Paul BRESSE (1 ère Partie) : Sa vie

Laurent, Paul, Eugène BRESSE, né le 26 février 1891, était le fils de Louis-François BRESSE et de Emma Octavie BERTINI, voir les articles précédents.

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Françoise (1887-1860), qui a épousé Paul SAUTREAUX (1885-1928), médecin

Henri-Octave (1888-1915), ingénieur des Mines, qui a été tué pendant la guerre de 14-18

Louise-Madeleine, dite Madeleine (1889-1981) qui a épousé Pierre GARDON (1884-1979) Juge de Paix

Laurent, Paul, Eugène (1891-1973) architecte qui a épousé Antoinette Marie ODIER-MECKLING (1915-1983)

Jean Louis Félix Gabriel (1894-1982) qui a épousé Madeleine Marie SEVE (1903-1943), puis Suzanne Elisabeth HENRY (1911- 2000)

Les 5 enfants, avec de gauche à droite : Françoise, Jean, Paul, Henri, Madeleine. Photo colorisée par Jean-Claude FINAND

Corinne Molliet-Bresse, fille cadette de Paul BRESSE a rédigé la biographie de son père en mai 2021. Les textes qui suivent en sont des extraits que je publie en collaboration avec elle.

Antoine, Anne et Corinne, les enfants de Paul BRESSE, sont mes cousins germains, puisque Paul BRESSE était le frère de mon père Jean BRESSE. 

Jean François BRESSE

Plan des publications :

  • 1 ère partie : sa vie
  • 2 ème partie : sa carrière d’archéologie
  • 3 ème partie : sa carrière d’architecte
  • 4 ème partie : ses passions, ses amitiés

Enfance et jeunesse

Jusqu’à ses douze ans, Paul vit une vie de famille équilibrée et animée dans la grande maison de St Marcel, entouré de ses parents et de ses quatre frères et sœurs.

Son père, Francis BRESSE est avoué et maire de Vienne. Il dirige la maisonnée avec une bienveillante autorité. Sa mère, Emma BERTINI, venait d’une famille de musiciens : son grand-père Henri BERTINI (1798 Londres – 1876 Meylan, près de Grenoble), fut un pianiste virtuose, compositeur de musique, laissant une œuvre préromantique d’environ 500 morceaux dont de nombreuses compositions pour piano. Voici ce qu’en dit Wikipédia : http://en.wikipedia.org/wiki/Henri_Bertini

La surdité : Un handicap ? Une infirmité ?

Paul Bresse était sourd depuis l’âge de douze ans, en 1903 : une surdité totale, définitive, survenue après une série d’otites à répétition.

On parle souvent de l’isolement provoqué par la surdité qui supprime l’environnement sonore, les bruits du monde… Son père Francis y a été sensible, mesurant les difficultés que Paul allait rencontrer dans sa vie d’écolier, d’étudiant, de travailleur, mais aussi sa vie sociale et amoureuse. Il lui a fait apprendre la lecture labiale. Francis s’est beaucoup impliqué par la suite dans des œuvres sociales d’entraide. Il a organisé durant la guerre de 14-18 des secours aux militaires et blessés. Francis BRESSE a été élu Conseiller Général au Département de l’Isère, en 1910 jusqu’en 1928. Il était au Parti Radical Socialiste. Il a eu diverses implications : « Président de la Caisse Agricole Mutuelle du Dauphiné, Président des Pupilles de la Nation, Président du Comice Agricole Bon Marché de Vienne, Vice-président de la Commission des Hospices de Vienne ; il a aussi créé le sanatorium de Seyssel.»

Francis recherche une personne pouvant aider Paul. Il est indéniable qu’il n’a pas pu continuer à fréquenter la classe de l’école secondaire du lycée de Vienne. Il a donc eu une préceptrice, Madame Dupin. On se demande quelle méthode elle a employée pour apprendre à Paul à lire sur les lèvres. Par l’observation des lèvres de l’interlocuteur, qui lui-même doit s’efforcer de bien articuler les syllabes, la personne sourde s’appuie aussi sur la suppléance mentale de son cerveau qui est capable de reconstituer la conversation. Paul est persévérant et courageux. Il le montrera toute sa vie.

Pour Paul, la communication avec les autres restait difficile. Il n’était, heureusement, pas sourd de naissance, il a entendu pendant 12 ans, mais son élocution était devenue étrange, beaucoup de personnes ne le comprenaient pas; j’ai entendu cette remarque bien souvent, ce qui me peinait. Il percevait des vibrations. Paul chantait ! : « Ma cabane au Canada ». Bien sûr, il n’avait pas pu l’entendre sur les ondes avant ses douze ans, puisque Louis Gasté l’a composée pour Line Renaud en 1947… Les orthophonistes ont essayé à plusieurs reprises de l’appareiller, mais cela était trop inconfortable pour lui, les appareils installant des bruits bizarres et des bourdonnements. Imaginons des acouphènes en permanence, des sons distordus, un brouhaha sonore… Petit, il s’est construit comme tous les autres enfants dans une grande famille de sept personnes. Je suis sûre que tout de suite, il a relevé le défi de cette surdité survenue brusquement, s’est accroché à ses apprentissages jusqu’au BAC. Puis il a fait de brillantes études d’architecte, réalisé des travaux passionnants et reconnus. Nous le verrons plus loin. Il a oublié les moqueries, les discriminations. Bien sûr il vivait dans le silence, l’environnement sonore d’une maison avec une vie de famille animée lui était étranger, les paroles et les mots spontanés, les interpellations à distance de Nine, son épouse et de ses trois enfants, restaient impossibles. Dans sa profession d’architecte, il était absent des réunions, des rencontres de chantier : il a toujours dû travailler avec un architecte associé.

Mais voilà, la communication restait un peu difficile avec Paul, puisqu’il fallait toujours se placer face à lui et bien articuler pour se comprendre : la discussion demandait de la patience, de la concentration, limitait la spontanéité des mots et phrases lancés. En famille, nous le comprenions bien, même si le son des mots qu’il prononçait était déformé. Mais j’ai côtoyé grand nombre de personnes qui avaient du mal à saisir ce qu’il disait. Et bien sûr nous parlions avec nos mains, inventant même des signes imagés. Nous, ces trois enfants, sommes restés très expressifs dans nos conversations toujours rendues, à ma grande joie, très vivantes.

Paul était un être très sociable, recherchant l’échange et le contact, très apprécié de tous, avec de nombreux amis. Nous rendions visite aux membres de sa famille à Lyon, Vienne ou à Artas. Nine, notre mère, était très liée à sa famille de Genève. Nous nous fréquentions beaucoup. Lors des visites, réunions de famille et repas, séjours dans les chalets du Salève, tous reconnaissaient son parcours si intéressant, son courage et son talent.

J’ai souhaité faire un petit détour sur cette polémique autour de la surdité et des enseignements existants au début du 20ème siècle pour que les enfants sourds puissent apprendre et grandir.

La langue des signes a été interdite pendant des décennies, depuis 1880 par le Congrès de Milan regroupant 255 participants, éducateurs et spécialistes de l’enseignement pour enfants sourds. Ces personnes avançaient leurs arguments en faveur du langage oral en affirmant que les enfants sourds devaient impérativement apprendre à parler. Le compte-rendu de séance relève les avis des opposants à la langue des signes :

« Le langage mimique est surabondant et parle trop vivement à la fantaisie et à l’imagination. »

« La méthode orale convient mieux à l’instruction religieuse. Il faut rendre les sourds-muets à Dieu. »

« Les élèves sourds sont plus physiologiquement humains depuis que nous les élevons par la parole. »

La langue des signes, liée à l’expression corporelle, est considérée alors comme inconvenante, puisqu’elle accentue l’expression du visage en lien avec la gestuelle des mains.  Bien évidement les mimiques sont nécessaires pour compléter le sens de la phrase.

Un préjugé terrible affirmait, à l’époque, que les sourds muets ne pouvaient pas avoir une intelligence développée. Certains les traitaient même de « sauvages » ! ?

Pendant 100 ans, la langue des signes se voit donc interdite !

En 1980, un siècle plus tard, surgit « Le Réveil Sourd »: écrivains, journalistes, linguistes, sociologues travaillent à la requalification de la langue des signes. Jean Crémion crée une association : « deux langues pour une éducation », et  un centre social et culturel pour sourds.

En 1991, la langue des signes est réintroduite dans les écoles: c’est la fin de l’obligation d’enseigner la méthode orale et les parents peuvent choisir une éducation orale ou bilingue, en y associant la langue des signes qu’ils apprennent également.

En 1993, Emmanuelle Laborit, sourde de naissance, reçoit le Molière de la révélation théâtrale pour son rôle dans « Les Enfants du Silence. » Elle avait rencontré en 1976, à l’âge de 7 ans, Alfredo Corrado, acteur et metteur en scène sourd. Il avait créé l’International Visuel Théâtre des sourds à Vincennes où Emmanuelle Laborit a appris le métier de comédienne après son BAC. Puis, plus tard en 1994, souvenez-vous, elle nous a enthousiasmés avec son livre  « Le Cri de la Mouette ».

Le métier d’interprète en langue des signes est validé par un diplôme. La reconnaissance avance… Les sourds communiquent plus aisément.

En 2005, la langue des signes est reconnue comme une langue à part entière

On reconnaît maintenant combien elle peut créer un véritable moyen de communication, de parole pour les sourds. Il suffit de suivre un discours politique, un exposé, à la télévision traduit simultanément en langue des signes, pour se rendre compte que tout peut être dit, exprimé avec cette langue, jusqu’aux  textes les plus ardus. Et nous regardons fascinés la gestuelle si rapide et précise des interprètes !

Etudes

Paul est né et habitait à Vienne. Il y a été écolier puis lycéen. A douze ans, Paul devint sourd, mais il a poursuivi sa scolarité secondaire dans les meilleures conditions.

On peut penser qu’on riait de sa peine et bien souvent on se moquait de lui. Ses parents lui donnèrent l’appui dont il avait besoin en la personne de Madame Dupin de Bagnols. Cette dame lui a servi de professeur, de préceptrice. Paul a pu poursuivre sa scolarité jusqu’au baccalauréat. Il est entré à l’Ecole des Beaux Arts de Paris, puis de Montpellier où il a obtenu un diplôme DPLG : architecte urbaniste « Diplômé Par Le Gouvernement. »

Sur ses plans et courriers divers, Paul signe et se définit comme « architecte-archéologue » ou « architecte-urbaniste » ou encore « architecte-décorateur. »

Par la suite, est-il allé étudier à la Villa Médicis de Rome ?  Il a fait un séjour à Rome de 1921 à 1923. Crée en 1666 par Louis XIV, cette institution, Académie de France à Rome, accueille, encore de nos jours, pour une année, des artistes de différentes disciplines : entre autres, un secteur « Restauration des œuvres d’art et des monuments ». Il a effectué des séjours à Pompéi et à Rome. Très tôt, il s’est passionné pour l’archéologie comme ses travaux à Vienne le montrèrent par la suite.

Guerre de 14-18

Le Conseil de Révision exempte Paul de partir au front en raison de « surdité- mutité ».

Non Mobilisable. Il aurait cependant été présent sur le front quelques temps puisqu’il racontait que n’entendant ni les balles, ni les tirs d’obus, il faisait « comme les autres », se plaquant au sol ou fuyant ventre à terre… Une balle aurait même une fois lacéré son pantalon sans toucher sa jambe !

Paul s’est engagé comme infirmier-brancardier à l’Hôpital Complémentaire n°2 de Vienne, de septembre 1914 à décembre 1917.

Tous les hommes de son âge étaient mobilisés : Henri et Jean ses frères, Paul SAUTREAUX, le mari de sa sœur Françoise, mobilisés en tant que médecin, Charles LACOMBE, Charles BUISSON, ses oncles. Une importante correspondance arrivait à la maison de Saint Marcel à Vienne.

Des échanges de courrier émouvants et affectueux essayaient de combler l’angoisse de savoir les hommes au front, en première ligne dans cette guerre si meurtrière.

Son frère Henri, ingénieur des Mines, lieutenant au 1er Régiment d’Artillerie Lourde fut tué par un éclat d’obus le 12 mai 1915 au Mont St Eloi. Il écrivait à Paul resté à Vienne, employé comme infirmier à l’hôpital :

« Le moindre petit mot fait ici plus de plaisir que nulle part ailleurs. » ou alors : « Je sais que tu continues l’œuvre admirable qui t’occupe depuis le début : c’est toi qui a la part la plus ingrate. » Lettre du 24 avril 1915. Ou encore il envoyait à son frère ces paroles de réconfort : « Tu es aussi utile à Vienne qu’au front. » Dans une de ses lettres, Henry demande qu’on lui envoie sa blague à tabac et du papier pour écrire…

Une correspondance suivie s’était établie aussi avec son frère Jean, caporal, qui, lors de la mort d’Henri, leur frère aîné, lui écrit avec émotion et tristesse. J’ai relevé certains fragments de ses lettres :

« Notre frère est mort de la plus belle mort qui puisse être. » Henry faisait partie du 1er Régiment d’Artillerie Lourde, responsable de canons à courte portée.

« Je n’oublierai jamais que j’ai un frère à venger. »

« Demain une messe est célébrée pour les morts du 99ème régiment, j’y prierai pour notre brave Henry. »

« Quand donc pourrons-nous voir les Boches déguerpir devant nous ? »

« J’ai besoin d’un peu de galette pour l’arrosage des galons. »

« Je suis très content de mes poilus. »

« On suit avec impatience les succès russes et on espère bientôt la formidable offensive anglaise. »

Et puis, plus énigmatique :

« Tu recevras un petit rouleau. » Ou alors : « J’attends le résultat de mon petit envoi, peut-être ne seront-elles pas très bien à cause du mauvais temps. » De quoi s’agit-il ? De photos bien sûr ! Paul devait faire développer les rouleaux de pellicules que Jean lui envoyait. Déjà la passion de la photographie !

Et aussi avec l’affection d’un frère, Jean le sermonnait :

« Il faut que je te remonte un peu, on n’a pas idée de voir tout en noir comme toi. »

« Il ne t’est pas permis comme nous de venir combattre, mais n’oublie pas le rôle que tu remplis à Vienne. »

Enfin la victoire ! Une carte postée le 11 novembre 1918 fait dire à Jean : « Un jour qui comptera dans l’histoire du monde. » Assurément !!!

Madame Dupin de Bagnols lui écrit ces mots magnifiques en 1916 :

« Les infirmiers qui, comme toi savent panser les blessures du corps, mais qui trouvent aussi un peu de baume réconfortant pour les pauvres cœurs brisés et malheureux. »

Son action, en tant que résistant pendant la guerre de 39-45

Paul BRESSE s’engagea dans le mouvement de la Résistance de novembre 1941 à septembre 1944. Dès 1941, il organisa un groupe de Pré-résistance à Vienne : « Les Amis des temps Nouveaux », dont le chef était l’Abbé Tenard de l’Institution Robin.

Stanislas Fumet a très bien résumé son engagement en lui remettant l’attestation suivante en décembre 1945 :

« C’est l’esprit de résistance de Temps Nouveau qui l’avait séduit. Nous faisions alors de l’anti-collaborationnisme assez peu déguisé et la lettre de Paul Bresse m’avait fait comprendre qu’il était, lui aussi, dès cette époque, un patriote réfractaire à l’esprit que Vichy essayait de faire régner en zone dite libre. »

Paul Bresse s’est occupé très activement de la diffusion de « Témoignage Chrétien » dont le chef à Lyon était le Colonel Rémy. Il a fait plusieurs liaisons de Vienne à Paris en passant la ligne de démarcation en fraude. Il diffusait également des Communiqués de Radio Vatican.

Il était membre de la Section Franc Tireur n°6, son nom de résistant était Humulus.

Pourquoi Humulus ? Que ce nom évoquait-il pour lui ?  C’est probablement une référence à « Humulus le Muet », comédie de Jean Anouilh et de Jean Aurenche, saynète écrite en 1939.

Paul connaissait Jean Aurenche pour avoir été son collaborateur sur un film documentaire « Royaume et Empire du Rhône » en 1927. J’y reviendrai plus loin.

Une attestation du Mouvement de Libération Nationale, signée de Jean-Roger Guichard témoigne de son engagement et des responsabilités assumées : « Paul Bresse, Franc Tireur section 2, s’est occupé de la diffusion de la presse clandestine de novembre 1942 à Août 1944, il faisait circuler les parutions de : Temps Présent, Temps Nouveau, Position, Radio Vatican et Témoignage Chrétien. ».

En août 1944, il rejoint la Défense Passive de Vienne, résistance organisée dans la retraite des armées allemandes. A ce titre il a été chef d’équipe de cette Défense pour le déminage du Pont Saint-Cenis de Vienne.

En septembre 1944, le chef de liaison de la Défense Passive de Vienne, Monsieur Pellet, lui délivre un laissez-passer pour visiter les immeubles sinistrés pour un secours immédiat.

Il est autorisé à circuler librement, en vélo par une attestation des Forces Françaises de l’Intérieur. Il avait un laissez-passer pour sourds, brassard avec bandes jaune et blanche, considéré comme infirme sourd-muet, attesté par un certificat médical. Il jouait de son élocution déformée pour se faire passer pour « débile » devant les allemands…Il avait appris  et leur répétait en allemand: « Ich bin taub », ce qui signifie : « Je suis sourd. »

Vie de famille et lieux de vie

Paul BRESSE s’est marié le 2 novembre 1945 (à 54 ans) avec Antoinette, Marie ODIER (30 ans) que l’on appelait  Ninette ou Nine.

Vienne et Genève. Il y avait un lien entre ces deux villes, un lien qui est devenu un amour…

Antoinette ODIER était orpheline de mère depuis sa naissance en 1915. Son père, Charles ODIER, éminent neuropsychiatre dont la biographie existe sur Wikipédia : Charles ODIER

Charles ODIER s’était remarié en 1929 avec Ilse Loebel, veuve de Jules RONJAT, cousin très éloigné de Paul BRESSE. Il était linguiste, docteur ès lettres, spécialiste de la langue d’Oc. Il a travaillé pour l’Université de Genève et était membre du Félibrige, cette association fondée en 1854 qui œuvrait pour la restauration de la langue provençale, la sauvegarde de la culture et de l’identité des pays de langue d’Oc. La biographie de Jules RONJAT (1864-1925)  qui est né à Vienne, est aussi sur Wikipédia : Jules RONJAT

Paul savait le provençal, lisait « Mireille » de Mistral. C’est par son intermédiaire que Ninette et Paul ont été présentés.

A la libération, Ninette et Paul se sont retrouvés à Paris. Ils habitaient un petit appartement au 8 de la rue Blomet (voisins de Simone de Beauvoir et de Jean-Paul Sartre qui logeaient quelques numéros plus loin). Trois enfants sont nés : Antoine en 1946, Anne en 1948 et Corinne en 1950.

C’était le Paris d’après-guerre, le quotidien était difficile : cartes d’alimentation pour obtenir les denrées de base, pénurie de charbon, coupures d’électricité… Mais Paris revivait et Ninette nous a raconté bien souvent combien elle a aimé cette vie à Paris. Elle déambulait avec ses trois enfants dans tous les quartiers, Antoine sur son tricycle, Anne debout sur le marchepied de la poussette où dormait Corinne ! Dans le salon de l’appartement, Paul dessinait ses plans sur une immense planche à dessin, comme dans tous les logements où nous avons habité.

En 1954, le père de Ninette étant malade, toute la famille est partie habiter à Vernand dans le canton de Vaud en Suisse. Séparé d’Ilse Loebel, Charles ODIER vivait avec Germaine GUEX, psychanalyste. Nous habitions une belle et grande maison avec jardin. Malheureusement Charles ODIER est décédé et nous avons déménagé à Lausanne dans une maison locative, Germaine GUEX, psychanalyste s’est installée au premier étage dans un appartement où elle recevait ses patients, et nous au troisième étage sous les toits. Paul avait un bureau avec comme toujours une immense planche à dessin et des rouleaux de calque entreposés partout.

En 1959, retour en France ! Paul voulait un enseignement français pour ses enfants… Mais il y avait une autre raison à ce déménagement : Ninette se rapprochait ainsi de sa famille installée à Genève. Nous habitions une villa à Gaillard tout près de la frontière suisse et de Genève où le tram 12 nous amenait depuis la douane. Ninette avait hérité de son père d’une Peugeot 203; c’était l’occasion de passer le permis de conduire, Paul ne conduisant pas.

Durant toutes ces années, l’appartement de la rue Blomet était toujours prêt à accueillir Paul qui travaillait avec des associés établis à Paris. Il y faisait de longs séjours pour son travail, effectuant la plupart du temps ses trajets en avion. Il a même volé dans la Caravelle, et s’est trouvé une fois assis à côté de Charlie Chaplin ! Nous nous rendions fréquemment à Paris dans la 203, avec Ninette au volant : elle avait la nostalgie de Paris, Lausanne n’étant pas aussi attractive et vivante…Heureusement qu’il y avait les bateaux à aube du Léman pour faire la traversée Lausanne-Evian pour respirer, non pas l’air du large du lac, mais un peu de la France en rapportant des sucettes Pierrot-Gourmand !

Dans tous les logements que nous avons habités, petits ou plus spacieux, Paul avait son bureau. C’était une priorité pour qu’il puisse travailler, dessiner sur une immense planche à dessin couverte de calque. Il possédait bon nombre de magnifiques porte-mines, affûtés, réglables, que nous n’avions pas le droit de toucher, de glisser dans notre trousse d’école ! Il avait des règles aussi, des droites, en bois, en métal, des courbes aussi : oui, des règles courbes, c’est surprenant ; pourtant je possède encore ces formes de bois vernis qui permettaient de tracer des courbes différentes. Ainsi que son T et son équerre d’architecte. Il écrivait les légendes de ses plans avec des chablons, calibres en plastique orange qui proposaient toutes sortes de caractères. Mais pas autant qu’en propose aujourd’hui la police de nos ordinateurs !

Fin de vie et sa mémoire à Vienne (Isère)

Paul BRESSE est décédé le 19 juillet 1973, à l’âge de 82 ans. Il a été enterré au cimetière de Gaillard en Haute Savoie, son dernier lieu de vie. Une messe a été dite ce jour-là par son neveu Michel, prêtre, fils de son frère Jean.

Antoinette, son épouse, décédée le 31 août 1983 a également été enterrée au cimetière de Gaillard.

Actuellement une urne commune contenant leurs cendres est entreposée au colombarium du cimetière.

Paul a toujours été très attaché à la ville de Vienne, la ville de son enfance, son lieu d’accueil pendant les 2 guerres, et il s’est passionné pour ses vestiges romains.

Je dois probablement mon deuxième prénom, Blandine, à la colline Ste Blandine qui surplombe la ville.

Une rue de Vienne porte son nom : rue Paul BRESSE. Dès 2004, André HULLO, conseiller municipal en charge du patrimoine et président de la Société des Amis de Vienne, est à l’origine de cette dénomination. En 2007, le panneau « Rue Paul BRESSE » est apposé aux extrémités d’une voie délimitée par le « Cours Verdun » et la « Rue Francisque CHIRAT » d’une longueur de 75m. Simultanément, une autre rue est baptisée « Rue Jules RONJAT » : elle est délimitée par la « Rue Paul BRESSE » et la « Rue Emile Romanet ».

Corinne et Anne-Sylvie devant la pancarte de la rue Paul BRESSE à Vienne

Pierre BRESSE, petit fils de Jacques Antoine Charles BRESSE, devenu Général

Cet article a pu être écrit grâce à l’aimable participation de Patricia MARS, petite fille de Jean MARS, beau-frère de Pierre BRESSE et de son époux, Bernard de la TULLAYE.

Dans l’article précédent sur les descendants de Jacques Antoine Charles (JAC) BRESSE, nous avons vu que le fils unique de JAC BRESSE, Charles François Marcel BRESSE et Gabrielle BELLOM (1867-1941) ont eu 5 enfants :

  • Claire Marie Suzanne (1888-1957) qui a épousé Jean MARS (1878-1946). Ils ont eu 10 enfants
  • Amédée Charles Pierre (1891-1989) qui a épousé Geneviève BRIERE (décédée en 1941) sans enfants
  • Madeleine (1892-1943) religieuse Saint Vincent de Paul
  • Germaine (1895- ), religieuse de l’Assomption
  • Jacques (1898- ?) qui a épousé Nicole GIRAULT. Ils ont eu 2 enfants : Jean Pierre (1941- ) et François (1945- )

Amédée Charles Pierre BRESSE est né à PARIS 75006 le 14 Février 1891.

Carrière de Pierre BRESSE devenu Général de Brigade

Entrée à l’Ecole Polytechnique en 1912

En 1907 Bachelier (1ère partie latin, sciences)
En 1908 Bachelier ( 2ème partie philosophie et mathématique)
En 1908 externe à Louis le Grand, spécialité prépa.
En 1909 externe à Saint Louis
EN 1910 Le 14 Septembre, admissible à l’Ecole Polytechnique
En 1911 Le 14 Septembre, reçu à l’Ecole Polytechnique
En 1911 Le 06 Octobre, canonnier, au 21ème d’Artillerie à Angoulême.
En 1912 Le 11 Février, brigadier, au 21ème d’Artillerie à Angoulême.
En 1912 Le 10 Octobre, entrée à l’Ecole Polytechnique (Aspirant)

Guerre de 14-18

En 1914 Le 18 Juillet sortie de l’Ecole Polytechnique avec le rang de 177ème sur 215 et choisit l’Artillerie.
En 1914 Le 2 Août, mobilisé comme sous-lieutenant au 28ème d’Artillerie(61°division) (Ecole Militaire du 3° groupe).
En 1914 Le 04 Octobre, 21ème Batterie du 51ème d’Artillerie.
En 1915 Le 01 Octobre, Lieutenant.
En 1915 Le 16 Novembre, commandant de la 23ème Batterie.
En 1917 Le 06 Mars, désigné pour le Cours d’État-major de SENLIS.
En 1917 Le 06 Mars, Stages d’Infanterie et d’Aviation.
En 1917 Le 25 Mars, Cours d’Ecole Militaire.
En 1917 Le 12 Juin, stages d’Ecole Militaire.
En 1917 Le 02 Août, affecté à l’Ecole Militaire du 8ème Corps d’Armée (3°bureau)
En 1919 Le 21 Janvier, cartoucherie de VINCENNES

Suite de la carrière militaire avant la guerre de 39-45

En 1919 Le 25 Mars, Capitaine.
En 1919 Le 01 Avril, Chef de service technique à l’atelier de PUTEAUX.
En 1921 Le 01 Octobre, Professeur de transmissions à l’Ecole d’Application de FONTAINEBLEAU.
En 1927 Le 02 Octobre, 31ème Régiment d’Artillerie au MANS.
En 1928 Le 24 Juin, État-major du 4ème Corps d’Armée au MANS.
En 1928 Le 25 Décembre, Chevalier de la Légion d’Honneur.
En 1928 Le 26 Décembre, Cabinet du ministre de la Guerre.
En 1929 Le 25 Juin, Chef d’Escadron.
En 1929 Le 25 Novembre, commandant le 2ème groupe du 71ème Régiment d’Artillerie à Cheval (Fontainebleau).
En 1932 Le 25 Janvier, Professeur de Balistique à l’Ecole d’Application de FONTAINEBLEAU.
En 1937 Le 27 Septembre, Lieutenant-Colonel.
En 1938 Le 10 Juin, Lieutenant-Colonel au 93ème Régiment d’Artillerie de montagne à GRENOBLE

Guerre de 39-45

En 1939 Le 02 Septembre, commandant le 293ème Régiment d’Artillerie de 155 C TTT.
En 1940 Le 30 Juillet, commandant le 2ème Régiment d’Artillerie.
En 1940 Le 08 Août, Officier le liaison Commission d’Armistice Italienne à CHAMBERY.
En 1940 Le 25 Décembre, Colonel.
En 1941 Le 01 Mars, Officier le liaison Commission de Grenoble.
En 1942 Le 25 Août, Officier de la Légion d’Honneur.
En 1943 Le 20 Octobre, mis en congé d’Armistice.

En 1944 Le 03 Mai, arrêté par la Gestapo et Déporté.

Après la déportation

En 1945 Le 13 Mai, rentré en France.
En 1945 Le 13 Septembre, Directeur du Matériel de la 11ème Région à Rennes et Président du tribunal militaire de la 11ème Région à Rennes.
En 1946 Le 09 Février, Général de Brigade État-major de l’Armée 2ème Section.
23 Février 1946, mis en retraite.

L’allocution prononcée par le Général de CAHOUET, au moment de son départ en retraite

Cher Général,

Au moment où vous êtes atteint par l’inexorable et si hâtive limite d’âge, le Ministre des Armées, au nom du Gouvernement, m’a chargé, et j’en suis fier, de vous présenter l’hommage de l’Armée, et de ceux qui furent pendant votre carrière, en temps de paix ou au cours des deux guerres, vos compagnons d’Armes.

Entré à 20 ans à l’Ecole Polytechnique, c’était chez vous, je le sais, une tradition de famille, vous en êtes sorti en Juillet 1914, déjà fanatique de l’Artillerie. Et quelques jours plus tard, encore en uniforme de Polytechnicien, vous aviez déjà l’honneur de tirer le canon, non point sur un polygone, mais à la Bataille des Frontières, moins d’un mois après, à la Bataille de la Marne. Et dès la fin de 1914, vous aviez la fierté de commander une Batterie de 75; dès 1915 de recevoir, une des premières citations de la guerre.

Cette Batterie, vous l’avez commandée au feu pendant 3 ans sans interruption. Vous l’avez donc fortement marquée de votre personnalité, et quand en Juillet 1916 une nouvelle Citation à l’ordre de l’Armée, célébrait vos qualités d’Artilleur, tous vos hommes en étaient fiers avec vous.

A 25 ans, vous étiez déjà un Chef. Vous saviez comme le montre cette Citation, vous servir du magnifique outil de guerre que vous aviez forgé et vous ne reculiez devant rien pour en tirer le plus beau travail. Je lis dans votre dossier, par exemple qu’ayant eu à démolir un réseau barbelé, vous avez été (sans en demander l’autorisation à vos chefs, qui l’auraient refusée) reconnaître vous-même, sur place, quelques heures avant l’assaut, jusqu’à la première ligne ennemie pour vous assurer qu’il n’en restait plus trace; et vous avez eu la joie de voir, le 1er Juillet 1916, la Compagnie d’Infanterie qui avait réussie à passer par cette brèche, et parvenir sans perdre un seul homme jusqu’à ses objectifs. Un Artilleur d’Appui Direct ne demande pas d’autre récompense.

Je ne cite pas tant d’autres actions d’éclat dans tous les secteurs illustres de cette guerre de 1914-18, de cette guerre dont le chiffre des morts suffirait à faire comprendre aux jeunes générations combien elle fut terrible, même en comparaison de celle qui vient de finir. Je note seulement qu’en 1918 une 3ème citation célèbre cette fois vos qualités d’Officier d’État-major dans les moments critiques dont fut remplie cette année.

Parti Polytechnicien, vous reveniez Capitaine. Après 2 ans à l’Arsenal de Puteaux, stage indispensable pour faire un Artilleur complet, vous étiez nommé à Fontainebleau, qui fut votre garnison de prédilection. A l’Ecole d’Application, vous avez d’abord pendant 6 ans professé la TSF, alors presque à ses débuts. Puis après un intermède au MANS et à PARIS, au Cabinet du Ministre, vous receviez avec bonheur le commandement d’un Groupe d’Artilleurs à Cheval, de ces fameux Volants, une des grandes élites de l’Artillerie et vous en faisiez, dit votre dossier, une Unité de premier ordre.

Rappelé à l’Ecole d’Application pour y professer la Balistique (redoutable honneur) vous y réussissez de façon superbe, enseignant, dit le même document, la Balistique « avec une maîtrise et une clarté hautement appréciée des élèves eux-mêmes » et vous en rédigez un Cours, enrichi de travaux personnels, qui marque dans l’histoire de cette science.

Mais l’heure est venue, où, Lieutenant-Colonel, vous aspirez au but de tout Officier digne de ce nom : le Commandement d’un Régiment. C’est dans une autre élite de l’Artillerie, l’Artillerie de Montagne, la vraie, la muletière, que vous allez servir. Et dès votre arrivée à Grenoble, dès les premières Manœuvres de Haute Montagne, vos Chefs signalent -je cite- « que vous êtes merveilleusement adapté à la montagne »; tout comme naguère, dans l’Artillerie à Cheval, « que vous aviez toutes les qualités du chef dans cette arme »; tout comme dans votre professorat scientifique « que vous dominiez votre sujet et apportiez à votre enseignement la plus grande habilité »; c’est là une bien rare diversité d’aptitudes; et c’est pourquoi vos notes de 1938 vous désignaient comme un « Artilleur exceptionnellement complet et apte aux plus hautes fonctions dans son Arme »

Mais voici 1939. Vous formez de toutes pièces un de ces très beaux Régiments qu’on avait réservés à des chefs de grande classe, d’Artillerie lourde de montagne à tracteur tous terrains. Et jusqu’aux heures tragiques, vous allez le former, l’instruire, le modeler en vue de sa tâche.

En Mai 1940, vous recevez en outre le commandement de l’Artillerie de la Vallée de l’UBAYE. Plus de 100 pièces de tout calibre, placées de 1000 à 2000 mètres d’altitude, commandées et servies par 150 officiers et 4000 hommes, vont sous vos ordres barrer 60 kilomètres de frontière des Alpes. Attaquant comme le dira l’histoire, à 10 contre 1, l’ennemi ne put même atteindre vos lignes: il avait été écrasé par votre Artillerie et perdit 400 prisonniers sans en prendre un seul. Dans ce secteur il avait été tiré plus de coups de canon que de fusil; aussi une 4ème citation 25 ans jour pour jour après votre 1ère citation de 1915 (et, fait fort rare dans l’Armée des Alpes homologuée peu après) vint-elle célébrer ce haut fait d’armes.

Mais hélas, seul fut sauvé l’honneur, pour l’Armée des Alpes. Un calvaire restait à gravir et vous ne vous y êtes pas dérobé. Après avoir avec douleur, dissous ce beau Régiment, votre Régiment, car il n’a jamais eu d’autre Colonel que vous. Vous avez voulu servir encore, et dans les missions les plus pénibles : défendre dans une Commission d’Armistice dont vous étiez le chef, tout ce qui pouvait être défendu contre l’investigation et la rapacité des vainqueurs provisoires. Dans ce tout nouveau métier de diplomate, avec ses incidents tantôt homériques, tantôt affreusement tragiques vous avez révélé aussi des qualités hors ligne et remporté d’étonnants succès, pour le service de l’Armée Secrète.

Métier de diplomate, certes : mais où l’on jouait sa liberté et sa vie; et vous le saviez. Aussi est-ce sans étonnement que vous vîtes la furieuse « Gestapo», ayant décelé certains de vos actes de bon Français, s’emparer de vous, vous détenir pendant plus d’un an, et avec quelles menaces, dans ses camps de déportations de Compiègne, de Godesberg et d’Eisenberg. Mais là encore vous avez su malgré la tristesse d’un deuil cruel et récent, entretenir par tous les moyens la flamme du courage et de l’optimisme parmi vos camarades de déportation, qui ne pourront jamais l’oublier.

Et ce fut le retour, à la Libération. Aussitôt rétabli, vous avez voulu reprendre du service; et ce n’est qu’après vous avoir décerné les Étoiles si bien méritées et si bien placées, que l’Armée, obéissant à l’inéluctable loi de la limite d’âge, s’est vue obligée de se séparer de vous.

Belle carrière en vérité et si bien remplie : services d’État-major ; services techniques; instruction des officiers; mais surtout commandements de troupes pendant la première Guerre presque entière; commandement d’une Batterie pendant la deuxième, commandement d’un Régiment. Le jeune fanatique de l’Artillerie qui sortait de l’Ecole Polytechnique en Juillet 1914 ne pouvait certes pas rêver une plus belle carrière.

Mais ce que je veux surtout vous dire, après avoir accompli ma mission qui était de vous remercier au nom du Gouvernement et au nom de l’Armée, des éminents services rendus à la Patrie, ce que je veux surtout vous dire c’est qu’en vous adressant ces paroles je ne suis que l’interprète d’une foule d’Officiers qui pendant 35 ans ont servi sous vos ordres; soit pendant les deux Guerres, soit dans les commandements du temps de paix, soit dans les services techniques, soit dans les Ecoles d’Officiers; et surtout de ces innombrables anciens sous-lieutenants élèves auxquels vous avez enseigné, avec un tel succès, les sciences les plus primordiales de l’Artillerie et à qui vous avez fait comprendre que pour être un Artilleur complet et digne de ce nom, il faut cultiver et mettre en œuvre avec passion tous ses dons qu’ils soient intellectuels, physiques, ou moraux; qu’il faut se donner avec enthousiasme.

Au nom de tous, mon cher Général, merci. Général de CAHOUET

Ensuite, lecture de ses citations à l’ordre des Armées pendant les guerres de 14-18 et de 1940

I -A l’Ordre de la 61ème Division,le 28 Juin 1915 (Ordre N°84)

Etant observateur dans les tranchées le 15 Juin, a demandé à rester à ce poste pour l’attaque du 16. A dans des circonstances très difficiles (l’observatoire ayant été détruit) assuré personnellement l’observation et la liaison avec son capitaine commandant. Les fils téléphoniques ayant été coupés, a dû se rendre sous un bombardement violent au téléphone le plus voisin.

Signé: NIVELLE

II -A l’Ordre de la 6ème Armée,le 10 Juillet 1916(Ordre N°373)

Lors de l’attaque du 1er Juillet et pendant les journées qui l’ont précédée, a fait preuve du plus grand courage en réglant ses tirs de destruction du haut d’un arbre situé à proximité des premières lignes dans une zone violemment bombardée. A occupé cet observatoire pendant 6 jours consécutifs malgré le feu de l’ennemi.

Signé: FAYOLLE

III -A l’Ordre du 8ème Corps d’Armée,le 16 Novembre 1918 (Ordre N°352)

Officier de liaison d’un dévouement absolu et d’un courage éprouvé, dans maintes circonstances et notamment le 21 Juillet, les 20 et 30 Octobre 1918, s’est porté sous le feu jusqu’aux premières lignes, pour renseigner le Commandement sur la situation des éléments avancés, faisant preuve d’une belle crânerie et d’une intelligente initiative.

Signé: HELY d’OISSEL

IV -A l’Ordre de la Brigade,le 28 Juin 1940 (Ordre N°18 de la 64ème Division)

A, pendant les combats du 17 au 25 Juin 1940, brillamment commandé l’Artillerie de la Vallée de l’Ubaye, causant à l’ennemi de lourdes pertes et permettant à l’Infanterie de maintenir toutes ses positions.

Signé: de SAINT-VINCENT

En 1944 Le 3 Mai, Pierre BRESSE est arrêté par la Gestapo et Déporté

Acte de Déportation de Amédée Charles Pierre BRESSE

Vie privée de Amédée Charles Pierre BRESSE

Il se marie le 6 Avril 1920 avec Geneviève BRIERE à l’Eglise de Saint-Sulpice PARIS.

Ils n’ont pas eu d’enfants.

Malheureusement, Geneviève BRIERE est victime de la tuberculose et décède à 42 ans le 8 Juillet 1941à La Tronche (38).

Que s’est-il passé pour Pierre BRESSE après sa déportation ?

En 1945, le 13 Mai, il est rentré en France.

Après 3 heures d’avion arrivé au Bourget, puis l’Hôtel Lutetia, visite médicale et rue de l’Odéon. Pierre passe quelques jours de repos, dont il avait besoin, rue de l’Odéon.

Puis le 15 Juin, il s’installe 74 Boulevard Montparnasse, dans un appartement qui par une chance inespérée est libéré depuis quelques jours par la mort d’un vieux médecin et que ses beaux-parents ont pu lui réserver.

Pierre est content de revoir ses meubles et ses papiers qu’il n’avait pas vu depuis 4 ans, mais ce n’est hélas, en rien comparable à ses installations d’autrefois.

[Jean François BRESSE] J’ai le souvenir d’avoir été dans cet appartement, en Juillet 1965, alors qu’il était occupé aussi par la famille de sa sœur Suzanne et de Jean MARS.

Le 1er Septembre, après avoir bataillé avec le ministre il a été rappelé à l’Activité et nommé à Rennes. L’appartement restait vide, en ces temps de réquisition c’était très imprudent, Pierre fit donc occuper la moitié par les filles d’un de ses camarades de Fontainebleau, qui était d’ailleurs sous ses ordres à Rennes.

A Rennes, il est logé chez un instituteur en retraite près de la gare. C’est propre et neuf, mais glacial. Pierre vient à Paris tous les 8 ou 15 jours.

Et le 23 Février 1946, il dépose pour la dernière fois l’Uniforme d’Artilleur qu’il a porté depuis 35 ans.

Pierre BRESSE passera les derniers jours de sa vie au Château du Val à Saint Germain en Laye où il décédera, le 11 Juin 1989, à 98 ans.

En 1927, une partie du parc est lotie et le reste du domaine, ramené à 3,5 hectares, est donné à la Société d’Entraide des Membres de la Légion d’Honneur. Le château devient une résidence pour les membres de la Légion d’Honneur.

Photos de Pierre BRESSE

Propriétés de la famille de Pierre BRESSE

Maison de FONTAINEBLEAU au N°56 RUE Saint Merry

Elle a été achetée en 1878 par les arrière-grands-parents GOUGET-DESFONTAINES (grands-parents de Gabrielle BELLOM, épouse de Marcel) pour y prendre leur retraite pas trop loin de Paris et de leurs enfants.

Ils avaient connu FONTAINEBLEAU lors du séjour des grands-parents de Pierre BRESSE, avant 1870 (rue Royale, où était née sa mère).

Elle n’était pas neuve, datant de 1840 environ, Auparavant s’élevait là la Poste aux lettres: c’est ce qu’on voit sur un plan Louis-Philippe.

Ses grands-parents vers 1885 firent faire des travaux par M. BOITTE, architecte du château: la tourelle des cabinets et la terrasse qui fut ensuite couverte d’une véranda. Celle-ci assombrissait le rez-de-chaussée; on réunit en baie les 2 fenêtres du salon, et on mit au fond de celui-ci une grande glace.

La maison fut dans sa splendeur vers 1900 : très bien entretenue, chauffée, une cour remplie de fleurs sur gradins.

Cette maison a vu bien des événements de famille, son arrière-grand-père y est mort. Son grand-père aussi, dans la grande chambre où Pierre l’avait embrassé la veille. Son père y est mort dans ses bras, dans cette même chambre encore.

Sa mère y est restée jusqu’à l’avant-veille de sa mort.

Pierre y a passé, ainsi que Suzanne, sa nuit de noce. Jacques MARS y est né… et 5 générations l’ont habité plus ou moins longtemps.

Suite au décès de sa grand-mère Mathilde BELLOM (née GOUGET-DESFONTAINES) morte en 1915, à la demande de Pierre, ses parents gardèrent la maison.

Après la Guerre, Pierre revint, marié, habiter la maison de 1921 à 1927. En 1927 Pierre partit pour Le Mans.

Après la mort de son père en 1934, sa mère continuait d’habiter là. Depuis 1930 et jusqu’en 1938, Pierre était revenu à Fontainebleau ; puis il partit pour la Tronche (commune située dans la proche périphérie de Grenoble).

Puis ce fut la Guerre, l’Invasion. Sa mère était à Paris quand les Allemands occupèrent la maison, la saccagèrent pas mal, et volèrent quelques objets. Elle y revint peu après et usa ses dernières semaines à réparer les dégâts.

La maison, très logeable : 13 Chambres, dont 4 grandes à 2 fenêtres, Salle à manger, 2 Salons … et 5 WC, quoique bourrée de meubles d’une façon incroyable, pouvait nous recevoir nombreux.

La nouvelle génération a connu cette maison à son déclin, bien délabrée mais pleine de souvenirs.

Pierre espère qu’ils garderont son souvenir, comme d’une chère vieille chose et comme du cadre de vie de leurs grands-parents à la fin de leur existence.

C’est près de là, au cimetière de Fontainebleau que reposent les parents, deux des grands-parents, deux des arrière-grands-parents de Pierre BRESSE.

Tous étaient très attachés à cette vieille maison. Elle a été vendue depuis.

Maison de Fontainebleau. Été 1909, les frères et sœurs de Pierre : Germaine, Jacques, Madeleine

Propriétés en Touraine

Les arrière-grands-parents de Pierre BRESSE, parents de Pauline RAY, épouse de JAC BRESSE, ont acheté en 1849 aux Maillé de la Tour Landry, Forgeais avec sa ferme et la Bigotière et la Chevronière.

Puis de temps en temps, ils achètent de petits lopins pour s’agrandir. La maison de Forgeais était en partie une ancienne maison forte (murs énormes et puits dans la cuisine, elle était faite pour soutenir un siège)

Dès le début ses arrière-grands-parents y passaient près de 6 mois par an. Ils s’occupaient eux-mêmes de l’exploitation de la ferme et des bois.

Le père de Pierre BRESSE, Charles François Marcel BRESSE et ses cousins y passaient toutes leurs vacances.

Pierre BRESSE y a surtout connu sa grand-mère BRESSE (née Pauline RAY) et son grand-oncle Eugène RAY, son frère, si vivant et si gai. Pierre jouait avec les chiens, allait à la pêche à la ligne ou à l’écrevisse dans la rivière, il faisait des promenades en charrette avec un petit cheval qu’il conduisait.

En 1911, à la mort de son grand-oncle, la maison et la ferme de Forgeais, qui étaient sa part, furent vendues. Mais sa grand-mère restait propriétaire des fermes, la Bigotière, la Chevronière, le Moulin Paquet et de divers bois qui entourent ces fermes.

Pierre Bresse a gardé cette propriété à la mort de son père en 1934.

Tous les ans (sauf pendant la Guerre), il y allait 2 fois. En été jusqu’en 39, c’était en auto avec Geneviève (son épouse) pour lui faire connaître le pays et ses habitants, fermiers ou voisins.

Elle s’y est beaucoup plu, et y a été admirablement reçue. Parfois, leur passage au pays était marqué d’un petit événement : baptême dans une ferme, bénédiction d’une Croix qu’il avait fait rétablir, etc…

Dessin au fusain de la maison de Forgeais. Il a été réalisé vers la fin de la guerre 39/45 par un réfugié que les parents du propriétaire actuel, avaient temporairement hébergé. Il représente donc la maison du temps où Pierre BRESSE l’a connu.

Du nouveau pour Jacques Antoine Charles (JAC) BRESSE qui a son nom sur la Tour Eiffel

Cet article fait suite à l’article qui a déjà été publié sur le site de la Famille BRESSE pour JAC BRESSE et aussi sur l’article paru dans Wikipédia sur JAC BRESSE.

En Juin 2020, j’ai été contacté par un professeur d’hydraulique émérite de l’École polytechnique fédérale de Zurich, Professeur Willi Hager qui a proposé une publication dans le journal américain Journal of Hydraulic Engineering. Cette publication est en anglais. Elle est en cours de relecture.

Ce Professeur connait le nom de BRESSE depuis ses études. JAC BRESSE a fait, il est vrai, un des livres d’hydraulique des plus importants, qui est même aujourd’hui encore actuel. En effet, son livre de Mécanique Appliquée sur la partie « Hydraulique », est encore disponible sur Internet.

A l’époque, JAC BRESSE est surtout reconnu pour ses travaux sur la flexion des poutres et arcs, domaine dans lequel il est l’un des contributeurs majeurs avec Barré de Saint-Venant. Tous deux développent leurs travaux à partir du travail d’Henri Navier. Il systématise le travail autour des arches et dresse un tableau de tous les cas particuliers.

Les déformations sont obtenues par sommation (intégration) des déformations élémentaires des petits tronçons de poutre. Elles permettent de calculer les déplacements des poutres sous l’effet du chargement. Elles servent pour le calcul des ponts routiers ou de chemin de fer. Ces équations sont dites « Equations de BRESSE » ou « Equations de NAVIER-BRESSE ».

Il se fait remarquer en 1848 en publiant dans les Annales des Ponts et Chaussées un article intitulé : Études théoriques sur la résistance des arcs employés dans les ponts en fonte ou en bois

Il était décédé lorsque Gustave Eiffel a construit sa Tour, mais celui-ci a voulu lui rendre hommage en mettant son nom au niveau du premier étage, avec d’autres savants (mathématiciens, physiciens, chimistes…) beaucoup plus connus comme Ampère, Lavoisier, Laplace, Chaptal, Gay-Lussac, Becquerel, Coriolis, Coulomb, Foucault….

Plus tard, il a fait des recherches hydrauliques, en particulier sur la surface libre des cours d’eau. Ceux-là ont été couramment utilisés dans les constructions de barrages, en particulier pour calculer d’avance comment ils modifieront le cours d’eau en amont du barrage.

Dans son cours de Mécanique appliquée de 1860, il y a deux parties :

La partie 1 traite de la résistance des matériaux et de la stabilité des structures

La partie 2 traite de l’hydraulique

Ce cours a au départ été réalisé pour les étudiants de l’École impériale des Ponts et Chaussées de Paris.

Le Professeur Willi Hager a fait une analyse détaillée de la partie 2 sur l’hydraulique.

Le livre est subdivisé en sept chapitres :

  • Chapitre I : Hydrostatique et hydrodynamique
  • Chapitre II : Écoulement permanent par orifice
  • Chapitre III : Écoulement permanent dans les tuyaux
  • Chapitre IV : Flux régulier dans les canaux découverts
  • Chapitre V : Flux de gaz
  • Chapitre VI : Pression réciproque des fluides et des solides pendant leur mouvement
  • Chapitre VII : Machines et pompes hydrauliques

Ses Conclusions

Le livre Hydraulique de JAC BRESSE (1860) a considérablement enrichi les ouvrages similaires alors disponibles.

Ses caractéristiques exceptionnelles sont :

  • Présentation simple d’un sujet
  • Utilisation d’un langage simple attirant ainsi les étudiants et les praticiens
  • Présentation de croquis pour détailler les explications textuelles
  • Exemples pour appliquer les connaissances
  • De courts croquis historiques pour résumer les informations
  • Connaissances analytiques simples requises pour le lecteur

Comme inconvénients du livre, on peut dire :

  • Les flux instables sont complètement absents
  • Les références ne sont pas systématiquement incluses
  • Les croquis extraits de photographies expliquant les caractéristiques du flux sont absents
  • Les résumés de certaines sections ne sont pas systématiquement disponibles.

Correspondance entre deux scientifiques à propos des travaux de JAC BRESSE sur l’hydraulique

Le Professeur Willi Hager a passé en 2015 un congé sabbatique à Paris, où il a pu accéder la Bibliothèque de l’Institut de France. Là, on conserve un total de 600 lettres avec presque 2000 pages, d’où il y a entre autres des lettres sur JAC BRESSE. Il a étudié une importante correspondance entre Adhémar Barré de Saint-Venant (dSV, 1797-1886) et Joseph Boussinesq (JB, 1842-1929), deux grands scientifiques de la fin du XIXe siècle, sur les travaux de JAC BRESSE.

En outre, des questions de tous les jours sont traitées comme les affaires familiales, les mariages, la matière pédagogique, mais il y a aussi une grande partie sur des sujets d’éthique, de philosophie des sciences, de religion et de politique, y compris l’époque de la guerre franco-prussienne en 1870 / 71 avec l’implication de deux fils de dSV.

Election de JAC BRESSE à l’Académie des Sciences

Le Professeur Willi Hager fait une analyse détaillée de l’élection de JAC BRESSE à l’Académie des Sciences à partir des correspondances archivées.

Adhémar Barré de Saint-Venant (dSV) préside la Section de Mécanique de l’Académie des Sciences à partir de 1868. Dans les années 1870, dSV a voulu faire élire Joseph Boussinesq (JB) à l’Académie. dSV était le tuteur de Joseph Boussinesq (JB) depuis près de 20 ans, JB était né en 1842 et était très jeune à l’époque (moins de 30 ans). dSV pensait aussi à Henri Tresca, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris et ensuite à JAC BRESSE.

Henri Tresca, a été élu en 1872 et JAC BRESSE le 31 mai 1880, en remplacement du général Morin (Arthur Jules Morin 1795-1880, ingénieur civil français »)

Joseph Boussinesq a été élu en 1886, à l’âge de 44 ans, en remplacement de Adhémar Barré de Saint-Venant décédé.

Le fait que JAC BRESSE a été élu à l’Académie n’était guère dû à ses recherches exceptionnelles, mais plutôt à sa collégialité et à son entrée dans les associations d’ingénieurs françaises.

Les ouvrages sur la résistance des matériaux et la stabilité des structures d’une part, et sur l’hydraulique d’autre part, sont bien entendu d’une importance particulière.

En effet, JAC BRESSE reçoit en 1874 le Prix Poncelet, prix scientifique attribué par l’Académie des sciences.

Il est aussi fait chevalier de la Légion d’honneur en 1880

Biographie de JAC BRESSE

Nous avions déjà évoqué la biographie de JAC BRESSE dans notre premier article

En 1856, il se marie avec Pauline RAY, qui a 20 ans. Ils n’auront qu’un seul enfant, Charles François Marcel BRESSE (1857-1934), qui est lui-même devenu Inspecteur Général des Ponts et Chaussées.

Le 8 Mai 1883, il s’alite, atteint d’une érysipèle (infection cutanée inflammatoire). Il meurt le 22 Mai 1883, âgé de 60 ans.

Lors de ses obsèques, des discours ont été prononcés par François Tarbé de Saint-Hardouin, directeur de l’Ecole des Ponts et Chaussées, Charles Lefébure de Fourcy, Inspecteur Général des Ponts et Chaussées, Édouard Phillips, inspecteur général des mines, membre de l’Académie des Sciences, Ernest Mercadier, directeur des études à l’école polytechnique. On peut télécharger les discours qui font partie de « Mémoires et documents relatifs à l’art des constructions et au service de l’ingénieur, 1883, 1re semestre, p. 650-659 » https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4085390/f643.item.r=.zoom

Discours d’Édouard Phillips

« BRESSE est né à Vienne (Isère) le 9 octobre 1822. Reçu à l’Ecole Polytechnique en 1841, il rejoint en 1843 le Corps des Ponts et Chaussées, dont il conquit successivement tous les grades jusqu’à celui d’Inspecteur Général de deuxième classe, conféré à lui le 16 juillet 1881.

Voici les fonctions qu’il a assumées au cours de sa carrière qui témoignent de sa courageuse et constante persévérance. En 1848, peu de temps après avoir quitté l’école des Ponts et Chaussées, il fut nommé maître adjoint de mécanique appliquée à l’école. Puis, à partir de 1853, il fut intérimaire Maître de conférences ; et en 1855, il fut nommé professeur titulaire du même cours. M. BRESSE n’avait alors que trente-trois ans et a pu élever son niveau d’enseignement à une grande hauteur. Il a occupé ce fauteuil jusqu’à la fin, c’est-à-dire pendant vingt-huit ans.

«En 1851, à l’âge de vingt-neuf ans, il est nommé maître assistant du cours de mécanique et machines à l’Ecole polytechnique. Puis, en 1863, il devient examinateur d’étudiants sur cette branche de la science, et enfin, en 1879, professeur du même cours. On voit ainsi que, pendant de nombreuses années, notre cher et feu Frère a supporté un très lourd fardeau par ses fonctions simultanées dans les deux écoles importantes auxquelles il était attaché. Pourtant, il n’a jamais cédé sous un tel travail et a toujours rempli sa tâche de la manière la plus méritoire.

«Il a même trouvé le temps de publier son cours à l’École des Ponts et Chaussées et a ainsi produit un livre en plusieurs volumes, qui est un modèle de clarté et de science, dans lequel il a résolu un certain nombre de problèmes nouveaux et importants. Ainsi, ce traité n’est pas seulement classique en France, mais aussi encore répandu à l’étranger, et est souvent consulté avec succès par les ingénieurs et les scientifiques. «Enfin, M. BRESSE a reçu l’honneur suprême auquel un homme de son mérite peut aspirer. Le 31 mai 1880, il est élu membre de l’Académie des sciences de la section mécanique, en remplacement du général Morin (Jules Morin 1795-1889, ingénieur civil français»). Il ne semble pas que, devant cette tombe encore ouverte, on puisse entrer dans le détail de ses titres scientifiques qui lui ont valu ce couronnement de sa carrière. Nous ne pouvons qu’énoncer l’essence et mettre en évidence les caractéristiques les plus importantes. »

« En terminant, j’ajouterais qu’en lui les qualités morales de l’homme étaient à la hauteur de la valeur du savant. Tous ceux qui l’approchaient connaissaient sa simplicité, sa droiture, sa parfaite honorabilité et sa conscience scrupuleuse dans l’accomplissement de ses devoirs. A ceux qui ont l’honneur, Messieurs, de vous parler et qui ont été unis à M. BRESSE par les liens d’une vieille amitié, remontant à l’époque où nous étions ensemble à l’Ecole Polytechnique.

«Sa veuve si cruellement éprouvée, son fils qui marche dignement sur ses traces dans cette belle carrière des Ponts et des Chaussées, a eu, dans leur profonde douleur, la suprême consolation de le voir mourir dans l’esprit chrétien que nous l’avons connu. Que les sympathies de l’Académie leur apportent aussi du soulagement et de la démission. Au revoir, cher frère et ami. Au revoir ! »

Discours d’Ernest Mercadier

« Professeur, il était avant tout soigneux, clair et précis. Respectueux de lui-même et de son auditoire, il ne lui apportait jamais que des choses étudiées, muries, approfondies. Il ne laissait rien à l’imprévu, et après avoir adopté un ensemble, il en perfectionnait sans cesse les détails. Il était un homme consciencieux, un homme du devoir. Il en avait le sentiment profond, et l’accomplissait simplement. C’est ainsi qu’il a passé plus de trente ans parmi ses collègues, aimé de la plupart, estimé de tous. »

Les descendants de Jacques Antoine Charles BRESSE

Pour l’article sur Jacques Antoine Charles BRESSE, cliquez sur le lien : https://famille.bres.se/jacques-antoine-charles-bresse/

Jacques Antoine Charles BRESSE, à 34 ans, se marie en 1856 avec Pauline RAY, qui a 20 ans. Ils n’auront qu’un seul enfant, Charles François Marcel, né le 2 Avril 1857 qui est lui-même devenu Inspecteur Général des Ponts et Chaussées

Charles François Marcel BRESSE (1857-1934)

A 19 ans, après des études aussi brillantes  dans le  domaine  littéraire  que dans le domaine scientifique, Marcel Bresse entrait  second à l’École Polytechnique. Il en sortait en 1878 dans le corps des Ponts et  Chaussées.

Peu de temps après sa sortie de l’École  et  à  la  suite  d’un séjour à Romorantin, où il eut à construire deux écluses et à consolider de nombreuses tranchées argileuses de chemin de fer,

Marcel Bresse fut attaché, à  la résidence  de  Châlons,  au service de la  navigation  de la  Marne et  du  canal de l’Aisne  à  la  Marne en même temps qu’au contrôle du chemin de fer de l’Est.

C’est à Châlons, en 1887, qu’il épousa Mlle Bellom, fille et nièce d’inspecteurs généraux des Ponts et Chaussées, si bien  que  le corps des Ponts, dans lequel lui  et  les  siens  remplissaient  les plus hautes charges, devint pour lui une véritable famille.Marcel BRESSE et Gabrielle BELLOM au moment de leur mariage

Nommé à Paris le 1er février 1889, M. Bresse est tout d’abord attaché au service de la Commission de l’annonce des crues. A ce titre, il est chargé de donner un état statistique des jaugeages effectués dans les principaux bassins afin de mettre l’administration au courant des données acquises et des lacunes existant dans la détermination des débits des principales rivières. Cette étude est conduite avec une telle méthode et une si grande perspicacité qu’elle vaut à son auteur les félicitations de la Commission et celle du ministre des Travaux Publics. Elle a été publiée dans les Annales en 1897. Ce rapport, qui se termine par un examen de la valeur pratique relative des différents procédés de jaugeage, est présenté avec une clarté et une précision qui en rendent la lecture particulièrement attrayante et instructive.

Mais  le  service de  la  Commission  de  l’annonce  des  crues  ne suffisait pas à l’activité d’un ingénieur de 32 ans; aussi fut-il affecté à la 2 eme puis à la 3 eme section de la Navigation de la Seine; simultanément, il eut dans ses attributions le contrôle de l’exploitation des réseaux de l’Ouest, des Ceintures et des chemins de fer de l’État, puis le service du chemin de fer du pont de l’Alma à Courbevoie, le contrôle des études du raccordement de la ligne des Moulineaux avec les lignes de Paris au Mans et à Versailles, le contrôle des lignes en construction ou à construire dans Paris : ligne des Moulineaux, ligne de Courcelles à Passy et au Champ de Mars

C’est ainsi qu’arriva le moment où Marcel Bresse, proposé en termes particulièrement élogieux pour le grade d’ingénieur en chef, fut chargé, dans les premiers mois de l’année 1898, des services du département de la Corrèze ; moins de deux ans plus tard, il revint à Paris, où il servit quatorze ans comme ingénieur en chef et quatorze ans comme inspecteur général.

Il s’acquitte de ces différentes fonctions de la façon la plus parfaite, si bien que, le 16 juin 1910, à l’âge de 53 ans, il se voit confier les hautes fonctions de Directeur de l’inspection des chemins de fer de l’État. Trois ans plus tard, il est promu au grade d’inspecteur général, tout en conservant sa direction.

L’administration a fait appel à son concours au moment où il fallut appliquer au Ministère des Travaux Publics les prescriptions de la loi des finances du 13 juillet 1911 instituant le contrôle de l’exécution du budget. Tant pour s’assurer que les engagements de dépense étaient maintenus dans  la  limite  des  crédits  ouverts  que  pour  veiller au bon emploi des crédits et éviter toute dépense inutile, il fut institué au Ministère des Travaux Publics, par décret du 7 mai 1918, un  Comité de  Contrôle  composé de deux inspecteurs généraux des Ponts et Chaussées et d’un inspecteur des finances.

Il prend une part  active  aux  travaux du Conseil général des Ponts et Chaussées. Pour ne citer que quelques-unes des questions d’ordre général soumises à l’examen des Commissions qu’il a présidées avec tant d’éclat, ne seront rappelées que : proposition de loi sur les travaux de grande voirie nationale, application de la  loi  de 1924 sur les pensions, proposition de loi sur la réorganisation de l’administration de l’Algérie, affaires de  toute  nature  intéressant le personnel, refonte des règlements sur les ponts métalliques et sur les halles de chemin de fer.

Très écouté par le Conseil, Marcel Bresse savait· présenter ses rapports et les défendre. Ses interventions étaient toujours sobres, précises et, dans la plupart des cas, concluantes. Il combattait impitoyablement toutes les propositions de dépenses dont la nécessité ne lui semblait pas incontestable et, dans chaque affaire, savait discerner les points importants ou délicats. Sans faire le moindre étalage de la culture profonde dont s’embellissait sa claire intelligence, il réussissait à résoudre de sérieuses difficultés grâce à l’ingéniosité de solutions équitables, immédiatement acceptées par tous.

Au moment où, en 1927, arriva pour lui l’âge de la retraite, la nomination au grade de commandeur de la  Légion  d’honneur  vint récompenser une longue et brillante carrière.

A Fontainebleau, où il s’était retiré, son cœur et son esprit intacts comme ses forces jusqu’au dernier jour, s’employaient à de nombreuses œuvres charitables, patriotiques ou religieuses. Ses convictions catholiques, qui étaient aussi simples qu’éclairées ont fait apparaître autour de lui que la  foi la plus humble est le fait des intelligences les plus ouvertes et que les croyances sont vaines si elles ne se traduisent par des actes.

Le 25 juillet 1934, il s’éteignit avec une calme sérénité au milieu des siens qu’il avait tant aimés.

Descendance de Charles François Marcel BRESSE

Charles François Marcel BRESSE et Gabrielle BELLOM (1867-1941) ont eu 5 enfants :

  • Suzanne (1888-1957) qui a épousé Jean MARS (1878-1946). Ils ont eu 10 enfants
  • Pierre (1891-1989) qui a épousé Geneviève BRIERE (décédée en 1941) sans enfants
  • Madeleine (1892-1943) religieuse Saint Vincent de Paul
  • Germaine (1895- ), religieuse de l’Assomption
  • Jacques (1898- ?) qui a épousé Nicole Girault. Ils ont eu 2 enfants : Jean Pierre (1941- ) et François (1945- )

Ceux dont j’ai le souvenir.

J’ai bien connu le Général Pierre BRESSE, petit-fils de Jacques Antoine Charles.

Il a fait l’école Polytechnique. Il a fait sa carrière dans l’artillerie. Il a participé aux 2 guerres et en particulier à la guerre de 40, où il a dirigé des opérations contre l’Italie.

Il est venu à Vienne et une année à Arêches, dans les années 60. Je l’ai rencontré à Paris lorsque je suis venu passer les concours. Il avait un appartement près de Montparnasse. Il a terminé sa vie à la Maison de retraite de la Légion d’Honneur.

Il s’est beaucoup occupé de sa sœur, Suzanne qui a perdu son mari, le Général MARS, en 1936, après avoir eu 10 enfants.

Jacques BRESSE et ses 2 enfants, Jean Pierre (1941- ) et François (1945- ) sont venus une fois à Vienne. Ils étaient de notre génération. Nous n’avons plus eu de relations plus tard.

Jacques Antoine Charles BRESSE

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Mon Arrière Grand Oncle : Jacques Antoine Charles BRESSE (JAC) :

Celui qui a son nom sur la tour Eiffel !

Il est né le 9 octobre 1822 à Vienne (Isère) – mort le 22 mai 1883 à Paris.

La mère de JAC meurt en 1825. Il n’a que 3 ans. Son père, Innocent François Candide, négociant en draps, à Vienne,  le confie à sa soeur, Jeanne Marie Unité, qui vient de se marier et qui vit à Artas, berceau de la famille BRESSE. Elle va lui servir de mère. Il est élevé comme un paysan. A 7 ans; il ne parle que le patois. On lui dit : « Ba, mije, te case » (Bois, mange et tais-toi) qui est resté célèbre dans la famille.

A 8 ans, on le met au collège à Bourgoin (13 kms), où il va tous les jours en carriole. Il y réussit. On le met en interne (à 15 ans) au lycée de Lyon puis au lycée Saint Louis à Paris. Il entre à 19 ans et dans les premiers à l’Ecole Polytechnique en 1841.

Il obtient son diplôme de l’École Polytechnique en 1843 puis entre à l’Ecole de spécialisation des Ponts et Chaussées. Il est un an ingénieur des Ponts et Chaussées, à Nérac, puis à Bourgoin. Il y fait des drainages, des petits ponts.

En 1848, à 26 ans, Il devient répétiteur et ensuite professeur de mécanique appliquée à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées et à l’École polytechnique..

En 1856, il se marie avec Pauline RAY, qui a 20 ans. Ils n’auront qu’un seul enfant, Marcel, qui est lui-même devenu Inspecteur Général des Ponts et Chaussées. Tous les ans, il va passer quelques jours à Vienne, et aussi à Artas, chez les autres familles BRESSE.

Il entre en 1881 à l’Académie des sciences, section mécanique. Il aura aussi la Légion d’Honneur.

Il se passionne aussi pour la musique et il écrira un traité d’Harmonie.

Le 8 Mai 1883, il s’alite, atteint d’une érysipèle (infection cutanée inflammatoire). Il meurt le 22 Mai 1883,  agé de 61 ans. De nombreux discours de savants seront prononcés sur sa tombe.

Il a écrit des équations qui sont enseignées dans les écoles d’ingénieur, comme Polytechnique, Centrale,  Ponts et Chaussées, Arts et Métiers, INSA sur la déformations des poutres.

Les déformations sont obtenues par sommation (intégration) des déformations élémentaires des petits tronçons de poutre. Elles permettent de calculer les déplacements des poutres sous l’effet du chargement. Elles servent pour le calcul des ponts routiers ou de chemin de fer.

Ces équations sont dites « Equations de BRESSE » ou « Equations de NAVIER-BRESSE »

Dans un de ses cours de l’Ecole Polytechnique, dont je possède un exemplaire, il a fait un avant-propos, qui montre l’importance de son approche, pour les constructions métalliques, comme les ponts ou les tours.

Plus tard, il a fait des recherches hydrauliques, en particulier sur la surface libre des cours d’eau. Ceux-là ont été couramment utilisés dans les constructions de barrages, en particulier pour calculer d’avance comment ils modifieront le cours d’eau en amont du barrage.

Il était inspecteur général des Ponts et Chaussées. A ce titre, il a présidé le jury qui a autorisé Gustave Eiffel à construire le viaduc de Garabit. Il a considéré que Gustave Eiffel devait prendre tous les risques financiers.

Il était décédé lorsque Gustave Eiffel a construit sa Tour, mais celui-ci a voulu lui rendre hommage en mettant son nom au niveau du premier étage, avec d’autres savants (mathématiciens, physiciens, chimistes…) beaucoup plus connus comme Ampère, Lavoisier, Laplace, Chaptal, Gay-Lussac, Béquerel, Coriolis, Coulomb, Foucault….

Une bibliographie lui est consacrée sur Wikipédia (je viens de rajouter sa photo) :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Antoine_Charles_Bresse