Paul BRESSE, (2ème partie) : sa carrière d’archéologie

 Par Corinne MOLLIET-BRESSE sa fille cadette

Mon père Paul BRESSE    26 février 1891 – 19 juillet 1973

Pour relater la carrière de mon père Paul BRESSE, je me suis basée sur le Curriculum Vitae qu’il a rédigé, les plans et photos de ses réalisations que je possède, et aussi sur les articles parus dans la presse.

Vers l’âge de 30 ans, Paul est en possession de son diplôme d’architecte-archéologue-urbaniste.

Dans son CV, il mentionne lui-même les différentes collaborations de sa carrière :

« Avec M. Jules FORMIGE, Inspecteur Général des Monuments Historiques, Président de l’académie des Beaux Arts et Président de l’Institut.

Avec M. le Chanoine Ulysse CHEVALIER, Paléontologue et Membre de l’Institut.

Avec M. ROUX-SPITZ, Architecte en Chef du Gouvernement, 1er Grand Prix de Rome.

Avec M. L. ARRETCHE, Architecte en Chef du Gouvernement.

Avec les Architectes : BARNIAUD, TEZENAS  du MONTCEL, VAUGEOIS, le SAUTER de PARIS, NOVARINA de Thonon. »

Sa carrière d’archéologue à Vienne

On peut globalement dire qu’au début de sa carrière, il se consacre principalement à l’archéologie. Les différentes missions qu’on lui confie vont se succéder :

Année 1921 :

Il prend sa carte de membre de la Société des Amis de Vienne, créée par son père. En effet, en 1904, Francis BRESSE, alors maire de Vienne, voit la nécessité de protéger le patrimoine local, notamment les vestiges romains qui risquent d’être vendus. Il réunit les fonds pour créer cette association qui existe toujours aujourd’hui. (Son site internet : https://amisdevienne.fr/)

Le 07 avril 1921, Paul devient Membre Titulaire de la Société Française d’Archéologie.

Le journal « Le Progrès de Lyon » mentionne le 13 juin 1021: « Paul Bresse a été élu membre correspondant de la Société Académique d’Architecture de Lyon. »

Il mentionne dans son CV qu’en 1921, il devient « Correspondant de la Société Académique d’Architecture de Lyon », et la même année : « Lauréat au Congrès d’Archéologie, il reçoit la Médaille d’Argent. »

Déjà le 08 août 1921, il reçoit un courrier de Léon BERARD, chef de bureau des Monuments Historiques et des Sites, ministère de l’Instruction Publique et des Beaux Arts  qui stipule :

« Par arrêté, Paul Bresse est chargé d’adresser à la Commission des Monuments Historiques un rapport détaillé sur l’Ancienne Abbaye de Saint-André-le-Bas à Vienne. »

De 1921 à 1924, Paul se voit confier, par cette Commission des Monuments Historiques, des missions à Rome et à Pompéi, probablement pour étudier la restauration des théâtres antiques.

Paul effectue donc un séjour à Rome. Peut-être est-il accueilli à la Villa Médicis ? Il possède un permis pour visiter et photographier le Vatican, la Chapelle Sixtine, la Pinacothèque, délivré par la  Préfecture des Palais Sacrés Apostoliques.

La Société des Amis de Vienne édite régulièrement un Bulletin. Ils publient en 1921, un article de Paul Bresse sur « Les Voies Romaines à Vienne », bulletin n°17, pages 23 à 27 qui est aussi édité séparément.

Début du texte sur les voies romaines

Théâtre antique de Vienne

Entre 1908 et 1918, Ernest BIZOT, conservateur du Musée de Vienne avait fait des sondages sur ce terrain. On s’aperçoit alors que ces vestiges sont enfouis sous 6 m de terre. Ce n’est pas un amphithéâtre (ellipse complète), mais un édifice en hémicycle (semi-circulaire) avec des gradins étagés, la cavea, et un mur derrière la scène qui renvoyait les sons, les voix. On suppose que dans l’antiquité, il pouvait accueillir jusqu’à 12 000 spectateurs et devenait ainsi le plus grand théâtre de Gaule après celui d’Autun.

Paul BRESSE va amorcer une collaboration fructueuse et passionnante avec Jules FORMIGE Inspecteur Général des Monuments Historiques et Président de l’Académie des Beaux Arts. Jules Formigé, architecte en chef des Monuments Historiques décide le dégagement du théâtre romain et la reconstruction de certaines parties. Plusieurs propriétés, à l’emplacement de l’ancien édifice, sont achetées par la ville de Vienne avec le concours de l’Etat, du département de l’Isère, et de la Société des Amis de Vienne.

Pour faciliter les fouilles et le dégagement de l’emplacement du théâtre antique, les terrains qui recouvrent les gradins sont également acquis. Le Bulletin des Amis de Vienne fait paraître un article de Paul BRESSE : « Le Théâtre de Pipet » en 1922, Bulletin n°18, pages 28 à 38. Cet article a été aussi édité séparément.

Début du texte sur le Théâtre de Pipet

De 1923 à 1935, il sera le proche collaborateur de Jules Formigé et travaillera sur des édifices classés de Vienne. Il entreprend alors des études de Monuments Antiques à Vienne : Théâtre Romain, abbaye Saint Pierre du V ème siècle, une des plus anciennes de France et surtout l’Abbaye romane de Saint-André-le-Bas, datant du VI ème siècle.                                                                                                                                                    C’est également Paul BRESSE qui « expose l’état actuel de la question » comme le relève le Journal des Débats du 22 janvier 1924, concernant ce théâtre romain dont il ne subsiste guère que les fondations et qui est enclavé au milieu de constructions modernes. Les théâtres de Rome, Pompéi, Arles, Orange, Vaison-la-Romaine ont été restaurés. Il faut s’inspirer des méthodes employées dans ce type de réfections.

Ce théâtre est inauguré en 1938 par le président Albert LEBRUN, avec une capacité d’accueil de 9000 spectateurs. Mais des travaux de dégagement ont été poursuivis jusqu’en 1947, et ont redonné au théâtre sa fonction originelle en redevenant le cadre de manifestations variées. Notons le célèbre « Jazz à Vienne » qui a lieu depuis 1981. Il peut accueillir 13 000 spectateurs et son diamètre est de 130 m, avec 46 rangs de gradins. Il présente un dénivelé de 28,5 mètres depuis l’orchestre où prenait place le chœur autrefois, et le gradin supérieur.

Il est émouvant de citer un sonnet écrit par un inconnu et dédié à Paul BRESSE pour son travail sur ce théâtre. Il paraît dans le Journal de Vienne. 

 Ruines Romaines, sonnet            A Monsieur Paul Bresse :

Evoquer le passé et le vouloir tangible.
Fouiller, avec ferveur, dans un sol disparu,
Déchiffrer l’inscription sur la pierre illisible.
Et rétablir un plan à tout jamais perdu :

La tache est difficile et le but grandiose.
Il faut beaucoup savoir pour oser le tenter.
Vous êtes aujourd’hui, Monsieur, celui qui l’ose.

Laissez-moi, de tout cœur, vous en féliciter.

« Urbs Senatoria », qui jadis fut illustre,
Même aux yeux des Viennois va prendre un nouveau lustre :
Ses termes, son théâtre et ses dieux vont surgir…

Et voici que planant autour des sept collines,
L’âme des vieux Romains, qui abritaient les ruines,
Regarde avec amour ce travail s’accomplir.

Cloître de l’Abbaye Saint André le Bas

Année 1923 :

La restauration de l’Abbaye de St-André-le-Bas et de son cloître sera également supervisée par Jules Formigé qui réalisera le désengagement de la façade de l’Abbaye, grâce à l’achat puis à la démolition d’un immeuble du XIX ème siècle dernier avec 4 galeries.

Le préau du cloître servait de cour intérieure à l’immeuble, les arcades étaient aveugles, les colonnettes et chapiteaux emprisonnés: l’argent  pour racheter cette construction sera obtenu par une souscription auprès des sociétaires des Amis de Vienne et des dons.

Les travaux seront évoqués au moment de l’Assemblée Générale de la société des Amis de Vienne, le 30 Avril 1923, publié dans le Bulletin n°18, pages 14 à 16.

Paul expose ses projets, études et dessins sur le Cloître de l’Abbaye de St André-le-Bas au Salon des Artistes Français : ses dessins sont acquis par l’Etat.

L’inauguration de l’Abbaye aura lieu bien tardivement en 1938.

Le cloitre est actuellement un lieu, de cérémonies, de visites et d’expositions

Suite de la carrière d’archéologue de Paul BRESSE

Il est nommé en avril 1924 « Correspondant de la Commission des Monuments Historiques (section des Antiquités et Objets d’Art) pour le département de l’Isère. » Il a écrit de nombreux textes sur l’histoire et l’évolution de la ville de Vienne.

Malgré tout le travail entrepris par les missions dont il a la charge, Paul pose, à cette époque-là, sa candidature à certains postes qui l’intéressaient au plus haut point :

  • Architecte ordinaire des Monuments Historiques.
  • Conservateur des Musées Nationaux.
  • Employé aux fouilles de l’antique Lugdunum (Lyon).
  • Correspondant des Monuments historiques pour le département du Rhône.

Malheureusement ces candidatures n’aboutissent pas, soit qu’on lui impose de résider dans le département concerné, soit que les diplômes demandés divergent de celui des Beaux Arts : Ecoles Françaises de Rome ou d’Athènes, Ecole du Louvre ou de Chartres, agrégation ou doctorat es lettres ou es sciences.

Guerre de 39-45 :

Dès 1945, Paul effectue des relevés et études de monuments antiques à Vienne : Eglise Saint-Maurice, Abbaye de St Pierre, et du Théâtre Antique Romain commandées par la Direction Générale des Beaux Arts.

Quelles sont les mémoires de ses travaux d’archéologue ?

En rappelant le souvenir des sociétaires disparus, les Amis de Vienne ont rédigé et publié la nécrologie de Paul BRESSE, publiée dans le N° 69, 1er Trimestre 1974.

C’est un éloge qui fait référence, je pense, à différents textes écrits par Paul: « L’Abbaye de Saint André-le-Bas, histoire. » ; « Vienne, mélange d’archéologie, d’architecture» ; «  Histoire viennoise. »

Citons également : « Le théâtre romain de Pipet à Vienne » par Paul BRESSE et Claude FAURE aux Editions Henry Martin en1923 ; texte qui donne lieu à un article paru dans le Bulletin de la Société des Amis de Vienne n°18, page 28 à 38, en 1922.

Tous les articles parus dans les bulletins des Amis de Vienne sont disponibles à l’achat sur le site des Archives des « Amis de Vienne »

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