Son action, en tant que résistant pendant la guerre de 39-45

Paul BRESSE s’engagea dans le mouvement de la Résistance de novembre 1941 à septembre 1944. Dès 1941, il organisa un groupe de Pré-résistance à Vienne : « Les Amis des temps Nouveaux », dont le chef était l’Abbé Tenard de l’Institution Robin.

Stanislas Fumet a très bien résumé son engagement en lui remettant l’attestation suivante en décembre 1945 :

« C’est l’esprit de résistance de Temps Nouveau qui l’avait séduit. Nous faisions alors de l’anti-collaborationnisme assez peu déguisé et la lettre de Paul Bresse m’avait fait comprendre qu’il était, lui aussi, dès cette époque, un patriote réfractaire à l’esprit que Vichy essayait de faire régner en zone dite libre. »

Paul Bresse s’est occupé très activement de la diffusion de « Témoignage Chrétien » dont le chef à Lyon était le Colonel Rémy. Il a fait plusieurs liaisons de Vienne à Paris en passant la ligne de démarcation en fraude. Il diffusait également des Communiqués de Radio Vatican.

Il était membre de la Section Franc Tireur n°6, son nom de résistant était Humulus.

Pourquoi Humulus ? Que ce nom évoquait-il pour lui ?  C’est probablement une référence à « Humulus le Muet », comédie de Jean Anouilh et de Jean Aurenche, saynète écrite en 1939.

Paul connaissait Jean Aurenche pour avoir été son collaborateur sur un film documentaire « Royaume et Empire du Rhône » en 1927. J’y reviendrai plus loin.

Une attestation du Mouvement de Libération Nationale, signée de Jean-Roger Guichard témoigne de son engagement et des responsabilités assumées : « Paul Bresse, Franc Tireur section 2, s’est occupé de la diffusion de la presse clandestine de novembre 1942 à Août 1944, il faisait circuler les parutions de : Temps Présent, Temps Nouveau, Position, Radio Vatican et Témoignage Chrétien. ».

En août 1944, il rejoint la Défense Passive de Vienne, résistance organisée dans la retraite des armées allemandes. A ce titre il a été chef d’équipe de cette Défense pour le déminage du Pont Saint-Cenis de Vienne.

En septembre 1944, le chef de liaison de la Défense Passive de Vienne, Monsieur Pellet, lui délivre un laissez-passer pour visiter les immeubles sinistrés pour un secours immédiat.

Il est autorisé à circuler librement, en vélo par une attestation des Forces Françaises de l’Intérieur. Il avait un laissez-passer pour sourds, brassard avec bandes jaune et blanche, considéré comme infirme sourd-muet, attesté par un certificat médical. Il jouait de son élocution déformée pour se faire passer pour « débile » devant les allemands…Il avait appris  et leur répétait en allemand: « Ich bin taub », ce qui signifie : « Je suis sourd. »

Vie de famille et lieux de vie

Paul BRESSE s’est marié le 2 novembre 1945 (à 54 ans) avec Antoinette, Marie ODIER (30 ans) que l’on appelait  Ninette ou Nine.

Vienne et Genève. Il y avait un lien entre ces deux villes, un lien qui est devenu un amour…

Antoinette ODIER était orpheline de mère depuis sa naissance en 1915. Son père, Charles ODIER, éminent neuropsychiatre dont la biographie existe sur Wikipédia : Charles ODIER

Charles ODIER s’était remarié en 1929 avec Ilse Loebel, veuve de Jules RONJAT, cousin très éloigné de Paul BRESSE. Il était linguiste, docteur ès lettres, spécialiste de la langue d’Oc. Il a travaillé pour l’Université de Genève et était membre du Félibrige, cette association fondée en 1854 qui œuvrait pour la restauration de la langue provençale, la sauvegarde de la culture et de l’identité des pays de langue d’Oc. La biographie de Jules RONJAT (1864-1925)  qui est né à Vienne, est aussi sur Wikipédia : Jules RONJAT

Paul savait le provençal, lisait « Mireille » de Mistral. C’est par son intermédiaire que Ninette et Paul ont été présentés.

A la libération, Ninette et Paul se sont retrouvés à Paris. Ils habitaient un petit appartement au 8 de la rue Blomet (voisins de Simone de Beauvoir et de Jean-Paul Sartre qui logeaient quelques numéros plus loin). Trois enfants sont nés : Antoine en 1946, Anne en 1948 et Corinne en 1950.

C’était le Paris d’après-guerre, le quotidien était difficile : cartes d’alimentation pour obtenir les denrées de base, pénurie de charbon, coupures d’électricité… Mais Paris revivait et Ninette nous a raconté bien souvent combien elle a aimé cette vie à Paris. Elle déambulait avec ses trois enfants dans tous les quartiers, Antoine sur son tricycle, Anne debout sur le marchepied de la poussette où dormait Corinne ! Dans le salon de l’appartement, Paul dessinait ses plans sur une immense planche à dessin, comme dans tous les logements où nous avons habité.

En 1954, le père de Ninette étant malade, toute la famille est partie habiter à Vernand dans le canton de Vaud en Suisse. Séparé d’Ilse Loebel, Charles ODIER vivait avec Germaine GUEX, psychanalyste. Nous habitions une belle et grande maison avec jardin. Malheureusement Charles ODIER est décédé et nous avons déménagé à Lausanne dans une maison locative, Germaine GUEX, psychanalyste s’est installée au premier étage dans un appartement où elle recevait ses patients, et nous au troisième étage sous les toits. Paul avait un bureau avec comme toujours une immense planche à dessin et des rouleaux de calque entreposés partout.

En 1959, retour en France ! Paul voulait un enseignement français pour ses enfants… Mais il y avait une autre raison à ce déménagement : Ninette se rapprochait ainsi de sa famille installée à Genève. Nous habitions une villa à Gaillard tout près de la frontière suisse et de Genève où le tram 12 nous amenait depuis la douane. Ninette avait hérité de son père d’une Peugeot 203; c’était l’occasion de passer le permis de conduire, Paul ne conduisant pas.

Durant toutes ces années, l’appartement de la rue Blomet était toujours prêt à accueillir Paul qui travaillait avec des associés établis à Paris. Il y faisait de longs séjours pour son travail, effectuant la plupart du temps ses trajets en avion. Il a même volé dans la Caravelle, et s’est trouvé une fois assis à côté de Charlie Chaplin ! Nous nous rendions fréquemment à Paris dans la 203, avec Ninette au volant : elle avait la nostalgie de Paris, Lausanne n’étant pas aussi attractive et vivante…Heureusement qu’il y avait les bateaux à aube du Léman pour faire la traversée Lausanne-Evian pour respirer, non pas l’air du large du lac, mais un peu de la France en rapportant des sucettes Pierrot-Gourmand !

Dans tous les logements que nous avons habités, petits ou plus spacieux, Paul avait son bureau. C’était une priorité pour qu’il puisse travailler, dessiner sur une immense planche à dessin couverte de calque. Il possédait bon nombre de magnifiques porte-mines, affûtés, réglables, que nous n’avions pas le droit de toucher, de glisser dans notre trousse d’école ! Il avait des règles aussi, des droites, en bois, en métal, des courbes aussi : oui, des règles courbes, c’est surprenant ; pourtant je possède encore ces formes de bois vernis qui permettaient de tracer des courbes différentes. Ainsi que son T et son équerre d’architecte. Il écrivait les légendes de ses plans avec des chablons, calibres en plastique orange qui proposaient toutes sortes de caractères. Mais pas autant qu’en propose aujourd’hui la police de nos ordinateurs !

Fin de vie et sa mémoire à Vienne (Isère)

Paul BRESSE est décédé le 19 juillet 1973, à l’âge de 82 ans. Il a été enterré au cimetière de Gaillard en Haute Savoie, son dernier lieu de vie. Une messe a été dite ce jour-là par son neveu Michel, prêtre, fils de son frère Jean.

Antoinette, son épouse, décédée le 31 août 1983 a également été enterrée au cimetière de Gaillard.

Actuellement une urne commune contenant leurs cendres est entreposée au colombarium du cimetière.

Paul a toujours été très attaché à la ville de Vienne, la ville de son enfance, son lieu d’accueil pendant les 2 guerres, et il s’est passionné pour ses vestiges romains.

Je dois probablement mon deuxième prénom, Blandine, à la colline Ste Blandine qui surplombe la ville.

Une rue de Vienne porte son nom : rue Paul BRESSE. Dès 2004, André HULLO, conseiller municipal en charge du patrimoine et président de la Société des Amis de Vienne, est à l’origine de cette dénomination. En 2007, le panneau « Rue Paul BRESSE » est apposé aux extrémités d’une voie délimitée par le « Cours Verdun » et la « Rue Francisque CHIRAT » d’une longueur de 75m. Simultanément, une autre rue est baptisée « Rue Jules RONJAT » : elle est délimitée par la « Rue Paul BRESSE » et la « Rue Emile Romanet ».

Corinne et Anne-Sylvie devant la pancarte de la rue Paul BRESSE à Vienne

Laisser un commentaire