Paul BRESSE, 4ème partie : ses amitiés et ses passions

Mon père Paul BRESSE      26 février 1891–19 juillet 1973

Par Corinne MOLLIET-BRESSE sa fille cadette, 

Amitiés :

Paul était une personne très sociable, aimant découvrir des personnalités nouvelles, toujours avenant, cherchant à communiquer malgré tout… Je me souviens de certains de ses amis qui comptaient beaucoup pour lui.

Paul s’est lié d’amitié avec deux Rémy; il n’a pas connu et croisé un troisième Rémy, Rémy Molliet, mon fils né en 1981…

Il avait un cousin et ami fidèle en la personne de Rémy BUISSON (1892-1971) dont le père, Charles Buisson, était un cousin d’Emma Bertini. Ce qui fait que Paul et Rémy étaient petits cousins. Rémy avait un chalet à Saint-Nicolas-de-Véroce en Haute Savoie où nous  retrouvions sa famille en été.

J’ai dans la tête un nom : Rémy Boulet. Il aurait été un voisin de la rue Blomet. Peut-être un musicien, peut-être un pianiste, mais je n’en suis pas sûre, mes souvenirs d’enfant sont très imprécis.

Charles LACOMBE (1885- 1965) était le fils de Louise BRESSE, sœur de Francis, père de Paul. Paul et Charles étaient donc des cousins germains. Il a été notaire, juge de paix et maire d’Artas de 1919 à 1935.

Durant sa jeunesse, Paul a eu un ami très cher, le peintre Pierre CHARBONNIER. Il était né à Vienne en 1897. C’était un peintre, un réalisateur et un décorateur.  Il a conçu les décors de la plupart des films de Robert Bresson : « Journal d’un Curé de Campagne » entre autres. Dans ces toiles, le thème de l’eau revient souvent. Le Centre Pompidou possède la « Nature morte aux jarres », et d’autres musées étrangers abritent également ses toiles.

Comme nous l’avons vu précédemment, Pierre CHARBONNIER a été le collaborateur de Jean AURENCHE pour la réalisation de son film « Royaume et Empire du Rhône » en 1927.

Jacques Prévert lui a consacré un poème dont je cite quelques vers :

Paysage
(….)
Le pinceau comme une rame a caressé les eaux
Et les eaux se reforment derrière le pinceau
(…)
Toiles de Charbonnier
Ardents et calmes paysages
Couleur de sang secret
Couleur de chair et d’eau
De joie de vivre séquestrée
Et de rêves volés aux enfants

Toiles de Charbonnier
Où jamais ne transparaît en filigrane en faux trompe-l’œil
Ou en véritable trompe- peinture
L’écriteau des néo-précurseurs :
Prenez garde à la nature.

Les deux amis restaient en lien, partageant leurs projets, leurs succès s’entraidaient.

Pierre Charbonnier lui écrit en 1957 : « Je dessine en ce moment en vue de faire un album sur le Rhône avec un poème de René Char, et j’ai besoin de photos de sa source, de la sortie du Rhône à Genève et des cartes postales seraient de très bons documents. »  

Il a eu un autre grand ami qui a beaucoup compté pour lui, François de Chauvigny qui l’a appelé pour participer à la restauration de son château dans le Loir et Cher. J’ai mentionné précédemment son travail d’architecte dans le paragraphe sur  les commandes qu’il a reçues pour la rénovation de quatre châteaux dont celui de Chauvigny. Une amitié profonde est née entre eux deux, une correspondance et des rencontres ont suivi. Lorsque nous étions enfants, nous avons même fait un séjour en famille dans son château. Nous l’avons revu après le décès de Paul et il nous a promenés dans sa Renault Frégate à travers les rues de Vienne !

 Passions :

Paul avait beaucoup d’intérêts, se passionnait pour ce qui lui tenait à cœur et cultivait ses activités avec patience. Il se tenait très informé de l’actualité, la politique, les affaires de la France, les découvertes scientifiques, et de bien d’autres sujets.

Il a consacré beaucoup de temps à la généalogie : s’attachant aux familles BRESSE et ODIER, il a constitué des arbres généalogiques de ces deux familles. Il obtenait des renseignements par courrier, demandant à consulter les registres des communes, les actes d’état civil et autres documents accessibles. Il se passionnait pour ses lointains ancêtres remontant même jusqu’au XVI ème siècle.                                                                                                                                                                                                                            Il a complété un grand arbre généalogique partant d’Etienne BRESSE (1732-1777), notaire à Villeneuve de Marc; et qui a épousé Louise FONTANEL en 1758. L’arbre comprend toute sa descendance jusqu’à notre génération. Cet arbre aurait été établi par le Général Pierre BRESSE (1891-1941) qui cite également en en-tête certains aïeux d’Etienne BRESSE, citant Pierre Ibert BRESSE, né en 1540.  Paul a écrit cette annotation sur le document lui-même: « Ces renseignements ont été recherchés par le Général Pierre Bresse quand il était à Grenoble et transmis par lui. » On remarque que d’autres membres de la famille se sont intéressés avant lui à la généalogie BRESSE, et que notre cousin Jean-François BRESSE a pris le relais avec beaucoup de précision et de minutie.

Paul s’est aussi attaché à retranscrire des plus petits fragments d’arbre généalogique : concernant Pierre BRESSI (1665-1689), marchand à Artas, ou aussi André BRAISSI son frère (1660-1715) et leur descendance.

(Pour voir en grand, vous pouvez cliquer sur l’image )

Paul mentionne en en-tête du document : « Pierre Bressi ou Bresse, marchand à Artas. Apparaît pour la première fois à Artas en 1668 au baptême de son fils Claude. En tenant compte toutefois de la date de naissance de son enfant Claude (1668) qui pourrait être l’aîné de la famille et de la date sa mort à lui, Pierre Braissi en 1669, on peut placer en 1635 ou 1640 la date de sa naissance. »

Il mentionne uniquement la naissance des cinq enfants de Pierre Braissi : André 1660, Jean 1663, Pierre 1665, Claude 1668 et Marie-Marguerite 1669.

Pour plus de détails sur l’origine de la famille BRESSE, qui viennent de la province de la BRESSE, pour s’installer dans un village d’Artas, situé à environ 4 kms de Saint Jean de Bournay (Isère), vous pouvez consulter l’article précédent : L’origine de la famille BRESSE

Pour la généalogie de la famille BRESSE, jusqu’en 1700, consultez l’article : La famille BRESSE à Artas jusque vers 1700

En 1938, il reprend, complète et met à jour et dessine de sa main un arbre généalogique qui part de Louis TEYNARD vers 1750, et  retrouve ainsi des ancêtres des BRESSE. Il rédige ces annotations en haut de l’arbre:

« Famille Teynard avec les branches Bernard et Buisson. De Louis Teynard et Catherine Cottin vers 1750, d’après le Commandant Paul Buisson en 1907, par Henri Bresse 1907. Mis à jour et complété par Paul Bresse en 1938. »

Sa grande œuvre représente un arbre généalogique qui mentionne un grand nombre de membres de la famille. Paul y fait figurer ses trois enfants Antoine, Anne et Corinne ainsi que ses neveux et cite nos aïeux du XVIII ème siècle, puis remonte même jusqu’à une branche de la famille du XVI ème siècle.

La généalogie complète de la famille BRESSE est disponible sur le site : Généalogie de Jean François BRESSE

Il s’est aussi attaché à la famille de son épouse Ninette : ODIER par son père Charles ODIER, MEYER par sa mère Renata MEYER.                                                                                                                                                                                                              Il a établi et dessiné un magnifique arbre retraçant la famille MEYER de 1351 (Johann  Meyer, Bâle) à Yvan (1941). Hortense Célestine MEYER (1870-1941) était la grand-mère de son épouse Ninette. C’est un arbre, généalogique sûrement, mais un arbre grandiose avec un tronc imposant qui porte l’écusson de Hans MEYER (1580-1639), originaire d’Endingen en Suisse. Hans est situé à la base du tronc, puis les branches de l’arbre se déploient portant des petits écussons ourlés, le talent de dessinateur de Paul se révèle.

Il aimait retrouver les plus lointains ancêtres, remontant encore une fois jusqu’au XVI ème siècle ! En établissant l’arbre généalogique des ODIER, il arrive même jusqu’à un personnage fort lointain qui portait le nom d’ODIER: Antoine ODIER (1698-1745).

On peut dire que sa plus grande passion a été la photographie. Compensant probablement sa surdité, Paul était très visuel, développant sa vision de l’univers qui l’entourait, aiguisant son regard sur toute chose.

Déjà, dans les années 1910, il prenait des photos avec une chambre noire sur des plaques de verre. Il photographiait la famille, les amis. Il devait tirer ces photos lui-même d’après les plaques : leur développement ne nécessite que des produits chimiques : révélateur et fixateur. Nul besoin d’un agrandisseur, puisque le négatif est au format de la photo.

Plus tard, Michel, mon mari a refait des tirages de ces plaques. Il s’est adonné lui-même à la photo, comme un deuxième métier, avec des photos de spectacle, des illustrations de livres sur la frontière, des expositions. Mon cousin, Jean-François m’a dit que c’est Paul qui l’avait initié à la photographie lors de ses passages à St Marcel. Sa fille Laetitia a voulu aussi cultiver cet art qu’elle a étudié à l’Ecole Nationale de la Photographie. Espérons que cette passion transmise perdurera dans la famille…

Quand nous habitions Gaillard en Haute-Savoie, il partait en balade sur les bords de l’Arve et photographiait des chemins, des arbres, des flaques d’eau, des paysages de neige. Cela donnait des photos en noir et blanc contrastées et mélancoliques.

Il aimait aussi beaucoup photographier les feux d’artifice de Genève qui avaient lieu tous les étés dans la rade. En aucun cas nous ne les aurions manqués même s’il fallait faire la queue pour avoir des billets. Nous avons conservé longtemps ces diapositives de bouquets de feux d’artifice, explosions de couleurs.

Malheureusement le temps n’a pas permis de les garder indéfiniment, les composants chimiques s’altérant, détruisant l’image.

Quand il a disparu il a laissé six appareils photo : deux Rolleiflex, deux Focaflex, dernière marque photographique française, et aussi un reflex Canon avec plusieurs objectifs interchangeables.

Il avait aussi fait l’acquisition d’un  petit appareil automatique qui faisait des photos demi-format, le Canon Dial 35. Mon mari, Michel, s’est découvert aussi une passion pour la photographie en utilisant les appareils de Paul…

Et puis il y avait aussi son amour des chats. Nous en avons toujours eu à la maison dès que nous avons quitté l’appartement de la rue Blomet à Paris. Paul voulait toujours les rentrer à l’intérieur de la maison et j’entends encore Ninette lui répéter : « Mais Paum, les chats n’ont pas froid dehors! ». Leurs trois enfants cultivent aussi cet attachement pour les chats !

Paul aimait la nature, connaissait les espèces de plantes, de fleurs, d’arbres. Il avait la main verte et son bureau était rempli de bouture de toutes sortes.

Il était de son temps, très documenté sur l’actualité, les arts, la politique. Il portait une vénération sincère à Charles de Gaulle depuis la guerre. Je me souviens qu’en faisant les courses, on s’arrêtait au bureau de tabac-journaux pour acheter le Monde et le Figaro, et l’Aurore, journal aujourd’hui disparu. La Tribune de Genève, était plutôt pour Ninette toujours très attachée à cette ville ! Paris Match, Sciences et Vie comptaient aussi parmi ses lectures, ainsi que d’autres revues. Il suivait toute l’actualité.

Quelques uns de mes souvenirs en guise de conclusion :

« S’il te plait, dessine-moi un… violon. ». Parfois je m’approchais de lui, penché sur sa planche à dessin et je lui demandais de me faire un dessin… Dessiner quoi ? Un objet, un personnage. Il le faisait volontiers avec tendresse pour sa petite dernière, et je suivais la mine du crayon qui, en petits traits tarabiscotés, faisait apparaître mon souhait. Il illustrait toujours de petits dessins les cartes postales écrites depuis Paris, lors de ses nombreux séjours.

Le dessin était toujours tout petit, mais très détaillé et précis, comme les personnages et les arbres qui illustraient ses plans pour les rendre plus réalistes. Les plans en 3D facilitent maintenant le travail des architectes qui peuvent aisément y rajouter personnages et végétation. Mon frère aîné Antoine se souvient des ribambelles de dessins que Paul collait sur le mur de l’appartement à Paris.

A ma demande, il façonnait à table de petits animaux en mie de pain quand nous étions à table. Le pain était blanc et sa mie pétrie avec une goutte d’eau était aussi malléable que de l’argile…

J’étais fascinée par son habileté et je voyais la petite bête prendre forme sous ses doigts. Je la conservais longtemps…

Le calque était pour nous un papier très particulier, spécial : une matière grise, cassante, transparente et opaque à la fois. On ne dessinait pas dessus, on n’y écrivait pas non plus… Pourtant j’en récupérais les chutes des plans. Je me souviens avoir fabriquer des « diapos ». Paul m’avait donné les cadres en carton de ses diapos qu’il mettait dans des cadres de plastique, plus rigides et pouvant passer dans la visionneuse ou un projecteur. Dessinant des petits motifs sur calque, et les collant dans ces cadres en carton, j’avais créé mes propres diapos ! Un autre souvenir m’est présent à l’esprit. La maîtresse d’école nous avait demandé d’apporter du papier transparent, celui qui était à l’intérieur de l’emballage des plaques de chocolat à l’époque ! J’avais apporté, moi, un morceau de papier calque, créant l’étonnement de toute la classe !

Donc Paul dessinait sur papier calque avant de pouvoir « tirer les plans » sur papier ordinaire.

Je pense que le calque transparent était nécessaire pour retranscrire des morceaux de plans déjà effectués, des parties à reporter. Cela me fait penser aux dessinateurs de BD ou de dessins animés. Avant les applications possibles en informatique d’aujourd’hui !

Anne me racontait qu’elle était la préposée au collage des calques sur la planche à dessin. Il n’y avait à l’époque, ni scotch, ni papier adhésif de carrossier ou tapissier…. Paul se servait de rouleaux de papier beige, sorte de papier kraft qu’il fallait coller. Il utilisait une toute petite casserole qu’il mettait sur le feu de la cuisinière pour fabriquer de la colle blanche avec de l’eau et de la farine, ou peut-être de la farine de poisson… Cela ne réjouissait pas Ninette de le voir œuvrer devant le fourneau de la cuisine !

Paul était un spécialiste des crayons en tout genre. Il utilisait des crayons et porte mines graphite pour son travail. A la gare Cornavin de Genève, quand nous allions le chercher à son retour de Paris, nous restions de longs moments ébahis devant la vitrine de Caran d’Ache avec ses petits hérissons animés ! La plus grande boîte de crayons de couleur en comportait 30 ! J’ai eu le plaisir d’en recevoir une quand j’étais enfant…

Il avait ramené de Paris un cadeau pour Antoine : le premier Bic, stylo bille rétractable. Il avait aussi rapporté à la maison le premier stylo feutre à l’odeur entêtante et même un jour un tout nouveau fromage : le « Caprice des Dieux ! » à la saveur alléchante !

La fumée de sa pipe l’auréolait toujours, l’odeur de son tabac parfumé au miel l’imprégnait. Il faisait des ronds de fumée qui nous enchantaient…

Corinne Molliet-Bresse

Paul BRESSE, 3ème partie : sa carrière d’architecte

Paul BRESSE    26 février 1891 – 19 juillet 1973

Par Corinne MOLLIET-BRESSE sa fille cadette, Mai 2021

Pour relater la carrière de mon père Paul BRESSE, je me suis basée sur le Curriculum Vitae qu’il a rédigé, les plans et photos de ses réalisations que je possède, et aussi sur les articles parus dans la presse.

Vers l’âge de 30 ans, Paul est en possession de son diplôme d’architecte-archéologue-urbaniste.

Dans son CV, il mentionne lui-même les différentes collaborations de sa carrière :

« Avec M. Jules FORMIGE, Inspecteur Général des Monuments Historiques, Président de l’académie des Beaux Arts et Président de l’Institut.

Avec M. le Chanoine Ulysse CHEVALIER, Paléontologue et Membre de l’Institut.

Avec M. ROUX-SPITZ, Architecte en Chef du Gouvernement, 1er Grand Prix de Rome.

Avec M. L. ARRETCHE, Architecte en Chef du Gouvernement.

Avec les Architectes : BARNIAUD, TEZENAS du MONTCEL, VAUGEOIS, le SAUTER de PARIS, NOVARINA de Thonon. »

Année 1924 :

Il réalise les plans de la maison du garde de la propriété du rendez-vous de chasse du Comte de KERGOLAY à Estées dans la Somme.

De 1923 à 1930, il travaille sur un autre bien de la famille de KERGOLAY : le Château de Septème.

Une restauration importante lui a été confiée : celle du Château de Septème dans l’Isère appartenant à Thibault de Kergolay (1879-1952).

Je n’ai pas retrouvé de plans de Paul concernant ce château, mais un certain nombre de photos sur la restauration intérieure, notamment la grande salle d’apparat avec ses peintures murales, ses moulures, les encadrements de fenêtre. Il s’agit d’un grand château fort du XI ème siècle, dont la construction progressive s’étale sur 800 ans. Le XIII ème siècle a vu l’édification des remparts. Une tour carrée de 40m sur 40m possède des murs de 4m d’épaisseur !

Son parc, ses dépendances et le château ont été classés au titre des Monuments Historiques en 1947. Pourquoi le nom de Septème ? Septième plutôt ! Un camp militaire romain fut construit le long de la voie romaine reliant Vienne à Milan au niveau de la 7e borne (au 7e mille). Le château fort a été bâti sur cet emplacement, à 30 km au sud de Lyon.                                                                                                                       Paul travaille à restaurer la grande salle d’apparat, le grand salon : les fresques sur les poutres datent du XVI ème siècle; les décors peints autour des fenêtres à meneaux sont refaites, les moulures également. Aujourd’hui, le château est toujours habité par la famille De Kergolay qui l’a ouvert aux visiteurs.

Paul très intéressé par l’histoire de ce château, a écrit un texte sur « La Seigneurie de Septème » qui est archivé à la  Médiathèque  » Le Trente » de Vienne, responsable des fonds patrimoniaux.

Le Comte de Kergolay lui écrit en décembre 1950 une lettre amicale et y joint l’attestation suivante :

« Monsieur Paul Bresse, architecte à Vienne, a dirigé les travaux de restauration intérieure du Château de Septème de 1923 à 1930 où sa science archéologique m’a rendu de précieux services. »

Année 1925 :

A Vienne, il agrandit le restaurant de Fernand POINT (1897-1955), un très cher ami : établissement appelé « La Pyramide », car situé tout près d’une obélisque qui ornait autrefois la spina du cirque romain de Vienne. Cet hôtel-restaurant de grande réputation, hôtel de prestige et table gastronomique « La Pyramide » est situé de nos jours : 14 boulevard Fernand Point, un  nom de rue qui lui ayant été consacré.

La plaque du nom de rue représente le blason de sa ville natale, Louhans en Bresse. Fernand Point a tenu cet établissement de 1925 à 1955. En 1933, il est le premier chef cuisinier à recevoir trois étoiles au Guide Michelin. Il a formé des cuisiniers français illustres : Paul Bocuse, François Bise et les Frères Troisgros (qui ne sont en fait que deux !). Pendant la guerre, il a préféré fermer son établissement, plutôt que servir l’Etat Major nazi qui voulait diriger son restaurant et s’installer à sa table…

Année 1926 :

Dès cette année-là, il va se voir confier plusieurs travaux dans la ville de Vienne.

Il réalise la décoration de la salle de la Montée des Epies.

Le 13 avril 1926, Le Nouveau Journal de Lyon publie ces lignes:                                       «… décoration  riche et sobre à la fois, où on sent la main d’un artiste de goût très sûr et affranchi des formules surannées. »

Il restaure l’Hôtel du Nord. Il enlève les volets, mais rajoute un balcon en fer forgé au-dessus de l’entrée et de petites corniches sous les fenêtres. Des bas-reliefs de têtes sculptées prennent place sur la façade au-dessus du rez-de-chaussée. Cette façade devient plus moderne, dépouillée, proche du style Art Déco de l’époque. Sa signature est gravée dans une pierre de la façade : « PAVL BRESSE  ARCH. 1926  ».

Cette année également le Journal de Vienne relève deux nouvelles nominations :

« Paul Bresse vient d’être nommé délégué du Comité du Groupement des Artistes-Décorateurs Lyonnais (sous-section de la Société du Louvre, pavillon de Marsan). »

« Il a été élu membre du Conseil d’Administration du Syndicat des architectes du Sud-Est (comprenant 18 départements). »

Année 1927 :

Il dessine un monument aux morts de la guerre de 14-18 de la paroisse de Saint-André-le Haut. Il a été placé dans l’église en face de la chaire. « Les noms glorieux sont inscrits sur le monument commémoratif, au dessous de la croix qui semble les couvrir de ses bras protecteurs, Monsieur le Curé explique que ce monument est dû à l’heureuse inspiration de Monsieur Paul Bresse. » : texte paru dans le journal Le Moniteur Viennois.

Et enfin, toujours à Vienne, Il réalise aussi cette année-là la cité HBM du Bayet.

Cinéma : 1927

Durant cette même année, Paul participe à une œuvre bien éloignée de l’architecture et de l’archéologie, l’œuvre d’un cinéaste ! « Royaume et Empire du Rhône», documentaire de Jean AURENCHE (1903 Pierrelatte-1992 Bandol), film réalisé en 1927.

En 1933, Jean AURENCHE réalisera un autre film : « Pirates du Rhône », toujours très attaché à ce fleuve.

Par la suite, Jean Aurenche est devenu un scénariste et un dialoguiste de films. Il a été l’auteur de presque 80 films de réalisateurs célèbres : Marcel Carné sur Hôtel du Nord en 1938, Claude Autant-Lara, René Clément, et surtout ceux de Bertrand Tavernier, disparu récemment : « L’Horloger de St Paul, Que la fête commence, Le juge et l’assassin, Coup de torchon, Un dimanche à la Campagne. »

Jean AURENCHE a pris comme assistants pour ce film sur le Rhône, Pierre CHARBONNIER, peintre reconnu et Paul BRESSE est un très bon ami de Pierre CHARBONNIER. Le peintre Max ERNST, son beau-frère,  est également présent…

Voilà donc ces quatre amis, embarqués sur un canot à moteur sur le Rhône. Il s’agit de suivre tout le fleuve de sa source au Mont Saint Gothard à son embouchure à Saint Louis.

Dès le mois de juillet 1927, la presse en parle : Petit Dauphinois, Excelsior, l’Intransigeant, Comoedia.

« Un jeune Ardéchois consacre au cinéma son activité intelligente et son esprit ouvert à toutes les nouveautés, M. Jean Aurenche, fils de notre excellent confrère, M. Louis Aurenche » : Nouveau Journal de Lyon, 02 juillet 1927.

« Dans une barque, les trois réalisateurs de ce film merveilleux suivront toute la vallée du Rhône. » : Nouvelliste de Lyon, 7 août 1927.

Le 15 août, l’Argus de la Presse donne des précisions : « Vues prises en avion, vues terrestres prises de l’avant d’un bateau, et aussi prises par un appareil automatique accroché à un cerf-volant. » Ancêtre du drone …

Le petit Dauphinois du 09.08 nous décrit déjà le film :

« Le scénario se déroulera en offrant aux yeux des spectateurs qui connaîtront ainsi mieux leur petite patrie, les pilles du Rhône (plies de ponts, bacs à traille, câbles, etc.), les pierres du Rhône (rochers, barrages, quais, châteaux, villages et villes, monuments antiques et modernes, les roues du Rhône (usines, industries, vapeurs), les bois du Rhône (forêts, arbres, bateaux, vignobles etc.) et enfin les hommes du Rhône (touristes, voyageurs, mariniers, jouteurs, boulistes). »

Le film a été terminé en août 1927.

Année 1928 :

Paul crée les plans d’une importante salle de spectacle et de cinéma à Vienne : la Salle Berlioz.

La créativité et le talent qui excellent dans ce travail seront unanimement reconnus. C’est une salle située 13 cours Wilson, pouvant accueillir 600 personnes. Les articles de presse sont élogieux :

Durant le mois de décembre 1928, paraissent plusieurs communiqués :

  • « Il faut rendre hommage à l’élégance de la salle. »: Le Progrès de Lyon 07.12.1928
  • « C’est une merveille de réalisation d’architecture moderne (….) On y accède par un hall élégant et sobre qui se prêtera ultérieurement à une judicieuse exposition d’art. » (…) L’éclairage à combinaisons multiples, enfermé dans des colonnes de verre dépoli qui le tamisent et lui donnent une grande douceur, est du plus bel effet. »: Nouvelliste de Lyon 07.12.1928
  • « La salle est très coquette, très bien aménagée ; nous avons remarqué des jeux de lumière vraiment merveilleux. » : Petit Dauphinois 08.12. 1928
  • « Paul Bresse a conçu plan et ornementation : excellente acoustique et un ensemble d’un goût parfait. »

Plus tard, les appréciations restent toujours excellentes : « Paul Bresse est un architecte qui  possède un goût très moderne et excellent, comme il n’en est pas à Lyon, d’une extrême sobriété. »

Même le chef d’orchestre Gaston Millet, directeur de l’Harmonie du Rhône et membre du jury du Conservatoire de Lyon, lui envoie une lettre de félicitation : « Le Théâtre Berlioz  présente les qualités les plus avérées d’une acoustique absolument parfaite. »

Comment Paul a-t-il pu concevoir et tester l’acoustique de la salle ? S’est-il entouré de collaborateurs à l’oreille absolue, ou a-t-il simplement réussi par des calculs mathématiques à concevoir l’acoustique de cette salle ? Ces calculs devaient porter sur la hauteur du plafond, les matériaux utilisés, la place de la scène etc. Personne ne le relève. Mais quelle victoire, quelle reconnaissance pour lui !

Année 1929 :

Vienne toujours ! Il est chargé de faire des études préliminaires en accord avec la Mairie et de réaliser « Un plan d’extension et d’embellissement de la ville de Vienne », comme le note Maurice FAURE, président à l’époque des Amis de Vienne.

Années d’avant guerre :

De 1935 à 1939, Paul collabore avec l’architecte renommé Michel Roux-Spitz qui a reçu Grand Prix de Rome en 1920 et qui est Architecte en Chef du Gouvernement.

Il  travaille sur la Bibliothèque Nationale de Paris, puis en 1937 sur les chantiers de l’Exposition Internationale de Paris comme dessinateur-calepiniste. Il est engagé par le Ministère de la Défense Nationale et de la Guerre, au Service Géographique.

Installé à Paris, il habite au 43 de la rue de l’Abbé-Grégoire.

Guerre de 39-45 :

 Parallèlement à son activité de résistant, Paul travaille sur de multiples projets de transformations, restaurations d’édifices.

  • Château d’Ampuis

Durant la guerre, il travaille sur  la  restauration du Château d’Arenc à Ampuis (Isère), magnifique bâtisse du XVI ème siècle au bord du Rhône, à 6 km en aval  de Vienne.

Ancienne maison forte du XII ème siècle, embellie en château d’agrément à la Renaissance, il a accueillit au fil des siècles plusieurs rois de France. Situé à une lieue de la cité antique de Vienne, le Château d’Ampuis jouit d’une situation exceptionnelle, blotti entre le Rhône et le vignoble ancestral de Còte-Rotie  , à 6 km au sud de Vienne.

Quelques précisions sur ses différents propriétaires : après l’origine de sa construction datant  du XII ème siécle, puis sa première rénovation par Pierre Ampuis au début du XIV ème iècle, c’est la famille de MAUGRON  qui occupa le Château d’Ampuis de 1512 à 1755 et lui donna ses lettres de noblesse. Ce sont ensuite les famille HARENC de la CONDAMINE, puis CIBEINS  qui lui permirent d’aborder lâube du XX ème siècle dans un état de conservation satisfaisant.

Malheureusement, au cours du XX ème siècle, cette belle bâtisse fut sérieusement négligée et ne reçut pas l’attention nécessaire à sa bonne conservation.

Ce Château appartient à l’époque à Monsieur Jack VIAL. Acquis par la famille GUIGAL en 1995, le Château d’Ampuis a fait l’objet, dès son rachat, d’une inscription a l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

La famille GUIGAL est propriétaire des vignobles. Le domaine a toujours produit de grands crus dont le Côte- Rôtie, le plus ancien vin nommé de France cité déjà par Pline et Plutarque au premier siècle! Je retranscris quelques lignes des ces deux auteurs:

« On vient de découvrir une vigne dont le vin a naturellement le parfum de la résine de pin et fait la gloire de la banlieue de Vienne. » Pline (29-79 après J.C) livre XIV, chap.1er.

« On garde de la Gaule viennoise du vin empoissé que les Romains estiment beaucoup. » Plutarque (48 après J.C), Morale, livre V.

Dès 1940, Paul s’attelle à la restauration de ce château et de son parc en association avec Pierre BARNIAUD, architecte, et fait les plans des rénovations suivantes :

  • Création d’une porte d’entrée avec le monogramme de Jack Vial, J et V entrelacés.
  • Elaboration des plans du rez de chaussée et du premier étage.
  • Etablissement de plans pour les ateliers et magasins en 1941.
  • Réalisation du plan de la maison du Jardinier, pavillon du gardien au bord du Rhône.
  • Dessin de la balustrade de la grande terrasse en 1943.
  • Dessin des charmilles et roseraie en 1946.

Années d’après guerre :

  •         Monuments antiques de Vienne :

Dès 1945, Paul effectue des relevés et études de monuments antiques à Vienne : Eglise Saint-Maurice, Abbaye de St Pierre, et du Théâtre Antique Romain commandées par la Direction Générale des Beaux Arts.

  •   Cité des Chasseurs de Strasbourg :

Il conçoit pour la Cité des Chasseurs à Strasbourg, des maisons avec toute la partie du premier étage en bois. C’est une longue et belle histoire que celle de cette Cité….

Dans les années 30, la construction de petites maisons de briques, avec des fondations en béton est amorcée : 19 maisons sont bâties sur les 121 prévues dans le projet qui prévoit une cité jardin sur 60 hectares de terrain. Le chantier doit être interrompu pendant la guerre et reprend en 1948, le besoin de logements étant impératif. Mais voilà qu’en 1948, Paul  est affecté par la Direction des Services Départementaux de la Reconstruction et de l’Urbanisme comme architecte dans les départements de Seine, Seine et Oise, Ille et Vilaine. C’est probablement dans le cadre de ce poste, bien que Strasbourg ne soit dans ces départements-là,  qu’il  établit les plans des maisons de la Cité des Chasseurs à Strasbourg que l’on a aussi appelé « Le Petit Village Suédois », avec ses chalets colorés… Dès 1947-48, le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme s’attelle à reloger les habitants des villages bombardés, notamment Kehl.  La Cité Rotterdam voit le jour à Strasbourg, mais ses maisons sont petites et les familles nombreuses, qui ont jusqu’à dix enfants, emménagent dans les chalets de la Cité des Chasseurs dont les habitations sont plus spacieuses. L’OHLM (Office des Habitations à Loyer Modérés) en a la gestion. Les familles se plaisent beaucoup dans ce quartier où la qualité de vie est agréable : petits commerces, espaces verts pour les enfants,  convivialité  et entraide. Les habitants demandent à acheter leur chalet et dès 1960 deviennent propriétaires !

  • Saint-Malo :

En 1950, Paul travaille avec Louis ARRETCHE, architecte en chef de la reconstruction de Saint Malo sur l’Ilot 9 et 11 dont ils effectuent les plans. Je possède 7 plans et le plan de masse des immeubles HLM intra muros. Saint Malo avait été détruite par l’artillerie américaine qui a confondu la ville avec le fort de la Cité de Saint Sevran qui était une place militaire allemande !

« Le patrimoine ancien a fait l’objet de mesures de sauvegarde adaptées, en même temps que d’une tentative d’implantation d’une architecture nouvelle d’accompagnement. » comme le décrit Yvon BLANCHET qui a rédigé en 1965 un mémoire sur la reconstruction de Saint Malo. Louis ARRETCHE prévoit la reconstruction des quatre façades principales de la ville.  Je possède également les 13 plans du projet de reconstruction de la sous-préfecture de Saint-Malo.

  • Saint Lo :

Egalement, durant l’année 1950, Paul travaille sur la reconstruction de la Préfecture de Saint-Lo. Elle avait été détruite en 1944. En 1947, sa reconstruction est confiée à Louis ARRETCHE qui travaille avec Paul.  Le projet est soumis aux élus mais « les bâtiments épurés couverts de toits en terrasse sont jugés trop « avant-gardistes » ! Paul avait des conceptions modernes et novatrices… Je pense que Paul a dû retravailler son  projet intégrant colonnes, corniches et toitures à 4 pans en ardoise.

Ce sont les plans du bâtiment B que je possède. A-t-il conçu lui-même les trois bâtiments qui forment un ensemble en U ? Il manque beaucoup d’éléments pour retracer cette reconstruction. L’inauguration de l’ensemble préfectoral a lieu en 1953.  Je ne sais pas si Paul a également revu et transformé l’Hôtel du Préfet avec son mur de clôture et le bâtiment des services administratifs.

En 2019, cet ensemble est inscrit au titre des Monuments Historiques.

Châteaux :

Paul mentionne dans son CV les commandes concernant la rénovation de quatre châteaux :

« Restaurations de Châteaux Historiques : Château de Septème en Isère, Château d’Ampuis sur le Rhône, Château de Ste Croix en Saône et Loire, Château de Chauvigny en Loir et Cher. ».

J’ai parlé précédemment de ses travaux en 1923 sur le Château de Septème, et de ceux sur le Château d’Ampuis pendant la guerre. Je n’ai ni documents, ni plans de son travail  sur le Château de Ste Croix.

Il participe à la restauration du Château de Chauvigny  à Savigny sur Braye, dans le Loir et Cher,  en 1951. Ce château datant du XIXe  siècle ne doit pas être confondu avec un château fort médiéval appelé Château Barronnial de Chauvigny, datant du XIe siècle.

Paul refait l’escalier d’honneur de l’entrée. Il fait graver sa signature sur la première marche : et date : 14 août 1951. Paul a écrit sur la couverture du plan de cet escalier ces précisions: « Escalier d’honneur, composé de marches massives par l’entreprise Chauvigny-Peuron-Marbrier. Limon et mur d’échiffre en roche de Tercé. Le tout en taille adoucie. »

François de Chauvigny propriétaire de ce château devient un ami de Paul et ils échangent une correspondance de 1950 à 1954. Ils sont restés amis longtemps, jusqu’au décès de Paul. Par la suite, j’ai pu croiser plusieurs fois François de Chauvigny, aristocrate charmant, plein de générosité.

Collaboration avec l’architecte  Pierre TEZENAS du MONTCEL :

Différents travaux très variés le mobilisent en 1951 alors qu’il est associé à l’architecte Pierre Tezenas du Montcel : cinq projets sont élaborés cette année-là par Paul :

– Un pavillon de post-cure du Sanatorium de Cornusse (Cher)

Ce grand bâtiment, datant de 1903, a eu plusieurs fonctions: tout d’abord colonie de      vacances, il  a été un hôpital militaire en 1914-1918, et aussi en 1939. Puis la Croix Rouge le transforme sanatorium pour enfants atteints de tuberculose: Paul établit un projet pour la construction d’une aile de 66 lits ainsi qu’une autre aile pour les post-cures.

– Une grande cheminée de salon pour une maison à Brecey (Manche).

–  L’entreprise Uni Auto à Paris, au 24 de l’Avenue de la Grande Armée.

– A Nassandres dans l’Eure il fait les plans de la maison de la direction d’une sucrerie (qui a fermé tout récemment en février 2021) et comptait déjà 1000 ouvriers au XIXe siècle;

– Et toujours à Nassandres ceux d’une tour d’exercices pour la Compagnie des Sapeurs Pompiers !

Deux autres réalisations suivent :

  • Une imposante cheminée de salon pour le Domaine du Moulin à Cheyssieu en Isère.
  • Un Immeuble rue du Général Foy. Dans quelle ville ?

Collaboration avec Pierre BARNIAUD :

Dans les années 1950-1960,  il est associé avec l’architecte Pierre BARNIAUD et réalise de nombreux plans :

A Vienne, dès 1946, il effectue un avant-projet pour la transformation de l’immeuble « Les Maladières ».                                                                                                             A Cheyssière sur Auberives, Monsieur Jenthon désire une grande villa moderne  avec tour et cheminée… Paul en réalise les plans en 1954.

Durant l’année 1955, il dessine les plans de deux immeubles : « La Tour » à Grenoble en juin  et « La Tour » à Vienne en juillet sous la direction de l’architecte Maurice NOVARINA! Ces deux tours culminent à 14 étages de hauteur !

Il  fait les plans d’une maison à Conches dans l’Eure.

En 1956, il crée 24  logements à loyers économiques et familiaux (HBM) à Clichy-sous-Bois pour une société immobilière au nom bien poétique : « Notre Dame des Anges »…et un autre Immeuble HBM à Bondy.

Il réalise la salle paroissiale de Taverny, rue du Maréchal Foch, (Seine et Oise).

Il prévoit également  l’extension du bâtiment principal du Petit Séminaire de Versailles, 97 rue Royale.

Poursuivons avec l’année 1957 qui voit les réalisations suivantes :

L’église « Notre Dame des Champs » à Taverny. Cette petite église est bâtie avec des pierres blanches, le tour de ses fenêtres arrondies est  en brique rouge. Elle est très belle, date de 1934. En 1957, Paul établit un pré projet d’agrandissement de cette chapelle.

– La salle d’œuvres de la propriété de l’Association Diocésaine de Versailles à Saint Pierre de  Nonneville (Seine et Oise ).

l’Immeuble « Le Raincy » (Seine et Oise ) avec 8 logements prévus de 2 et 4 pièces.

Une grande propriété  pour Francis Berne à Rosny-sous-Bois.

– Un Immeuble : Le Pavillon Sous-Bois à Livry-Gargan.

– Réalisations pour l’Hôpital de Montfermeil : un laboratoire et une salle de mécanothérapie ; le pavillon d’habitation du directeur.

Continuons avec l’année 1958  et la naissance de deux pavillons:

Pavillon pour Monsieur Marchetti à Neuilly-Plaisance

Pavillon pour Monsieur Robert Huret à Livry- Gargan (Seine et Oise).

En 1960, il fait les plans de la « Chapelle Notre Dame de la Croix » à Maisons-Laffitte, encore une église qui lui permet d’innover, d’utiliser différents matériaux pour une chapelle surprenante d’équilibre et de modernité, magnifique édifice avec un plan triangulaire. Au-dessus de la porte d’entrée, abritée par un auvent, se dresse un haut clocher en pierres de taille surmonté d’un coffrage en lamelles de bois pour abriter la cloche.                                                                                                                            Suivent les plans de l’Ecole Saint-Louis, rue de Halléville à Enghien-les-Bains qui comprendra trois classes et un logement.

En 1961, il dessine le Pavillon Sous- Bois, immeuble collectif,  place de la Libération à Livry Gargan en Seine et Oise.

Il nous a toujours dit qu’il aimait faire les plans d’églises qui lui permettaient, je pense, une plus grande liberté de conception esthétique,  de choix de matériaux de construction. C’est en janvier 1962 qu’il élabore un projet pour l’extension  de l’ Eglise Sainte-Pauline au Vésinet (Seine et Oise).

Collaboration avec Maurice NOVARINA

En 1955 Il conçoit une très belle petite église en pierre à Ezy sur Eure. Les murs latéraux percés de grandes ouvertures longitudinales ; le projet a été confié à Maurice NOVARINA, architecte réputé de Thonon, mais je crois que c’est Paul qui en a dessiné les plans que je  possède.

En 2019 elle est classée au titre des Monuments Historiques, une année avant que le fils de Maurice NOVARINA, Patrice, réalise un clocher campanile, haute sculpture faite de tiges de  métal, avec une croix à son sommet et deux cloches qui y sont suspendues.

Je pense que ce nouveau clocher attenant à l’église n’aurait pas déplu à Paul, appréciant les réalisations artistiques modernes et audacieuses.

Dernier grand projet : contournement de Genève

On est en 1962, Paul a  71 ans, il ne réalisera plus de plans, mais se consacrera à un projet intéressant : « La Grande Ceinture de Genève ». Dès 1959, nous habitions une maison des années 30 dans une petite rue de Gaillard, village frontière avec Genève. La rue Paul Valéry se trouve entre deux douanes, Vallard et Moëllesullaz où nous allions à pieds prendre le tram 12 pour Genève.

Paul s’est passionné pour le projet de la construction de l’autoroute blanche conçu en 1968  et dont les travaux commencent en 1970. Il doit relier Mâcon à Chamonix. Il s’appelle autoroute des Titans pour le tronçon Bourg-en-Bresse / Bellegarde et Autoroute Blanche pour le tronçon qui va de Bellegarde à Chamonix.                              Genève, ne voulant pas être en reste, a voulu un accès rapide à cette autoroute dès Gaillard par la douane de Vallard.

Son quartier de Malagnou accède à cette grande douane qui entame la voie vers la vallée de l’Arve jusqu’à Chamonix.  L’autoroute a été construite en contre-bas de Gaillard et un pont traversait le village. Paul  se rendait souvent sur les lieux des travaux, très intéressé par ce chantier. En 1973, année de la mort de Paul, la section Vallard-Bonneville est inaugurée.

Un autre grand projet lui tenait à cœur : le contournement de Genève. Une autoroute de contournement sera au final inaugurée en 1993, reliant l’aéroport et la douane de Bardonnex. Mais depuis plusieurs décennies, le besoin était présent et les projets germaient. En 1960, une exposition est présentée au public genevois : « Voies urbaines et Futures »; le canton de Genève réalisait qu’il fallait désengorger la ville. La circulation  y était dense, les rues devenaient trop étroites pour un tel trafic, le passage d’une rive du lac à l’autre par le pont du Mont-Blanc connaissait déjà des bouchons. Genève est une enclave dans le territoire français avec une zone urbaine entourée de terrains agricoles.

Monsieur Muller-Rosselet, urbaniste donnait son point de vue : « La motorisation exagérée de notre canton ne doit  pas être considéré comme le Progrès en lui-même. », rejoignant un stand de l’exposition qui s’intitulait : « Grandeur et servitude des routes urbaines. »

 En 1964, année de l’Exposition Nationale Suisse de Lausanne, l’autoroute Lausanne-Genève est inaugurée. Ce projet s’inscrit dans une suite d’autoroutes (383 km) devant relier la frontière autrichienne (Saint- Margrethen) à la frontière française (Bardonnex) en traversant la Suisse. En 2001, le dernier tronçon sera achevé reliant Morat à Yverdon.

L’autoroute Lausanne-Genève avait un embranchement au Vengeron pour se diriger vers la douane de Vallard via l’autoroute blanche vers la vallée de l’Arve jusqu’à Chamonix. Comment contourner Genève ? Un projet avec un tracé court de pont au-dessus de la rade avait toujours été refusé pour des questions de coût de d’esthétique, et se voit définitivement rejeté par la Confédération en 1964. Une idée de tunnel sous le lac a aussi germé.                                                                                                              C’est en 1981 que le projet de contournement de Genève est adopté par le Grand Conseil et la Confédération. Douze ans plus tard, la voie peut être utilisée.

Pour anecdote, notons qu’il était même prévu de relier Rotterdam à Marseille ! Par voies d’eau, lacs, rivières, canaux… Visualisons son tracé : Rotterdam-Bâle-Aar-Neuchâtel-Léman-Genève-Seyssel-Lyon-Marseille. Ainsi, on aurait pu acheminer des denrées d’Afrique, des fruits, des minerais et on disait qu’« En 2000, Genève serait un port de mer ! »

Paul Bresse suivait tous ces projets, plans et contre verses de près. Il réfléchissait lui aussi à un projet de contournement de Genève en la reliant aux autoroutes voisines suisses et françaises. Il le réalisa et  travailla sur une carte existante de la région,  posant son calque sur les routes déjà tracées pour rejoindre Lyon, Grenoble, Chamonix.

20 ans après son décès, Genève peut être contournée par deux tronçons d’autoroute français et suisse. Paul n’aura pas eu la joie de les emprunter …

Paul BRESSE, 1 ère Partie : Sa vie

Paul BRESSE    26 février 1891 – 19 juillet 1973

Laurent, Paul, Eugène BRESSE, né le 26 février 1891, était le fils de Louis-François BRESSE et de Emma Octavie BERTINI, voir les articles précédents.

Pour voir l’image en grand, cliquez droit et faites « ouvrir dans un nouvel onglet »

Françoise (1887-1860), qui a épousé Paul SAUTREAUX (1885-1928), médecin

Henri-Octave (1888-1915), ingénieur des Mines, qui a été tué pendant la guerre de 14-18

Louise-Madeleine, dite Madeleine (1889-1981) qui a épousé Pierre GARDON (1884-1979) Juge de Paix

Laurent, Paul, Eugène (1891-1973) architecte qui a épousé Antoinette Marie ODIER-MECKLING (1915-1983)

Jean Louis Félix Gabriel (1894-1982) qui a épousé Madeleine Marie SEVE (1903-1943), puis Suzanne Elisabeth HENRY (1911- 2000)

Les 5 enfants, avec de gauche à droite : Françoise, Jean, Paul, Henri, Madeleine. Photo colorisée par Jean-Claude FINAND

Corinne Molliet-Bresse, fille cadette de Paul BRESSE a rédigé la biographie de son père en mai 2021. Les textes qui suivent en sont des extraits que je publie en collaboration avec elle.

Antoine, Anne et Corinne, les enfants de Paul BRESSE, sont mes cousins germains, puisque Paul BRESSE était le frère de mon père Jean BRESSE. 

Jean François BRESSE

Plan des publications :

  • 1 ère partie : sa vie
  • 2 ème partie : sa carrière d’archéologie
  • 3 ème partie : sa carrière d’architecte
  • 4 ème partie : ses passions, ses amitiés

Enfance et jeunesse

Jusqu’à ses douze ans, Paul vit une vie de famille équilibrée et animée dans la grande maison de St Marcel, entouré de ses parents et de ses quatre frères et sœurs.

Son père, Francis BRESSE est avoué et maire de Vienne. Il dirige la maisonnée avec une bienveillante autorité. Sa mère, Emma BERTINI, venait d’une famille de musiciens : son grand-père Henri BERTINI (1798 Londres – 1876 Meylan, près de Grenoble), fut un pianiste virtuose, compositeur de musique, laissant une œuvre préromantique d’environ 500 morceaux dont de nombreuses compositions pour piano. Voici ce qu’en dit Wikipédia : http://en.wikipedia.org/wiki/Henri_Bertini

La surdité : Un handicap ? Une infirmité ?

Paul Bresse était sourd depuis l’âge de douze ans, en 1903 : une surdité totale, définitive, survenue après une série d’otites à répétition.

On parle souvent de l’isolement provoqué par la surdité qui supprime l’environnement sonore, les bruits du monde… Son père Francis y a été sensible, mesurant les difficultés que Paul allait rencontrer dans sa vie d’écolier, d’étudiant, de travailleur, mais aussi sa vie sociale et amoureuse. Il lui a fait apprendre la lecture labiale. Francis s’est beaucoup impliqué par la suite dans des œuvres sociales d’entraide. Il a organisé durant la guerre de 14-18 des secours aux militaires et blessés. Francis BRESSE a été élu Conseiller Général au Département de l’Isère, en 1910 jusqu’en 1928. Il était au Parti Radical Socialiste. Il a eu diverses implications : « Président de la Caisse Agricole Mutuelle du Dauphiné, Président des Pupilles de la Nation, Président du Comice Agricole Bon Marché de Vienne, Vice-président de la Commission des Hospices de Vienne ; il a aussi créé le sanatorium de Seyssel.»

Francis recherche une personne pouvant aider Paul. Il est indéniable qu’il n’a pas pu continuer à fréquenter la classe de l’école secondaire du lycée de Vienne. Il a donc eu une préceptrice, Madame Dupin. On se demande quelle méthode elle a employée pour apprendre à Paul à lire sur les lèvres. Par l’observation des lèvres de l’interlocuteur, qui lui-même doit s’efforcer de bien articuler les syllabes, la personne sourde s’appuie aussi sur la suppléance mentale de son cerveau qui est capable de reconstituer la conversation. Paul est persévérant et courageux. Il le montrera toute sa vie.

Pour Paul, la communication avec les autres restait difficile. Il n’était, heureusement, pas sourd de naissance, il a entendu pendant 12 ans, mais son élocution était devenue étrange, beaucoup de personnes ne le comprenaient pas; j’ai entendu cette remarque bien souvent, ce qui me peinait. Il percevait des vibrations. Paul chantait ! : « Ma cabane au Canada ». Bien sûr, il n’avait pas pu l’entendre sur les ondes avant ses douze ans, puisque Louis Gasté l’a composée pour Line Renaud en 1947… Les orthophonistes ont essayé à plusieurs reprises de l’appareiller, mais cela était trop inconfortable pour lui, les appareils installant des bruits bizarres et des bourdonnements. Imaginons des acouphènes en permanence, des sons distordus, un brouhaha sonore… Petit, il s’est construit comme tous les autres enfants dans une grande famille de sept personnes. Je suis sûre que tout de suite, il a relevé le défi de cette surdité survenue brusquement, s’est accroché à ses apprentissages jusqu’au BAC. Puis il a fait de brillantes études d’architecte, réalisé des travaux passionnants et reconnus. Nous le verrons plus loin. Il a oublié les moqueries, les discriminations. Bien sûr il vivait dans le silence, l’environnement sonore d’une maison avec une vie de famille animée lui était étranger, les paroles et les mots spontanés, les interpellations à distance de Nine, son épouse et de ses trois enfants, restaient impossibles. Dans sa profession d’architecte, il était absent des réunions, des rencontres de chantier : il a toujours dû travailler avec un architecte associé.

Mais voilà, la communication restait un peu difficile avec Paul, puisqu’il fallait toujours se placer face à lui et bien articuler pour se comprendre : la discussion demandait de la patience, de la concentration, limitait la spontanéité des mots et phrases lancés. En famille, nous le comprenions bien, même si le son des mots qu’il prononçait était déformé. Mais j’ai côtoyé grand nombre de personnes qui avaient du mal à saisir ce qu’il disait. Et bien sûr nous parlions avec nos mains, inventant même des signes imagés. Nous, ces trois enfants, sommes restés très expressifs dans nos conversations toujours rendues, à ma grande joie, très vivantes.

Paul était un être très sociable, recherchant l’échange et le contact, très apprécié de tous, avec de nombreux amis. Nous rendions visite aux membres de sa famille à Lyon, Vienne ou à Artas. Nine, notre mère, était très liée à sa famille de Genève. Nous nous fréquentions beaucoup. Lors des visites, réunions de famille et repas, séjours dans les chalets du Salève, tous reconnaissaient son parcours si intéressant, son courage et son talent.

J’ai souhaité faire un petit détour sur cette polémique autour de la surdité et des enseignements existants au début du 20ème siècle pour que les enfants sourds puissent apprendre et grandir.

La langue des signes a été interdite pendant des décennies, depuis 1880 par le Congrès de Milan regroupant 255 participants, éducateurs et spécialistes de l’enseignement pour enfants sourds. Ces personnes avançaient leurs arguments en faveur du langage oral en affirmant que les enfants sourds devaient impérativement apprendre à parler. Le compte-rendu de séance relève les avis des opposants à la langue des signes :

« Le langage mimique est surabondant et parle trop vivement à la fantaisie et à l’imagination. »

« La méthode orale convient mieux à l’instruction religieuse. Il faut rendre les sourds-muets à Dieu. »

« Les élèves sourds sont plus physiologiquement humains depuis que nous les élevons par la parole. »

La langue des signes, liée à l’expression corporelle, est considérée alors comme inconvenante, puisqu’elle accentue l’expression du visage en lien avec la gestuelle des mains.  Bien évidement les mimiques sont nécessaires pour compléter le sens de la phrase.

Un préjugé terrible affirmait, à l’époque, que les sourds muets ne pouvaient pas avoir une intelligence développée. Certains les traitaient même de « sauvages » ! ?

Pendant 100 ans, la langue des signes se voit donc interdite !

En 1980, un siècle plus tard, surgit « Le Réveil Sourd »: écrivains, journalistes, linguistes, sociologues travaillent à la requalification de la langue des signes. Jean Crémion crée une association : « deux langues pour une éducation », et  un centre social et culturel pour sourds.

En 1991, la langue des signes est réintroduite dans les écoles: c’est la fin de l’obligation d’enseigner la méthode orale et les parents peuvent choisir une éducation orale ou bilingue, en y associant la langue des signes qu’ils apprennent également.

En 1993, Emmanuelle Laborit, sourde de naissance, reçoit le Molière de la révélation théâtrale pour son rôle dans « Les Enfants du Silence. » Elle avait rencontré en 1976, à l’âge de 7 ans, Alfredo Corrado, acteur et metteur en scène sourd. Il avait créé l’International Visuel Théâtre des sourds à Vincennes où Emmanuelle Laborit a appris le métier de comédienne après son BAC. Puis, plus tard en 1994, souvenez-vous, elle nous a enthousiasmés avec son livre  « Le Cri de la Mouette ».

Le métier d’interprète en langue des signes est validé par un diplôme. La reconnaissance avance… Les sourds communiquent plus aisément.

En 2005, la langue des signes est reconnue comme une langue à part entière

On reconnaît maintenant combien elle peut créer un véritable moyen de communication, de parole pour les sourds. Il suffit de suivre un discours politique, un exposé, à la télévision traduit simultanément en langue des signes, pour se rendre compte que tout peut être dit, exprimé avec cette langue, jusqu’aux  textes les plus ardus. Et nous regardons fascinés la gestuelle si rapide et précise des interprètes !

Etudes

Paul est né et habitait à Vienne. Il y a été écolier puis lycéen. A douze ans, Paul devint sourd, mais il a poursuivi sa scolarité secondaire dans les meilleures conditions.

On peut penser qu’on riait de sa peine et bien souvent on se moquait de lui. Ses parents lui donnèrent l’appui dont il avait besoin en la personne de Madame Dupin de Bagnols. Cette dame lui a servi de professeur, de préceptrice. Paul a pu poursuivre sa scolarité jusqu’au baccalauréat. Il est entré à l’Ecole des Beaux Arts de Paris, puis de Montpellier où il a obtenu un diplôme DPLG : architecte urbaniste « Diplômé Par Le Gouvernement. »

Sur ses plans et courriers divers, Paul signe et se définit comme « architecte-archéologue » ou « architecte-urbaniste » ou encore « architecte-décorateur. »

Par la suite, est-il allé étudier à la Villa Médicis de Rome ?  Il a fait un séjour à Rome de 1921 à 1923. Crée en 1666 par Louis XIV, cette institution, Académie de France à Rome, accueille, encore de nos jours, pour une année, des artistes de différentes disciplines : entre autres, un secteur « Restauration des œuvres d’art et des monuments ». Il a effectué des séjours à Pompéi et à Rome. Très tôt, il s’est passionné pour l’archéologie comme ses travaux à Vienne le montrèrent par la suite.

Guerre de 14-18

Le Conseil de Révision exempte Paul de partir au front en raison de « surdité- mutité ».

Non Mobilisable. Il aurait cependant été présent sur le front quelques temps puisqu’il racontait que n’entendant ni les balles, ni les tirs d’obus, il faisait « comme les autres », se plaquant au sol ou fuyant ventre à terre… Une balle aurait même une fois lacéré son pantalon sans toucher sa jambe !

Paul s’est engagé comme infirmier-brancardier à l’Hôpital Complémentaire n°2 de Vienne, de septembre 1914 à décembre 1917.

Tous les hommes de son âge étaient mobilisés : Henri et Jean ses frères, Paul SAUTREAUX, le mari de sa sœur Françoise, mobilisés en tant que médecin, Charles LACOMBE, Charles BUISSON, ses oncles. Une importante correspondance arrivait à la maison de Saint Marcel à Vienne.

Des échanges de courrier émouvants et affectueux essayaient de combler l’angoisse de savoir les hommes au front, en première ligne dans cette guerre si meurtrière.

Son frère Henri, ingénieur des Mines, lieutenant au 1er Régiment d’Artillerie Lourde fut tué par un éclat d’obus le 12 mai 1915 au Mont St Eloi. Il écrivait à Paul resté à Vienne, employé comme infirmier à l’hôpital :

« Le moindre petit mot fait ici plus de plaisir que nulle part ailleurs. » ou alors : « Je sais que tu continues l’œuvre admirable qui t’occupe depuis le début : c’est toi qui a la part la plus ingrate. » Lettre du 24 avril 1915. Ou encore il envoyait à son frère ces paroles de réconfort : « Tu es aussi utile à Vienne qu’au front. » Dans une de ses lettres, Henry demande qu’on lui envoie sa blague à tabac et du papier pour écrire…

Une correspondance suivie s’était établie aussi avec son frère Jean, caporal, qui, lors de la mort d’Henri, leur frère aîné, lui écrit avec émotion et tristesse. J’ai relevé certains fragments de ses lettres :

« Notre frère est mort de la plus belle mort qui puisse être. » Henry faisait partie du 1er Régiment d’Artillerie Lourde, responsable de canons à courte portée.

« Je n’oublierai jamais que j’ai un frère à venger. »

« Demain une messe est célébrée pour les morts du 99ème régiment, j’y prierai pour notre brave Henry. »

« Quand donc pourrons-nous voir les Boches déguerpir devant nous ? »

« J’ai besoin d’un peu de galette pour l’arrosage des galons. »

« Je suis très content de mes poilus. »

« On suit avec impatience les succès russes et on espère bientôt la formidable offensive anglaise. »

Et puis, plus énigmatique :

« Tu recevras un petit rouleau. » Ou alors : « J’attends le résultat de mon petit envoi, peut-être ne seront-elles pas très bien à cause du mauvais temps. » De quoi s’agit-il ? De photos bien sûr ! Paul devait faire développer les rouleaux de pellicules que Jean lui envoyait. Déjà la passion de la photographie !

Et aussi avec l’affection d’un frère, Jean le sermonnait :

« Il faut que je te remonte un peu, on n’a pas idée de voir tout en noir comme toi. »

« Il ne t’est pas permis comme nous de venir combattre, mais n’oublie pas le rôle que tu remplis à Vienne. »

Enfin la victoire ! Une carte postée le 11 novembre 1918 fait dire à Jean : « Un jour qui comptera dans l’histoire du monde. » Assurément !!!

Madame Dupin de Bagnols lui écrit ces mots magnifiques en 1916 :

« Les infirmiers qui, comme toi savent panser les blessures du corps, mais qui trouvent aussi un peu de baume réconfortant pour les pauvres cœurs brisés et malheureux. »

Son action, en tant que résistant pendant la guerre de 39-45

Paul BRESSE s’engagea dans le mouvement de la Résistance de novembre 1941 à septembre 1944. Dès 1941, il organisa un groupe de Pré-résistance à Vienne : « Les Amis des temps Nouveaux », dont le chef était l’Abbé Tenard de l’Institution Robin.

Stanislas Fumet a très bien résumé son engagement en lui remettant l’attestation suivante en décembre 1945 :

« C’est l’esprit de résistance de Temps Nouveau qui l’avait séduit. Nous faisions alors de l’anti-collaborationnisme assez peu déguisé et la lettre de Paul Bresse m’avait fait comprendre qu’il était, lui aussi, dès cette époque, un patriote réfractaire à l’esprit que Vichy essayait de faire régner en zone dite libre. »

Paul Bresse s’est occupé très activement de la diffusion de « Témoignage Chrétien » dont le chef à Lyon était le Colonel Rémy. Il a fait plusieurs liaisons de Vienne à Paris en passant la ligne de démarcation en fraude. Il diffusait également des Communiqués de Radio Vatican.

Il était membre de la Section Franc Tireur n°6, son nom de résistant était Humulus.

Pourquoi Humulus ? Que ce nom évoquait-il pour lui ?  C’est probablement une référence à « Humulus le Muet », comédie de Jean Anouilh et de Jean Aurenche, saynète écrite en 1939.

Paul connaissait Jean Aurenche pour avoir été son collaborateur sur un film documentaire « Royaume et Empire du Rhône » en 1927. J’y reviendrai plus loin.

Une attestation du Mouvement de Libération Nationale, signée de Jean-Roger Guichard témoigne de son engagement et des responsabilités assumées : « Paul Bresse, Franc Tireur section 2, s’est occupé de la diffusion de la presse clandestine de novembre 1942 à Août 1944, il faisait circuler les parutions de : Temps Présent, Temps Nouveau, Position, Radio Vatican et Témoignage Chrétien. ».

En août 1944, il rejoint la Défense Passive de Vienne, résistance organisée dans la retraite des armées allemandes. A ce titre il a été chef d’équipe de cette Défense pour le déminage du Pont Saint-Cenis de Vienne.

En septembre 1944, le chef de liaison de la Défense Passive de Vienne, Monsieur Pellet, lui délivre un laissez-passer pour visiter les immeubles sinistrés pour un secours immédiat.

Il est autorisé à circuler librement, en vélo par une attestation des Forces Françaises de l’Intérieur. Il avait un laissez-passer pour sourds, brassard avec bandes jaune et blanche, considéré comme infirme sourd-muet, attesté par un certificat médical. Il jouait de son élocution déformée pour se faire passer pour « débile » devant les allemands…Il avait appris  et leur répétait en allemand: « Ich bin taub », ce qui signifie : « Je suis sourd. »

Vie de famille et lieux de vie

Paul BRESSE s’est marié le 2 novembre 1945 (à 54 ans) avec Antoinette, Marie ODIER (30 ans) que l’on appelait  Ninette ou Nine.

Vienne et Genève. Il y avait un lien entre ces deux villes, un lien qui est devenu un amour…

Antoinette ODIER était orpheline de mère depuis sa naissance en 1915. Son père, Charles ODIER, éminent neuropsychiatre dont la biographie existe sur Wikipédia : Charles ODIER

Charles ODIER s’était remarié en 1929 avec Ilse Loebel, veuve de Jules RONJAT, cousin très éloigné de Paul BRESSE. Il était linguiste, docteur ès lettres, spécialiste de la langue d’Oc. Il a travaillé pour l’Université de Genève et était membre du Félibrige, cette association fondée en 1854 qui œuvrait pour la restauration de la langue provençale, la sauvegarde de la culture et de l’identité des pays de langue d’Oc. La biographie de Jules RONJAT (1864-1925)  qui est né à Vienne, est aussi sur Wikipédia : Jules RONJAT

Paul savait le provençal, lisait « Mireille » de Mistral. C’est par son intermédiaire que Ninette et Paul ont été présentés.

A la libération, Ninette et Paul se sont retrouvés à Paris. Ils habitaient un petit appartement au 8 de la rue Blomet (voisins de Simone de Beauvoir et de Jean-Paul Sartre qui logeaient quelques numéros plus loin). Trois enfants sont nés : Antoine en 1946, Anne en 1948 et Corinne en 1950.

C’était le Paris d’après-guerre, le quotidien était difficile : cartes d’alimentation pour obtenir les denrées de base, pénurie de charbon, coupures d’électricité… Mais Paris revivait et Ninette nous a raconté bien souvent combien elle a aimé cette vie à Paris. Elle déambulait avec ses trois enfants dans tous les quartiers, Antoine sur son tricycle, Anne debout sur le marchepied de la poussette où dormait Corinne ! Dans le salon de l’appartement, Paul dessinait ses plans sur une immense planche à dessin, comme dans tous les logements où nous avons habité.

En 1954, le père de Ninette étant malade, toute la famille est partie habiter à Vernand dans le canton de Vaud en Suisse. Séparé d’Ilse Loebel, Charles ODIER vivait avec Germaine GUEX, psychanalyste. Nous habitions une belle et grande maison avec jardin. Malheureusement Charles ODIER est décédé et nous avons déménagé à Lausanne dans une maison locative, Germaine GUEX, psychanalyste s’est installée au premier étage dans un appartement où elle recevait ses patients, et nous au troisième étage sous les toits. Paul avait un bureau avec comme toujours une immense planche à dessin et des rouleaux de calque entreposés partout.

En 1959, retour en France ! Paul voulait un enseignement français pour ses enfants… Mais il y avait une autre raison à ce déménagement : Ninette se rapprochait ainsi de sa famille installée à Genève. Nous habitions une villa à Gaillard tout près de la frontière suisse et de Genève où le tram 12 nous amenait depuis la douane. Ninette avait hérité de son père d’une Peugeot 203; c’était l’occasion de passer le permis de conduire, Paul ne conduisant pas.

Durant toutes ces années, l’appartement de la rue Blomet était toujours prêt à accueillir Paul qui travaillait avec des associés établis à Paris. Il y faisait de longs séjours pour son travail, effectuant la plupart du temps ses trajets en avion. Il a même volé dans la Caravelle, et s’est trouvé une fois assis à côté de Charlie Chaplin ! Nous nous rendions fréquemment à Paris dans la 203, avec Ninette au volant : elle avait la nostalgie de Paris, Lausanne n’étant pas aussi attractive et vivante…Heureusement qu’il y avait les bateaux à aube du Léman pour faire la traversée Lausanne-Evian pour respirer, non pas l’air du large du lac, mais un peu de la France en rapportant des sucettes Pierrot-Gourmand !

Dans tous les logements que nous avons habités, petits ou plus spacieux, Paul avait son bureau. C’était une priorité pour qu’il puisse travailler, dessiner sur une immense planche à dessin couverte de calque. Il possédait bon nombre de magnifiques porte-mines, affûtés, réglables, que nous n’avions pas le droit de toucher, de glisser dans notre trousse d’école ! Il avait des règles aussi, des droites, en bois, en métal, des courbes aussi : oui, des règles courbes, c’est surprenant ; pourtant je possède encore ces formes de bois vernis qui permettaient de tracer des courbes différentes. Ainsi que son T et son équerre d’architecte. Il écrivait les légendes de ses plans avec des chablons, calibres en plastique orange qui proposaient toutes sortes de caractères. Mais pas autant qu’en propose aujourd’hui la police de nos ordinateurs !

Fin de vie et sa mémoire à Vienne (Isère)

Paul BRESSE est décédé le 19 juillet 1973, à l’âge de 82 ans. Il a été enterré au cimetière de Gaillard en Haute Savoie, son dernier lieu de vie. Une messe a été dite ce jour-là par son neveu Michel, prêtre, fils de son frère Jean.

Antoinette, son épouse, décédée le 31 août 1983 a également été enterrée au cimetière de Gaillard.

Actuellement une urne commune contenant leurs cendres est entreposée au colombarium du cimetière.

Paul a toujours été très attaché à la ville de Vienne, la ville de son enfance, son lieu d’accueil pendant les 2 guerres, et il s’est passionné pour ses vestiges romains.

Je dois probablement mon deuxième prénom, Blandine, à la colline Ste Blandine qui surplombe la ville.

Une rue de Vienne porte son nom : rue Paul BRESSE. Dès 2004, André HULLO, conseiller municipal en charge du patrimoine et président de la Société des Amis de Vienne, est à l’origine de cette dénomination. En 2007, le panneau « Rue Paul BRESSE » est apposé aux extrémités d’une voie délimitée par le « Cours Verdun » et la « Rue Francisque CHIRAT » d’une longueur de 75m. Simultanément, une autre rue est baptisée « Rue Jules RONJAT » : elle est délimitée par la « Rue Paul BRESSE » et la « Rue Emile Romanet ».

Corinne et Anne-Sylvie devant la pancarte de la rue Paul BRESSE à Vienne

Pierre BRESSE, petit fils de Jacques Antoine Charles BRESSE, devenu Général

Cet article a pu être écrit grâce à l’aimable participation de Patricia MARS, petite fille de Jean MARS, beau-frère de Pierre BRESSE et de son époux, Bernard de la TULLAYE.

Dans l’article précédent sur les descendants de Jacques Antoine Charles (JAC) BRESSE, nous avons vu que le fils unique de JAC BRESSE, Charles François Marcel BRESSE et Gabrielle BELLOM (1867-1941) ont eu 5 enfants :

  • Claire Marie Suzanne (1888-1957) qui a épousé Jean MARS (1878-1946). Ils ont eu 10 enfants
  • Amédée Charles Pierre (1891-1989) qui a épousé Geneviève BRIERE (décédée en 1941) sans enfants
  • Madeleine (1892-1943) religieuse Saint Vincent de Paul
  • Germaine (1895- ), religieuse de l’Assomption
  • Jacques (1898- ?) qui a épousé Nicole GIRAULT. Ils ont eu 2 enfants : Jean Pierre (1941- ) et François (1945- )

Amédée Charles Pierre BRESSE est né à PARIS 75006 le 14 Février 1891.

Carrière de Pierre BRESSE devenu Général de Brigade

Entrée à l’Ecole Polytechnique en 1912

En 1907 Bachelier (1ère partie latin, sciences)
En 1908 Bachelier ( 2ème partie philosophie et mathématique)
En 1908 externe à Louis le Grand, spécialité prépa.
En 1909 externe à Saint Louis
EN 1910 Le 14 Septembre, admissible à l’Ecole Polytechnique
En 1911 Le 14 Septembre, reçu à l’Ecole Polytechnique
En 1911 Le 06 Octobre, canonnier, au 21ème d’Artillerie à Angoulême.
En 1912 Le 11 Février, brigadier, au 21ème d’Artillerie à Angoulême.
En 1912 Le 10 Octobre, entrée à l’Ecole Polytechnique (Aspirant)

Guerre de 14-18

En 1914 Le 18 Juillet sortie de l’Ecole Polytechnique avec le rang de 177ème sur 215 et choisit l’Artillerie.
En 1914 Le 2 Août, mobilisé comme sous-lieutenant au 28ème d’Artillerie(61°division) (Ecole Militaire du 3° groupe).
En 1914 Le 04 Octobre, 21ème Batterie du 51ème d’Artillerie.
En 1915 Le 01 Octobre, Lieutenant.
En 1915 Le 16 Novembre, commandant de la 23ème Batterie.
En 1917 Le 06 Mars, désigné pour le Cours d’État-major de SENLIS.
En 1917 Le 06 Mars, Stages d’Infanterie et d’Aviation.
En 1917 Le 25 Mars, Cours d’Ecole Militaire.
En 1917 Le 12 Juin, stages d’Ecole Militaire.
En 1917 Le 02 Août, affecté à l’Ecole Militaire du 8ème Corps d’Armée (3°bureau)
En 1919 Le 21 Janvier, cartoucherie de VINCENNES

Suite de la carrière militaire avant la guerre de 39-45

En 1919 Le 25 Mars, Capitaine.
En 1919 Le 01 Avril, Chef de service technique à l’atelier de PUTEAUX.
En 1921 Le 01 Octobre, Professeur de transmissions à l’Ecole d’Application de FONTAINEBLEAU.
En 1927 Le 02 Octobre, 31ème Régiment d’Artillerie au MANS.
En 1928 Le 24 Juin, État-major du 4ème Corps d’Armée au MANS.
En 1928 Le 25 Décembre, Chevalier de la Légion d’Honneur.
En 1928 Le 26 Décembre, Cabinet du ministre de la Guerre.
En 1929 Le 25 Juin, Chef d’Escadron.
En 1929 Le 25 Novembre, commandant le 2ème groupe du 71ème Régiment d’Artillerie à Cheval (Fontainebleau).
En 1932 Le 25 Janvier, Professeur de Balistique à l’Ecole d’Application de FONTAINEBLEAU.
En 1937 Le 27 Septembre, Lieutenant-Colonel.
En 1938 Le 10 Juin, Lieutenant-Colonel au 93ème Régiment d’Artillerie de montagne à GRENOBLE

Guerre de 39-45

En 1939 Le 02 Septembre, commandant le 293ème Régiment d’Artillerie de 155 C TTT.
En 1940 Le 30 Juillet, commandant le 2ème Régiment d’Artillerie.
En 1940 Le 08 Août, Officier le liaison Commission d’Armistice Italienne à CHAMBERY.
En 1940 Le 25 Décembre, Colonel.
En 1941 Le 01 Mars, Officier le liaison Commission de Grenoble.
En 1942 Le 25 Août, Officier de la Légion d’Honneur.
En 1943 Le 20 Octobre, mis en congé d’Armistice.

En 1944 Le 03 Mai, arrêté par la Gestapo et Déporté.

Après la déportation

En 1945 Le 13 Mai, rentré en France.
En 1945 Le 13 Septembre, Directeur du Matériel de la 11ème Région à Rennes et Président du tribunal militaire de la 11ème Région à Rennes.
En 1946 Le 09 Février, Général de Brigade État-major de l’Armée 2ème Section.
23 Février 1946, mis en retraite.

L’allocution prononcée par le Général de CAHOUET, au moment de son départ en retraite

Cher Général,

Au moment où vous êtes atteint par l’inexorable et si hâtive limite d’âge, le Ministre des Armées, au nom du Gouvernement, m’a chargé, et j’en suis fier, de vous présenter l’hommage de l’Armée, et de ceux qui furent pendant votre carrière, en temps de paix ou au cours des deux guerres, vos compagnons d’Armes.

Entré à 20 ans à l’Ecole Polytechnique, c’était chez vous, je le sais, une tradition de famille, vous en êtes sorti en Juillet 1914, déjà fanatique de l’Artillerie. Et quelques jours plus tard, encore en uniforme de Polytechnicien, vous aviez déjà l’honneur de tirer le canon, non point sur un polygone, mais à la Bataille des Frontières, moins d’un mois après, à la Bataille de la Marne. Et dès la fin de 1914, vous aviez la fierté de commander une Batterie de 75; dès 1915 de recevoir, une des premières citations de la guerre.

Cette Batterie, vous l’avez commandée au feu pendant 3 ans sans interruption. Vous l’avez donc fortement marquée de votre personnalité, et quand en Juillet 1916 une nouvelle Citation à l’ordre de l’Armée, célébrait vos qualités d’Artilleur, tous vos hommes en étaient fiers avec vous.

A 25 ans, vous étiez déjà un Chef. Vous saviez comme le montre cette Citation, vous servir du magnifique outil de guerre que vous aviez forgé et vous ne reculiez devant rien pour en tirer le plus beau travail. Je lis dans votre dossier, par exemple qu’ayant eu à démolir un réseau barbelé, vous avez été (sans en demander l’autorisation à vos chefs, qui l’auraient refusée) reconnaître vous-même, sur place, quelques heures avant l’assaut, jusqu’à la première ligne ennemie pour vous assurer qu’il n’en restait plus trace; et vous avez eu la joie de voir, le 1er Juillet 1916, la Compagnie d’Infanterie qui avait réussie à passer par cette brèche, et parvenir sans perdre un seul homme jusqu’à ses objectifs. Un Artilleur d’Appui Direct ne demande pas d’autre récompense.

Je ne cite pas tant d’autres actions d’éclat dans tous les secteurs illustres de cette guerre de 1914-18, de cette guerre dont le chiffre des morts suffirait à faire comprendre aux jeunes générations combien elle fut terrible, même en comparaison de celle qui vient de finir. Je note seulement qu’en 1918 une 3ème citation célèbre cette fois vos qualités d’Officier d’État-major dans les moments critiques dont fut remplie cette année.

Parti Polytechnicien, vous reveniez Capitaine. Après 2 ans à l’Arsenal de Puteaux, stage indispensable pour faire un Artilleur complet, vous étiez nommé à Fontainebleau, qui fut votre garnison de prédilection. A l’Ecole d’Application, vous avez d’abord pendant 6 ans professé la TSF, alors presque à ses débuts. Puis après un intermède au MANS et à PARIS, au Cabinet du Ministre, vous receviez avec bonheur le commandement d’un Groupe d’Artilleurs à Cheval, de ces fameux Volants, une des grandes élites de l’Artillerie et vous en faisiez, dit votre dossier, une Unité de premier ordre.

Rappelé à l’Ecole d’Application pour y professer la Balistique (redoutable honneur) vous y réussissez de façon superbe, enseignant, dit le même document, la Balistique « avec une maîtrise et une clarté hautement appréciée des élèves eux-mêmes » et vous en rédigez un Cours, enrichi de travaux personnels, qui marque dans l’histoire de cette science.

Mais l’heure est venue, où, Lieutenant-Colonel, vous aspirez au but de tout Officier digne de ce nom : le Commandement d’un Régiment. C’est dans une autre élite de l’Artillerie, l’Artillerie de Montagne, la vraie, la muletière, que vous allez servir. Et dès votre arrivée à Grenoble, dès les premières Manœuvres de Haute Montagne, vos Chefs signalent -je cite- « que vous êtes merveilleusement adapté à la montagne »; tout comme naguère, dans l’Artillerie à Cheval, « que vous aviez toutes les qualités du chef dans cette arme »; tout comme dans votre professorat scientifique « que vous dominiez votre sujet et apportiez à votre enseignement la plus grande habilité »; c’est là une bien rare diversité d’aptitudes; et c’est pourquoi vos notes de 1938 vous désignaient comme un « Artilleur exceptionnellement complet et apte aux plus hautes fonctions dans son Arme »

Mais voici 1939. Vous formez de toutes pièces un de ces très beaux Régiments qu’on avait réservés à des chefs de grande classe, d’Artillerie lourde de montagne à tracteur tous terrains. Et jusqu’aux heures tragiques, vous allez le former, l’instruire, le modeler en vue de sa tâche.

En Mai 1940, vous recevez en outre le commandement de l’Artillerie de la Vallée de l’UBAYE. Plus de 100 pièces de tout calibre, placées de 1000 à 2000 mètres d’altitude, commandées et servies par 150 officiers et 4000 hommes, vont sous vos ordres barrer 60 kilomètres de frontière des Alpes. Attaquant comme le dira l’histoire, à 10 contre 1, l’ennemi ne put même atteindre vos lignes: il avait été écrasé par votre Artillerie et perdit 400 prisonniers sans en prendre un seul. Dans ce secteur il avait été tiré plus de coups de canon que de fusil; aussi une 4ème citation 25 ans jour pour jour après votre 1ère citation de 1915 (et, fait fort rare dans l’Armée des Alpes homologuée peu après) vint-elle célébrer ce haut fait d’armes.

Mais hélas, seul fut sauvé l’honneur, pour l’Armée des Alpes. Un calvaire restait à gravir et vous ne vous y êtes pas dérobé. Après avoir avec douleur, dissous ce beau Régiment, votre Régiment, car il n’a jamais eu d’autre Colonel que vous. Vous avez voulu servir encore, et dans les missions les plus pénibles : défendre dans une Commission d’Armistice dont vous étiez le chef, tout ce qui pouvait être défendu contre l’investigation et la rapacité des vainqueurs provisoires. Dans ce tout nouveau métier de diplomate, avec ses incidents tantôt homériques, tantôt affreusement tragiques vous avez révélé aussi des qualités hors ligne et remporté d’étonnants succès, pour le service de l’Armée Secrète.

Métier de diplomate, certes : mais où l’on jouait sa liberté et sa vie; et vous le saviez. Aussi est-ce sans étonnement que vous vîtes la furieuse « Gestapo», ayant décelé certains de vos actes de bon Français, s’emparer de vous, vous détenir pendant plus d’un an, et avec quelles menaces, dans ses camps de déportations de Compiègne, de Godesberg et d’Eisenberg. Mais là encore vous avez su malgré la tristesse d’un deuil cruel et récent, entretenir par tous les moyens la flamme du courage et de l’optimisme parmi vos camarades de déportation, qui ne pourront jamais l’oublier.

Et ce fut le retour, à la Libération. Aussitôt rétabli, vous avez voulu reprendre du service; et ce n’est qu’après vous avoir décerné les Étoiles si bien méritées et si bien placées, que l’Armée, obéissant à l’inéluctable loi de la limite d’âge, s’est vue obligée de se séparer de vous.

Belle carrière en vérité et si bien remplie : services d’État-major ; services techniques; instruction des officiers; mais surtout commandements de troupes pendant la première Guerre presque entière; commandement d’une Batterie pendant la deuxième, commandement d’un Régiment. Le jeune fanatique de l’Artillerie qui sortait de l’Ecole Polytechnique en Juillet 1914 ne pouvait certes pas rêver une plus belle carrière.

Mais ce que je veux surtout vous dire, après avoir accompli ma mission qui était de vous remercier au nom du Gouvernement et au nom de l’Armée, des éminents services rendus à la Patrie, ce que je veux surtout vous dire c’est qu’en vous adressant ces paroles je ne suis que l’interprète d’une foule d’Officiers qui pendant 35 ans ont servi sous vos ordres; soit pendant les deux Guerres, soit dans les commandements du temps de paix, soit dans les services techniques, soit dans les Ecoles d’Officiers; et surtout de ces innombrables anciens sous-lieutenants élèves auxquels vous avez enseigné, avec un tel succès, les sciences les plus primordiales de l’Artillerie et à qui vous avez fait comprendre que pour être un Artilleur complet et digne de ce nom, il faut cultiver et mettre en œuvre avec passion tous ses dons qu’ils soient intellectuels, physiques, ou moraux; qu’il faut se donner avec enthousiasme.

Au nom de tous, mon cher Général, merci. Général de CAHOUET

Ensuite, lecture de ses citations à l’ordre des Armées pendant les guerres de 14-18 et de 1940

I -A l’Ordre de la 61ème Division,le 28 Juin 1915 (Ordre N°84)

Etant observateur dans les tranchées le 15 Juin, a demandé à rester à ce poste pour l’attaque du 16. A dans des circonstances très difficiles (l’observatoire ayant été détruit) assuré personnellement l’observation et la liaison avec son capitaine commandant. Les fils téléphoniques ayant été coupés, a dû se rendre sous un bombardement violent au téléphone le plus voisin.

Signé: NIVELLE

II -A l’Ordre de la 6ème Armée,le 10 Juillet 1916(Ordre N°373)

Lors de l’attaque du 1er Juillet et pendant les journées qui l’ont précédée, a fait preuve du plus grand courage en réglant ses tirs de destruction du haut d’un arbre situé à proximité des premières lignes dans une zone violemment bombardée. A occupé cet observatoire pendant 6 jours consécutifs malgré le feu de l’ennemi.

Signé: FAYOLLE

III -A l’Ordre du 8ème Corps d’Armée,le 16 Novembre 1918 (Ordre N°352)

Officier de liaison d’un dévouement absolu et d’un courage éprouvé, dans maintes circonstances et notamment le 21 Juillet, les 20 et 30 Octobre 1918, s’est porté sous le feu jusqu’aux premières lignes, pour renseigner le Commandement sur la situation des éléments avancés, faisant preuve d’une belle crânerie et d’une intelligente initiative.

Signé: HELY d’OISSEL

IV -A l’Ordre de la Brigade,le 28 Juin 1940 (Ordre N°18 de la 64ème Division)

A, pendant les combats du 17 au 25 Juin 1940, brillamment commandé l’Artillerie de la Vallée de l’Ubaye, causant à l’ennemi de lourdes pertes et permettant à l’Infanterie de maintenir toutes ses positions.

Signé: de SAINT-VINCENT

En 1944 Le 3 Mai, Pierre BRESSE est arrêté par la Gestapo et Déporté

Acte de Déportation de Amédée Charles Pierre BRESSE

Vie privée de Amédée Charles Pierre BRESSE

Il se marie le 6 Avril 1920 avec Geneviève BRIERE à l’Eglise de Saint-Sulpice PARIS.

Ils n’ont pas eu d’enfants.

Malheureusement, Geneviève BRIERE est victime de la tuberculose et décède à 42 ans le 8 Juillet 1941à La Tronche (38).

Que s’est-il passé pour Pierre BRESSE après sa déportation ?

En 1945, le 13 Mai, il est rentré en France.

Après 3 heures d’avion arrivé au Bourget, puis l’Hôtel Lutetia, visite médicale et rue de l’Odéon. Pierre passe quelques jours de repos, dont il avait besoin, rue de l’Odéon.

Puis le 15 Juin, il s’installe 74 Boulevard Montparnasse, dans un appartement qui par une chance inespérée est libéré depuis quelques jours par la mort d’un vieux médecin et que ses beaux-parents ont pu lui réserver.

Pierre est content de revoir ses meubles et ses papiers qu’il n’avait pas vu depuis 4 ans, mais ce n’est hélas, en rien comparable à ses installations d’autrefois.

[Jean François BRESSE] J’ai le souvenir d’avoir été dans cet appartement, en Juillet 1965, alors qu’il était occupé aussi par la famille de sa sœur Suzanne et de Jean MARS.

Le 1er Septembre, après avoir bataillé avec le ministre il a été rappelé à l’Activité et nommé à Rennes. L’appartement restait vide, en ces temps de réquisition c’était très imprudent, Pierre fit donc occuper la moitié par les filles d’un de ses camarades de Fontainebleau, qui était d’ailleurs sous ses ordres à Rennes.

A Rennes, il est logé chez un instituteur en retraite près de la gare. C’est propre et neuf, mais glacial. Pierre vient à Paris tous les 8 ou 15 jours.

Et le 23 Février 1946, il dépose pour la dernière fois l’Uniforme d’Artilleur qu’il a porté depuis 35 ans.

Pierre BRESSE passera les derniers jours de sa vie au Château du Val à Saint Germain en Laye où il décédera, le 11 Juin 1989, à 98 ans.

En 1927, une partie du parc est lotie et le reste du domaine, ramené à 3,5 hectares, est donné à la Société d’Entraide des Membres de la Légion d’Honneur. Le château devient une résidence pour les membres de la Légion d’Honneur.

Photos de Pierre BRESSE

Propriétés de la famille de Pierre BRESSE

Maison de FONTAINEBLEAU au N°56 RUE Saint Merry

Elle a été achetée en 1878 par les arrière-grands-parents GOUGET-DESFONTAINES (grands-parents de Gabrielle BELLOM, épouse de Marcel) pour y prendre leur retraite pas trop loin de Paris et de leurs enfants.

Ils avaient connu FONTAINEBLEAU lors du séjour des grands-parents de Pierre BRESSE, avant 1870 (rue Royale, où était née sa mère).

Elle n’était pas neuve, datant de 1840 environ, Auparavant s’élevait là la Poste aux lettres: c’est ce qu’on voit sur un plan Louis-Philippe.

Ses grands-parents vers 1885 firent faire des travaux par M. BOITTE, architecte du château: la tourelle des cabinets et la terrasse qui fut ensuite couverte d’une véranda. Celle-ci assombrissait le rez-de-chaussée; on réunit en baie les 2 fenêtres du salon, et on mit au fond de celui-ci une grande glace.

La maison fut dans sa splendeur vers 1900 : très bien entretenue, chauffée, une cour remplie de fleurs sur gradins.

Cette maison a vu bien des événements de famille, son arrière-grand-père y est mort. Son grand-père aussi, dans la grande chambre où Pierre l’avait embrassé la veille. Son père y est mort dans ses bras, dans cette même chambre encore.

Sa mère y est restée jusqu’à l’avant-veille de sa mort.

Pierre y a passé, ainsi que Suzanne, sa nuit de noce. Jacques MARS y est né… et 5 générations l’ont habité plus ou moins longtemps.

Suite au décès de sa grand-mère Mathilde BELLOM (née GOUGET-DESFONTAINES) morte en 1915, à la demande de Pierre, ses parents gardèrent la maison.

Après la Guerre, Pierre revint, marié, habiter la maison de 1921 à 1927. En 1927 Pierre partit pour Le Mans.

Après la mort de son père en 1934, sa mère continuait d’habiter là. Depuis 1930 et jusqu’en 1938, Pierre était revenu à Fontainebleau ; puis il partit pour la Tronche (commune située dans la proche périphérie de Grenoble).

Puis ce fut la Guerre, l’Invasion. Sa mère était à Paris quand les Allemands occupèrent la maison, la saccagèrent pas mal, et volèrent quelques objets. Elle y revint peu après et usa ses dernières semaines à réparer les dégâts.

La maison, très logeable : 13 Chambres, dont 4 grandes à 2 fenêtres, Salle à manger, 2 Salons … et 5 WC, quoique bourrée de meubles d’une façon incroyable, pouvait nous recevoir nombreux.

La nouvelle génération a connu cette maison à son déclin, bien délabrée mais pleine de souvenirs.

Pierre espère qu’ils garderont son souvenir, comme d’une chère vieille chose et comme du cadre de vie de leurs grands-parents à la fin de leur existence.

C’est près de là, au cimetière de Fontainebleau que reposent les parents, deux des grands-parents, deux des arrière-grands-parents de Pierre BRESSE.

Tous étaient très attachés à cette vieille maison. Elle a été vendue depuis.

Maison de Fontainebleau. Été 1909, les frères et sœurs de Pierre : Germaine, Jacques, Madeleine

Propriétés en Touraine

Les arrière-grands-parents de Pierre BRESSE, parents de Pauline RAY, épouse de JAC BRESSE, ont acheté en 1849 aux Maillé de la Tour Landry, Forgeais avec sa ferme et la Bigotière et la Chevronière.

Puis de temps en temps, ils achètent de petits lopins pour s’agrandir. La maison de Forgeais était en partie une ancienne maison forte (murs énormes et puits dans la cuisine, elle était faite pour soutenir un siège)

Dès le début ses arrière-grands-parents y passaient près de 6 mois par an. Ils s’occupaient eux-mêmes de l’exploitation de la ferme et des bois.

Le père de Pierre BRESSE, Charles François Marcel BRESSE et ses cousins y passaient toutes leurs vacances.

Pierre BRESSE y a surtout connu sa grand-mère BRESSE (née Pauline RAY) et son grand-oncle Eugène RAY, son frère, si vivant et si gai. Pierre jouait avec les chiens, allait à la pêche à la ligne ou à l’écrevisse dans la rivière, il faisait des promenades en charrette avec un petit cheval qu’il conduisait.

En 1911, à la mort de son grand-oncle, la maison et la ferme de Forgeais, qui étaient sa part, furent vendues. Mais sa grand-mère restait propriétaire des fermes, la Bigotière, la Chevronière, le Moulin Paquet et de divers bois qui entourent ces fermes.

Pierre Bresse a gardé cette propriété à la mort de son père en 1934.

Tous les ans (sauf pendant la Guerre), il y allait 2 fois. En été jusqu’en 39, c’était en auto avec Geneviève (son épouse) pour lui faire connaître le pays et ses habitants, fermiers ou voisins.

Elle s’y est beaucoup plu, et y a été admirablement reçue. Parfois, leur passage au pays était marqué d’un petit événement : baptême dans une ferme, bénédiction d’une Croix qu’il avait fait rétablir, etc…

Dessin au fusain de la maison de Forgeais. Il a été réalisé vers la fin de la guerre 39/45 par un réfugié que les parents du propriétaire actuel, avaient temporairement hébergé. Il représente donc la maison du temps où Pierre BRESSE l’a connu.

Du nouveau pour Jacques Antoine Charles (JAC) BRESSE qui a son nom sur la Tour Eiffel

Cet article fait suite à l’article qui a déjà été publié sur le site de la Famille BRESSE pour JAC BRESSE et aussi sur l’article paru dans Wikipédia sur JAC BRESSE.

En Juin 2020, j’ai été contacté par un professeur d’hydraulique émérite de l’École polytechnique fédérale de Zurich, Professeur Willi Hager qui a proposé une publication dans le journal américain Journal of Hydraulic Engineering. Cette publication est en anglais. Elle est en cours de relecture.

Ce Professeur connait le nom de BRESSE depuis ses études. JAC BRESSE a fait, il est vrai, un des livres d’hydraulique des plus importants, qui est même aujourd’hui encore actuel. En effet, son livre de Mécanique Appliquée sur la partie « Hydraulique », est encore disponible sur Internet.

A l’époque, JAC BRESSE est surtout reconnu pour ses travaux sur la flexion des poutres et arcs, domaine dans lequel il est l’un des contributeurs majeurs avec Barré de Saint-Venant. Tous deux développent leurs travaux à partir du travail d’Henri Navier. Il systématise le travail autour des arches et dresse un tableau de tous les cas particuliers.

Les déformations sont obtenues par sommation (intégration) des déformations élémentaires des petits tronçons de poutre. Elles permettent de calculer les déplacements des poutres sous l’effet du chargement. Elles servent pour le calcul des ponts routiers ou de chemin de fer. Ces équations sont dites « Equations de BRESSE » ou « Equations de NAVIER-BRESSE ».

Il se fait remarquer en 1848 en publiant dans les Annales des Ponts et Chaussées un article intitulé : Études théoriques sur la résistance des arcs employés dans les ponts en fonte ou en bois

Il était décédé lorsque Gustave Eiffel a construit sa Tour, mais celui-ci a voulu lui rendre hommage en mettant son nom au niveau du premier étage, avec d’autres savants (mathématiciens, physiciens, chimistes…) beaucoup plus connus comme Ampère, Lavoisier, Laplace, Chaptal, Gay-Lussac, Becquerel, Coriolis, Coulomb, Foucault….

Plus tard, il a fait des recherches hydrauliques, en particulier sur la surface libre des cours d’eau. Ceux-là ont été couramment utilisés dans les constructions de barrages, en particulier pour calculer d’avance comment ils modifieront le cours d’eau en amont du barrage.

Dans son cours de Mécanique appliquée de 1860, il y a deux parties :

La partie 1 traite de la résistance des matériaux et de la stabilité des structures

La partie 2 traite de l’hydraulique

Ce cours a au départ été réalisé pour les étudiants de l’École impériale des Ponts et Chaussées de Paris.

Le Professeur Willi Hager a fait une analyse détaillée de la partie 2 sur l’hydraulique.

Le livre est subdivisé en sept chapitres :

  • Chapitre I : Hydrostatique et hydrodynamique
  • Chapitre II : Écoulement permanent par orifice
  • Chapitre III : Écoulement permanent dans les tuyaux
  • Chapitre IV : Flux régulier dans les canaux découverts
  • Chapitre V : Flux de gaz
  • Chapitre VI : Pression réciproque des fluides et des solides pendant leur mouvement
  • Chapitre VII : Machines et pompes hydrauliques

Ses Conclusions

Le livre Hydraulique de JAC BRESSE (1860) a considérablement enrichi les ouvrages similaires alors disponibles.

Ses caractéristiques exceptionnelles sont :

  • Présentation simple d’un sujet
  • Utilisation d’un langage simple attirant ainsi les étudiants et les praticiens
  • Présentation de croquis pour détailler les explications textuelles
  • Exemples pour appliquer les connaissances
  • De courts croquis historiques pour résumer les informations
  • Connaissances analytiques simples requises pour le lecteur

Comme inconvénients du livre, on peut dire :

  • Les flux instables sont complètement absents
  • Les références ne sont pas systématiquement incluses
  • Les croquis extraits de photographies expliquant les caractéristiques du flux sont absents
  • Les résumés de certaines sections ne sont pas systématiquement disponibles.

Correspondance entre deux scientifiques à propos des travaux de JAC BRESSE sur l’hydraulique

Le Professeur Willi Hager a passé en 2015 un congé sabbatique à Paris, où il a pu accéder la Bibliothèque de l’Institut de France. Là, on conserve un total de 600 lettres avec presque 2000 pages, d’où il y a entre autres des lettres sur JAC BRESSE. Il a étudié une importante correspondance entre Adhémar Barré de Saint-Venant (dSV, 1797-1886) et Joseph Boussinesq (JB, 1842-1929), deux grands scientifiques de la fin du XIXe siècle, sur les travaux de JAC BRESSE.

En outre, des questions de tous les jours sont traitées comme les affaires familiales, les mariages, la matière pédagogique, mais il y a aussi une grande partie sur des sujets d’éthique, de philosophie des sciences, de religion et de politique, y compris l’époque de la guerre franco-prussienne en 1870 / 71 avec l’implication de deux fils de dSV.

Election de JAC BRESSE à l’Académie des Sciences

Le Professeur Willi Hager fait une analyse détaillée de l’élection de JAC BRESSE à l’Académie des Sciences à partir des correspondances archivées.

Adhémar Barré de Saint-Venant (dSV) préside la Section de Mécanique de l’Académie des Sciences à partir de 1868. Dans les années 1870, dSV a voulu faire élire Joseph Boussinesq (JB) à l’Académie. dSV était le tuteur de Joseph Boussinesq (JB) depuis près de 20 ans, JB était né en 1842 et était très jeune à l’époque (moins de 30 ans). dSV pensait aussi à Henri Tresca, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris et ensuite à JAC BRESSE.

Henri Tresca, a été élu en 1872 et JAC BRESSE le 31 mai 1880, en remplacement du général Morin (Arthur Jules Morin 1795-1880, ingénieur civil français »)

Joseph Boussinesq a été élu en 1886, à l’âge de 44 ans, en remplacement de Adhémar Barré de Saint-Venant décédé.

Le fait que JAC BRESSE a été élu à l’Académie n’était guère dû à ses recherches exceptionnelles, mais plutôt à sa collégialité et à son entrée dans les associations d’ingénieurs françaises.

Les ouvrages sur la résistance des matériaux et la stabilité des structures d’une part, et sur l’hydraulique d’autre part, sont bien entendu d’une importance particulière.

En effet, JAC BRESSE reçoit en 1874 le Prix Poncelet, prix scientifique attribué par l’Académie des sciences.

Il est aussi fait chevalier de la Légion d’honneur en 1880

Biographie de JAC BRESSE

Nous avions déjà évoqué la biographie de JAC BRESSE dans notre premier article

En 1856, il se marie avec Pauline RAY, qui a 20 ans. Ils n’auront qu’un seul enfant, Charles François Marcel BRESSE (1857-1934), qui est lui-même devenu Inspecteur Général des Ponts et Chaussées.

Le 8 Mai 1883, il s’alite, atteint d’une érysipèle (infection cutanée inflammatoire). Il meurt le 22 Mai 1883, âgé de 60 ans.

Lors de ses obsèques, des discours ont été prononcés par François Tarbé de Saint-Hardouin, directeur de l’Ecole des Ponts et Chaussées, Charles Lefébure de Fourcy, Inspecteur Général des Ponts et Chaussées, Édouard Phillips, inspecteur général des mines, membre de l’Académie des Sciences, Ernest Mercadier, directeur des études à l’école polytechnique. On peut télécharger les discours qui font partie de « Mémoires et documents relatifs à l’art des constructions et au service de l’ingénieur, 1883, 1re semestre, p. 650-659 » https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4085390/f643.item.r=.zoom

Discours d’Édouard Phillips

« BRESSE est né à Vienne (Isère) le 9 octobre 1822. Reçu à l’Ecole Polytechnique en 1841, il rejoint en 1843 le Corps des Ponts et Chaussées, dont il conquit successivement tous les grades jusqu’à celui d’Inspecteur Général de deuxième classe, conféré à lui le 16 juillet 1881.

Voici les fonctions qu’il a assumées au cours de sa carrière qui témoignent de sa courageuse et constante persévérance. En 1848, peu de temps après avoir quitté l’école des Ponts et Chaussées, il fut nommé maître adjoint de mécanique appliquée à l’école. Puis, à partir de 1853, il fut intérimaire Maître de conférences ; et en 1855, il fut nommé professeur titulaire du même cours. M. BRESSE n’avait alors que trente-trois ans et a pu élever son niveau d’enseignement à une grande hauteur. Il a occupé ce fauteuil jusqu’à la fin, c’est-à-dire pendant vingt-huit ans.

«En 1851, à l’âge de vingt-neuf ans, il est nommé maître assistant du cours de mécanique et machines à l’Ecole polytechnique. Puis, en 1863, il devient examinateur d’étudiants sur cette branche de la science, et enfin, en 1879, professeur du même cours. On voit ainsi que, pendant de nombreuses années, notre cher et feu Frère a supporté un très lourd fardeau par ses fonctions simultanées dans les deux écoles importantes auxquelles il était attaché. Pourtant, il n’a jamais cédé sous un tel travail et a toujours rempli sa tâche de la manière la plus méritoire.

«Il a même trouvé le temps de publier son cours à l’École des Ponts et Chaussées et a ainsi produit un livre en plusieurs volumes, qui est un modèle de clarté et de science, dans lequel il a résolu un certain nombre de problèmes nouveaux et importants. Ainsi, ce traité n’est pas seulement classique en France, mais aussi encore répandu à l’étranger, et est souvent consulté avec succès par les ingénieurs et les scientifiques. «Enfin, M. BRESSE a reçu l’honneur suprême auquel un homme de son mérite peut aspirer. Le 31 mai 1880, il est élu membre de l’Académie des sciences de la section mécanique, en remplacement du général Morin (Jules Morin 1795-1889, ingénieur civil français»). Il ne semble pas que, devant cette tombe encore ouverte, on puisse entrer dans le détail de ses titres scientifiques qui lui ont valu ce couronnement de sa carrière. Nous ne pouvons qu’énoncer l’essence et mettre en évidence les caractéristiques les plus importantes. »

« En terminant, j’ajouterais qu’en lui les qualités morales de l’homme étaient à la hauteur de la valeur du savant. Tous ceux qui l’approchaient connaissaient sa simplicité, sa droiture, sa parfaite honorabilité et sa conscience scrupuleuse dans l’accomplissement de ses devoirs. A ceux qui ont l’honneur, Messieurs, de vous parler et qui ont été unis à M. BRESSE par les liens d’une vieille amitié, remontant à l’époque où nous étions ensemble à l’Ecole Polytechnique.

«Sa veuve si cruellement éprouvée, son fils qui marche dignement sur ses traces dans cette belle carrière des Ponts et des Chaussées, a eu, dans leur profonde douleur, la suprême consolation de le voir mourir dans l’esprit chrétien que nous l’avons connu. Que les sympathies de l’Académie leur apportent aussi du soulagement et de la démission. Au revoir, cher frère et ami. Au revoir ! »

Discours d’Ernest Mercadier

« Professeur, il était avant tout soigneux, clair et précis. Respectueux de lui-même et de son auditoire, il ne lui apportait jamais que des choses étudiées, muries, approfondies. Il ne laissait rien à l’imprévu, et après avoir adopté un ensemble, il en perfectionnait sans cesse les détails. Il était un homme consciencieux, un homme du devoir. Il en avait le sentiment profond, et l’accomplissait simplement. C’est ainsi qu’il a passé plus de trente ans parmi ses collègues, aimé de la plupart, estimé de tous. »

Les descendants de Jacques Antoine Charles BRESSE

Pour l’article sur Jacques Antoine Charles BRESSE, cliquez sur le lien : https://famille.bres.se/jacques-antoine-charles-bresse/

Jacques Antoine Charles BRESSE, à 34 ans, se marie en 1856 avec Pauline RAY, qui a 20 ans. Ils n’auront qu’un seul enfant, Charles François Marcel, né le 2 Avril 1857 qui est lui-même devenu Inspecteur Général des Ponts et Chaussées

Charles François Marcel BRESSE (1857-1934)

A 19 ans, après des études aussi brillantes  dans le  domaine  littéraire  que dans le domaine scientifique, Marcel Bresse entrait  second à l’École Polytechnique. Il en sortait en 1878 dans le corps des Ponts et  Chaussées.

Peu de temps après sa sortie de l’École  et  à  la  suite  d’un séjour à Romorantin, où il eut à construire deux écluses et à consolider de nombreuses tranchées argileuses de chemin de fer,

Marcel Bresse fut attaché, à  la résidence  de  Châlons,  au service de la  navigation  de la  Marne et  du  canal de l’Aisne  à  la  Marne en même temps qu’au contrôle du chemin de fer de l’Est.

C’est à Châlons, en 1887, qu’il épousa Mlle Bellom, fille et nièce d’inspecteurs généraux des Ponts et Chaussées, si bien  que  le corps des Ponts, dans lequel lui  et  les  siens  remplissaient  les plus hautes charges, devint pour lui une véritable famille.Marcel BRESSE et Gabrielle BELLOM au moment de leur mariage

Nommé à Paris le 1er février 1889, M. Bresse est tout d’abord attaché au service de la Commission de l’annonce des crues. A ce titre, il est chargé de donner un état statistique des jaugeages effectués dans les principaux bassins afin de mettre l’administration au courant des données acquises et des lacunes existant dans la détermination des débits des principales rivières. Cette étude est conduite avec une telle méthode et une si grande perspicacité qu’elle vaut à son auteur les félicitations de la Commission et celle du ministre des Travaux Publics. Elle a été publiée dans les Annales en 1897. Ce rapport, qui se termine par un examen de la valeur pratique relative des différents procédés de jaugeage, est présenté avec une clarté et une précision qui en rendent la lecture particulièrement attrayante et instructive.

Mais  le  service de  la  Commission  de  l’annonce  des  crues  ne suffisait pas à l’activité d’un ingénieur de 32 ans; aussi fut-il affecté à la 2 eme puis à la 3 eme section de la Navigation de la Seine; simultanément, il eut dans ses attributions le contrôle de l’exploitation des réseaux de l’Ouest, des Ceintures et des chemins de fer de l’État, puis le service du chemin de fer du pont de l’Alma à Courbevoie, le contrôle des études du raccordement de la ligne des Moulineaux avec les lignes de Paris au Mans et à Versailles, le contrôle des lignes en construction ou à construire dans Paris : ligne des Moulineaux, ligne de Courcelles à Passy et au Champ de Mars

C’est ainsi qu’arriva le moment où Marcel Bresse, proposé en termes particulièrement élogieux pour le grade d’ingénieur en chef, fut chargé, dans les premiers mois de l’année 1898, des services du département de la Corrèze ; moins de deux ans plus tard, il revint à Paris, où il servit quatorze ans comme ingénieur en chef et quatorze ans comme inspecteur général.

Il s’acquitte de ces différentes fonctions de la façon la plus parfaite, si bien que, le 16 juin 1910, à l’âge de 53 ans, il se voit confier les hautes fonctions de Directeur de l’inspection des chemins de fer de l’État. Trois ans plus tard, il est promu au grade d’inspecteur général, tout en conservant sa direction.

L’administration a fait appel à son concours au moment où il fallut appliquer au Ministère des Travaux Publics les prescriptions de la loi des finances du 13 juillet 1911 instituant le contrôle de l’exécution du budget. Tant pour s’assurer que les engagements de dépense étaient maintenus dans  la  limite  des  crédits  ouverts  que  pour  veiller au bon emploi des crédits et éviter toute dépense inutile, il fut institué au Ministère des Travaux Publics, par décret du 7 mai 1918, un  Comité de  Contrôle  composé de deux inspecteurs généraux des Ponts et Chaussées et d’un inspecteur des finances.

Il prend une part  active  aux  travaux du Conseil général des Ponts et Chaussées. Pour ne citer que quelques-unes des questions d’ordre général soumises à l’examen des Commissions qu’il a présidées avec tant d’éclat, ne seront rappelées que : proposition de loi sur les travaux de grande voirie nationale, application de la  loi  de 1924 sur les pensions, proposition de loi sur la réorganisation de l’administration de l’Algérie, affaires de  toute  nature  intéressant le personnel, refonte des règlements sur les ponts métalliques et sur les halles de chemin de fer.

Très écouté par le Conseil, Marcel Bresse savait· présenter ses rapports et les défendre. Ses interventions étaient toujours sobres, précises et, dans la plupart des cas, concluantes. Il combattait impitoyablement toutes les propositions de dépenses dont la nécessité ne lui semblait pas incontestable et, dans chaque affaire, savait discerner les points importants ou délicats. Sans faire le moindre étalage de la culture profonde dont s’embellissait sa claire intelligence, il réussissait à résoudre de sérieuses difficultés grâce à l’ingéniosité de solutions équitables, immédiatement acceptées par tous.

Au moment où, en 1927, arriva pour lui l’âge de la retraite, la nomination au grade de commandeur de la  Légion  d’honneur  vint récompenser une longue et brillante carrière.

A Fontainebleau, où il s’était retiré, son cœur et son esprit intacts comme ses forces jusqu’au dernier jour, s’employaient à de nombreuses œuvres charitables, patriotiques ou religieuses. Ses convictions catholiques, qui étaient aussi simples qu’éclairées ont fait apparaître autour de lui que la  foi la plus humble est le fait des intelligences les plus ouvertes et que les croyances sont vaines si elles ne se traduisent par des actes.

Le 25 juillet 1934, il s’éteignit avec une calme sérénité au milieu des siens qu’il avait tant aimés.

Descendance de Charles François Marcel BRESSE

Charles François Marcel BRESSE et Gabrielle BELLOM (1867-1941) ont eu 5 enfants :

  • Suzanne (1888-1957) qui a épousé Jean MARS (1878-1946). Ils ont eu 10 enfants
  • Pierre (1891-1989) qui a épousé Geneviève BRIERE (décédée en 1941) sans enfants
  • Madeleine (1892-1943) religieuse Saint Vincent de Paul
  • Germaine (1895- ), religieuse de l’Assomption
  • Jacques (1898- ?) qui a épousé Nicole Girault. Ils ont eu 2 enfants : Jean Pierre (1941- ) et François (1945- )

Ceux dont j’ai le souvenir.

J’ai bien connu le Général Pierre BRESSE, petit-fils de Jacques Antoine Charles.

Il a fait l’école Polytechnique. Il a fait sa carrière dans l’artillerie. Il a participé aux 2 guerres et en particulier à la guerre de 40, où il a dirigé des opérations contre l’Italie.

Il est venu à Vienne et une année à Arêches, dans les années 60. Je l’ai rencontré à Paris lorsque je suis venu passer les concours. Il avait un appartement près de Montparnasse. Il a terminé sa vie à la Maison de retraite de la Légion d’Honneur.

Il s’est beaucoup occupé de sa sœur, Suzanne qui a perdu son mari, le Général MARS, en 1936, après avoir eu 10 enfants.

Jacques BRESSE et ses 2 enfants, Jean Pierre (1941- ) et François (1945- ) sont venus une fois à Vienne. Ils étaient de notre génération. Nous n’avons plus eu de relations plus tard.

Jacques Antoine Charles BRESSE

Vous pouvez cliquer sur le texte qui apparait en bleu qui correspond à un lien hypertexte

Mon Arrière Grand Oncle : Jacques Antoine Charles BRESSE (JAC) :

Celui qui a son nom sur la tour Eiffel !

Il est né le 9 octobre 1822 à Vienne (Isère) – mort le 22 mai 1883 à Paris.

La mère de JAC meurt en 1825. Il n’a que 3 ans. Son père, Innocent François Candide, négociant en draps, à Vienne,  le confie à sa soeur, Jeanne Marie Unité, qui vient de se marier et qui vit à Artas, berceau de la famille BRESSE. Elle va lui servir de mère. Il est élevé comme un paysan. A 7 ans; il ne parle que le patois. On lui dit : « Ba, mije, te case » (Bois, mange et tais-toi) qui est resté célèbre dans la famille.

A 8 ans, on le met au collège à Bourgoin (13 kms), où il va tous les jours en carriole. Il y réussit. On le met en interne (à 15 ans) au lycée de Lyon puis au lycée Saint Louis à Paris. Il entre à 19 ans et dans les premiers à l’Ecole Polytechnique en 1841.

Il obtient son diplôme de l’École Polytechnique en 1843 puis entre à l’Ecole de spécialisation des Ponts et Chaussées. Il est un an ingénieur des Ponts et Chaussées, à Nérac, puis à Bourgoin. Il y fait des drainages, des petits ponts.

En 1848, à 26 ans, Il devient répétiteur et ensuite professeur de mécanique appliquée à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées et à l’École polytechnique..

En 1856, il se marie avec Pauline RAY, qui a 20 ans. Ils n’auront qu’un seul enfant, Marcel, qui est lui-même devenu Inspecteur Général des Ponts et Chaussées. Tous les ans, il va passer quelques jours à Vienne, et aussi à Artas, chez les autres familles BRESSE.

Il entre en 1881 à l’Académie des sciences, section mécanique. Il aura aussi la Légion d’Honneur.

Il se passionne aussi pour la musique et il écrira un traité d’Harmonie.

Le 8 Mai 1883, il s’alite, atteint d’une érysipèle (infection cutanée inflammatoire). Il meurt le 22 Mai 1883,  agé de 61 ans. De nombreux discours de savants seront prononcés sur sa tombe.

Il a écrit des équations qui sont enseignées dans les écoles d’ingénieur, comme Polytechnique, Centrale,  Ponts et Chaussées, Arts et Métiers, INSA sur la déformations des poutres.

Les déformations sont obtenues par sommation (intégration) des déformations élémentaires des petits tronçons de poutre. Elles permettent de calculer les déplacements des poutres sous l’effet du chargement. Elles servent pour le calcul des ponts routiers ou de chemin de fer.

Ces équations sont dites « Equations de BRESSE » ou « Equations de NAVIER-BRESSE »

Dans un de ses cours de l’Ecole Polytechnique, dont je possède un exemplaire, il a fait un avant-propos, qui montre l’importance de son approche, pour les constructions métalliques, comme les ponts ou les tours.

Plus tard, il a fait des recherches hydrauliques, en particulier sur la surface libre des cours d’eau. Ceux-là ont été couramment utilisés dans les constructions de barrages, en particulier pour calculer d’avance comment ils modifieront le cours d’eau en amont du barrage.

Il était inspecteur général des Ponts et Chaussées. A ce titre, il a présidé le jury qui a autorisé Gustave Eiffel à construire le viaduc de Garabit. Il a considéré que Gustave Eiffel devait prendre tous les risques financiers.

Il était décédé lorsque Gustave Eiffel a construit sa Tour, mais celui-ci a voulu lui rendre hommage en mettant son nom au niveau du premier étage, avec d’autres savants (mathématiciens, physiciens, chimistes…) beaucoup plus connus comme Ampère, Lavoisier, Laplace, Chaptal, Gay-Lussac, Béquerel, Coriolis, Coulomb, Foucault….

Une bibliographie lui est consacrée sur Wikipédia (je viens de rajouter sa photo) :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Antoine_Charles_Bresse