Paul BRESSE, 4ème partie : ses amitiés et ses passions

Mon père Paul BRESSE      26 février 1891–19 juillet 1973

Par Corinne MOLLIET-BRESSE sa fille cadette, 

Amitiés :

Paul était une personne très sociable, aimant découvrir des personnalités nouvelles, toujours avenant, cherchant à communiquer malgré tout… Je me souviens de certains de ses amis qui comptaient beaucoup pour lui.

Paul s’est lié d’amitié avec deux Rémy; il n’a pas connu et croisé un troisième Rémy, Rémy Molliet, mon fils né en 1981…

Il avait un cousin et ami fidèle en la personne de Rémy BUISSON (1892-1971) dont le père, Charles Buisson, était un cousin d’Emma Bertini. Ce qui fait que Paul et Rémy étaient petits cousins. Rémy avait un chalet à Saint-Nicolas-de-Véroce en Haute Savoie où nous  retrouvions sa famille en été.

J’ai dans la tête un nom : Rémy Boulet. Il aurait été un voisin de la rue Blomet. Peut-être un musicien, peut-être un pianiste, mais je n’en suis pas sûre, mes souvenirs d’enfant sont très imprécis.

Charles LACOMBE (1885- 1965) était le fils de Louise BRESSE, sœur de Francis, père de Paul. Paul et Charles étaient donc des cousins germains. Il a été notaire, juge de paix et maire d’Artas de 1919 à 1935.

Durant sa jeunesse, Paul a eu un ami très cher, le peintre Pierre CHARBONNIER. Il était né à Vienne en 1897. C’était un peintre, un réalisateur et un décorateur.  Il a conçu les décors de la plupart des films de Robert Bresson : « Journal d’un Curé de Campagne » entre autres. Dans ces toiles, le thème de l’eau revient souvent. Le Centre Pompidou possède la « Nature morte aux jarres », et d’autres musées étrangers abritent également ses toiles.

Comme nous l’avons vu précédemment, Pierre CHARBONNIER a été le collaborateur de Jean AURENCHE pour la réalisation de son film « Royaume et Empire du Rhône » en 1927.

Jacques Prévert lui a consacré un poème dont je cite quelques vers :

Paysage
(….)
Le pinceau comme une rame a caressé les eaux
Et les eaux se reforment derrière le pinceau
(…)
Toiles de Charbonnier
Ardents et calmes paysages
Couleur de sang secret
Couleur de chair et d’eau
De joie de vivre séquestrée
Et de rêves volés aux enfants

Toiles de Charbonnier
Où jamais ne transparaît en filigrane en faux trompe-l’œil
Ou en véritable trompe- peinture
L’écriteau des néo-précurseurs :
Prenez garde à la nature.

Les deux amis restaient en lien, partageant leurs projets, leurs succès s’entraidaient.

Pierre Charbonnier lui écrit en 1957 : « Je dessine en ce moment en vue de faire un album sur le Rhône avec un poème de René Char, et j’ai besoin de photos de sa source, de la sortie du Rhône à Genève et des cartes postales seraient de très bons documents. »  

Il a eu un autre grand ami qui a beaucoup compté pour lui, François de Chauvigny qui l’a appelé pour participer à la restauration de son château dans le Loir et Cher. J’ai mentionné précédemment son travail d’architecte dans le paragraphe sur  les commandes qu’il a reçues pour la rénovation de quatre châteaux dont celui de Chauvigny. Une amitié profonde est née entre eux deux, une correspondance et des rencontres ont suivi. Lorsque nous étions enfants, nous avons même fait un séjour en famille dans son château. Nous l’avons revu après le décès de Paul et il nous a promenés dans sa Renault Frégate à travers les rues de Vienne !

 Passions :

Paul avait beaucoup d’intérêts, se passionnait pour ce qui lui tenait à cœur et cultivait ses activités avec patience. Il se tenait très informé de l’actualité, la politique, les affaires de la France, les découvertes scientifiques, et de bien d’autres sujets.

Il a consacré beaucoup de temps à la généalogie : s’attachant aux familles BRESSE et ODIER, il a constitué des arbres généalogiques de ces deux familles. Il obtenait des renseignements par courrier, demandant à consulter les registres des communes, les actes d’état civil et autres documents accessibles. Il se passionnait pour ses lointains ancêtres remontant même jusqu’au XVI ème siècle.                                                                                                                                                                                                                            Il a complété un grand arbre généalogique partant d’Etienne BRESSE (1732-1777), notaire à Villeneuve de Marc; et qui a épousé Louise FONTANEL en 1758. L’arbre comprend toute sa descendance jusqu’à notre génération. Cet arbre aurait été établi par le Général Pierre BRESSE (1891-1941) qui cite également en en-tête certains aïeux d’Etienne BRESSE, citant Pierre Ibert BRESSE, né en 1540.  Paul a écrit cette annotation sur le document lui-même: « Ces renseignements ont été recherchés par le Général Pierre Bresse quand il était à Grenoble et transmis par lui. » On remarque que d’autres membres de la famille se sont intéressés avant lui à la généalogie BRESSE, et que notre cousin Jean-François BRESSE a pris le relais avec beaucoup de précision et de minutie.

Paul s’est aussi attaché à retranscrire des plus petits fragments d’arbre généalogique : concernant Pierre BRESSI (1665-1689), marchand à Artas, ou aussi André BRAISSI son frère (1660-1715) et leur descendance.

(Pour voir en grand, vous pouvez cliquer sur l’image )

Paul mentionne en en-tête du document : « Pierre Bressi ou Bresse, marchand à Artas. Apparaît pour la première fois à Artas en 1668 au baptême de son fils Claude. En tenant compte toutefois de la date de naissance de son enfant Claude (1668) qui pourrait être l’aîné de la famille et de la date sa mort à lui, Pierre Braissi en 1669, on peut placer en 1635 ou 1640 la date de sa naissance. »

Il mentionne uniquement la naissance des cinq enfants de Pierre Braissi : André 1660, Jean 1663, Pierre 1665, Claude 1668 et Marie-Marguerite 1669.

Pour plus de détails sur l’origine de la famille BRESSE, qui viennent de la province de la BRESSE, pour s’installer dans un village d’Artas, situé à environ 4 kms de Saint Jean de Bournay (Isère), vous pouvez consulter l’article précédent : L’origine de la famille BRESSE

Pour la généalogie de la famille BRESSE, jusqu’en 1700, consultez l’article : La famille BRESSE à Artas jusque vers 1700

En 1938, il reprend, complète et met à jour et dessine de sa main un arbre généalogique qui part de Louis TEYNARD vers 1750, et  retrouve ainsi des ancêtres des BRESSE. Il rédige ces annotations en haut de l’arbre:

« Famille Teynard avec les branches Bernard et Buisson. De Louis Teynard et Catherine Cottin vers 1750, d’après le Commandant Paul Buisson en 1907, par Henri Bresse 1907. Mis à jour et complété par Paul Bresse en 1938. »

Sa grande œuvre représente un arbre généalogique qui mentionne un grand nombre de membres de la famille. Paul y fait figurer ses trois enfants Antoine, Anne et Corinne ainsi que ses neveux et cite nos aïeux du XVIII ème siècle, puis remonte même jusqu’à une branche de la famille du XVI ème siècle.

La généalogie complète de la famille BRESSE est disponible sur le site : Généalogie de Jean François BRESSE

Il s’est aussi attaché à la famille de son épouse Ninette : ODIER par son père Charles ODIER, MEYER par sa mère Renata MEYER.                                                                                                                                                                                                              Il a établi et dessiné un magnifique arbre retraçant la famille MEYER de 1351 (Johann  Meyer, Bâle) à Yvan (1941). Hortense Célestine MEYER (1870-1941) était la grand-mère de son épouse Ninette. C’est un arbre, généalogique sûrement, mais un arbre grandiose avec un tronc imposant qui porte l’écusson de Hans MEYER (1580-1639), originaire d’Endingen en Suisse. Hans est situé à la base du tronc, puis les branches de l’arbre se déploient portant des petits écussons ourlés, le talent de dessinateur de Paul se révèle.

Il aimait retrouver les plus lointains ancêtres, remontant encore une fois jusqu’au XVI ème siècle ! En établissant l’arbre généalogique des ODIER, il arrive même jusqu’à un personnage fort lointain qui portait le nom d’ODIER: Antoine ODIER (1698-1745).

On peut dire que sa plus grande passion a été la photographie. Compensant probablement sa surdité, Paul était très visuel, développant sa vision de l’univers qui l’entourait, aiguisant son regard sur toute chose.

Déjà, dans les années 1910, il prenait des photos avec une chambre noire sur des plaques de verre. Il photographiait la famille, les amis. Il devait tirer ces photos lui-même d’après les plaques : leur développement ne nécessite que des produits chimiques : révélateur et fixateur. Nul besoin d’un agrandisseur, puisque le négatif est au format de la photo.

Plus tard, Michel, mon mari a refait des tirages de ces plaques. Il s’est adonné lui-même à la photo, comme un deuxième métier, avec des photos de spectacle, des illustrations de livres sur la frontière, des expositions. Mon cousin, Jean-François m’a dit que c’est Paul qui l’avait initié à la photographie lors de ses passages à St Marcel. Sa fille Laetitia a voulu aussi cultiver cet art qu’elle a étudié à l’Ecole Nationale de la Photographie. Espérons que cette passion transmise perdurera dans la famille…

Quand nous habitions Gaillard en Haute-Savoie, il partait en balade sur les bords de l’Arve et photographiait des chemins, des arbres, des flaques d’eau, des paysages de neige. Cela donnait des photos en noir et blanc contrastées et mélancoliques.

Il aimait aussi beaucoup photographier les feux d’artifice de Genève qui avaient lieu tous les étés dans la rade. En aucun cas nous ne les aurions manqués même s’il fallait faire la queue pour avoir des billets. Nous avons conservé longtemps ces diapositives de bouquets de feux d’artifice, explosions de couleurs.

Malheureusement le temps n’a pas permis de les garder indéfiniment, les composants chimiques s’altérant, détruisant l’image.

Quand il a disparu il a laissé six appareils photo : deux Rolleiflex, deux Focaflex, dernière marque photographique française, et aussi un reflex Canon avec plusieurs objectifs interchangeables.

Il avait aussi fait l’acquisition d’un  petit appareil automatique qui faisait des photos demi-format, le Canon Dial 35. Mon mari, Michel, s’est découvert aussi une passion pour la photographie en utilisant les appareils de Paul…

Et puis il y avait aussi son amour des chats. Nous en avons toujours eu à la maison dès que nous avons quitté l’appartement de la rue Blomet à Paris. Paul voulait toujours les rentrer à l’intérieur de la maison et j’entends encore Ninette lui répéter : « Mais Paum, les chats n’ont pas froid dehors! ». Leurs trois enfants cultivent aussi cet attachement pour les chats !

Paul aimait la nature, connaissait les espèces de plantes, de fleurs, d’arbres. Il avait la main verte et son bureau était rempli de bouture de toutes sortes.

Il était de son temps, très documenté sur l’actualité, les arts, la politique. Il portait une vénération sincère à Charles de Gaulle depuis la guerre. Je me souviens qu’en faisant les courses, on s’arrêtait au bureau de tabac-journaux pour acheter le Monde et le Figaro, et l’Aurore, journal aujourd’hui disparu. La Tribune de Genève, était plutôt pour Ninette toujours très attachée à cette ville ! Paris Match, Sciences et Vie comptaient aussi parmi ses lectures, ainsi que d’autres revues. Il suivait toute l’actualité.

Quelques uns de mes souvenirs en guise de conclusion :

« S’il te plait, dessine-moi un… violon. ». Parfois je m’approchais de lui, penché sur sa planche à dessin et je lui demandais de me faire un dessin… Dessiner quoi ? Un objet, un personnage. Il le faisait volontiers avec tendresse pour sa petite dernière, et je suivais la mine du crayon qui, en petits traits tarabiscotés, faisait apparaître mon souhait. Il illustrait toujours de petits dessins les cartes postales écrites depuis Paris, lors de ses nombreux séjours.

Le dessin était toujours tout petit, mais très détaillé et précis, comme les personnages et les arbres qui illustraient ses plans pour les rendre plus réalistes. Les plans en 3D facilitent maintenant le travail des architectes qui peuvent aisément y rajouter personnages et végétation. Mon frère aîné Antoine se souvient des ribambelles de dessins que Paul collait sur le mur de l’appartement à Paris.

A ma demande, il façonnait à table de petits animaux en mie de pain quand nous étions à table. Le pain était blanc et sa mie pétrie avec une goutte d’eau était aussi malléable que de l’argile…

J’étais fascinée par son habileté et je voyais la petite bête prendre forme sous ses doigts. Je la conservais longtemps…

Le calque était pour nous un papier très particulier, spécial : une matière grise, cassante, transparente et opaque à la fois. On ne dessinait pas dessus, on n’y écrivait pas non plus… Pourtant j’en récupérais les chutes des plans. Je me souviens avoir fabriquer des « diapos ». Paul m’avait donné les cadres en carton de ses diapos qu’il mettait dans des cadres de plastique, plus rigides et pouvant passer dans la visionneuse ou un projecteur. Dessinant des petits motifs sur calque, et les collant dans ces cadres en carton, j’avais créé mes propres diapos ! Un autre souvenir m’est présent à l’esprit. La maîtresse d’école nous avait demandé d’apporter du papier transparent, celui qui était à l’intérieur de l’emballage des plaques de chocolat à l’époque ! J’avais apporté, moi, un morceau de papier calque, créant l’étonnement de toute la classe !

Donc Paul dessinait sur papier calque avant de pouvoir « tirer les plans » sur papier ordinaire.

Je pense que le calque transparent était nécessaire pour retranscrire des morceaux de plans déjà effectués, des parties à reporter. Cela me fait penser aux dessinateurs de BD ou de dessins animés. Avant les applications possibles en informatique d’aujourd’hui !

Anne me racontait qu’elle était la préposée au collage des calques sur la planche à dessin. Il n’y avait à l’époque, ni scotch, ni papier adhésif de carrossier ou tapissier…. Paul se servait de rouleaux de papier beige, sorte de papier kraft qu’il fallait coller. Il utilisait une toute petite casserole qu’il mettait sur le feu de la cuisinière pour fabriquer de la colle blanche avec de l’eau et de la farine, ou peut-être de la farine de poisson… Cela ne réjouissait pas Ninette de le voir œuvrer devant le fourneau de la cuisine !

Paul était un spécialiste des crayons en tout genre. Il utilisait des crayons et porte mines graphite pour son travail. A la gare Cornavin de Genève, quand nous allions le chercher à son retour de Paris, nous restions de longs moments ébahis devant la vitrine de Caran d’Ache avec ses petits hérissons animés ! La plus grande boîte de crayons de couleur en comportait 30 ! J’ai eu le plaisir d’en recevoir une quand j’étais enfant…

Il avait ramené de Paris un cadeau pour Antoine : le premier Bic, stylo bille rétractable. Il avait aussi rapporté à la maison le premier stylo feutre à l’odeur entêtante et même un jour un tout nouveau fromage : le « Caprice des Dieux ! » à la saveur alléchante !

La fumée de sa pipe l’auréolait toujours, l’odeur de son tabac parfumé au miel l’imprégnait. Il faisait des ronds de fumée qui nous enchantaient…

Corinne Molliet-Bresse

Paul BRESSE, 1 ère Partie : Sa vie

Paul BRESSE    26 février 1891 – 19 juillet 1973

Laurent, Paul, Eugène BRESSE, né le 26 février 1891, était le fils de Louis-François BRESSE et de Emma Octavie BERTINI, voir les articles précédents.

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Françoise (1887-1860), qui a épousé Paul SAUTREAUX (1885-1928), médecin

Henri-Octave (1888-1915), ingénieur des Mines, qui a été tué pendant la guerre de 14-18

Louise-Madeleine, dite Madeleine (1889-1981) qui a épousé Pierre GARDON (1884-1979) Juge de Paix

Laurent, Paul, Eugène (1891-1973) architecte qui a épousé Antoinette Marie ODIER-MECKLING (1915-1983)

Jean Louis Félix Gabriel (1894-1982) qui a épousé Madeleine Marie SEVE (1903-1943), puis Suzanne Elisabeth HENRY (1911- 2000)

Les 5 enfants, avec de gauche à droite : Françoise, Jean, Paul, Henri, Madeleine. Photo colorisée par Jean-Claude FINAND

Corinne Molliet-Bresse, fille cadette de Paul BRESSE a rédigé la biographie de son père en mai 2021. Les textes qui suivent en sont des extraits que je publie en collaboration avec elle.

Antoine, Anne et Corinne, les enfants de Paul BRESSE, sont mes cousins germains, puisque Paul BRESSE était le frère de mon père Jean BRESSE. 

Jean François BRESSE

Plan des publications :

  • 1 ère partie : sa vie
  • 2 ème partie : sa carrière d’archéologie
  • 3 ème partie : sa carrière d’architecte
  • 4 ème partie : ses passions, ses amitiés

Enfance et jeunesse

Jusqu’à ses douze ans, Paul vit une vie de famille équilibrée et animée dans la grande maison de St Marcel, entouré de ses parents et de ses quatre frères et sœurs.

Son père, Francis BRESSE est avoué et maire de Vienne. Il dirige la maisonnée avec une bienveillante autorité. Sa mère, Emma BERTINI, venait d’une famille de musiciens : son grand-père Henri BERTINI (1798 Londres – 1876 Meylan, près de Grenoble), fut un pianiste virtuose, compositeur de musique, laissant une œuvre préromantique d’environ 500 morceaux dont de nombreuses compositions pour piano. Voici ce qu’en dit Wikipédia : http://en.wikipedia.org/wiki/Henri_Bertini

La surdité : Un handicap ? Une infirmité ?

Paul Bresse était sourd depuis l’âge de douze ans, en 1903 : une surdité totale, définitive, survenue après une série d’otites à répétition.

On parle souvent de l’isolement provoqué par la surdité qui supprime l’environnement sonore, les bruits du monde… Son père Francis y a été sensible, mesurant les difficultés que Paul allait rencontrer dans sa vie d’écolier, d’étudiant, de travailleur, mais aussi sa vie sociale et amoureuse. Il lui a fait apprendre la lecture labiale. Francis s’est beaucoup impliqué par la suite dans des œuvres sociales d’entraide. Il a organisé durant la guerre de 14-18 des secours aux militaires et blessés. Francis BRESSE a été élu Conseiller Général au Département de l’Isère, en 1910 jusqu’en 1928. Il était au Parti Radical Socialiste. Il a eu diverses implications : « Président de la Caisse Agricole Mutuelle du Dauphiné, Président des Pupilles de la Nation, Président du Comice Agricole Bon Marché de Vienne, Vice-président de la Commission des Hospices de Vienne ; il a aussi créé le sanatorium de Seyssel.»

Francis recherche une personne pouvant aider Paul. Il est indéniable qu’il n’a pas pu continuer à fréquenter la classe de l’école secondaire du lycée de Vienne. Il a donc eu une préceptrice, Madame Dupin. On se demande quelle méthode elle a employée pour apprendre à Paul à lire sur les lèvres. Par l’observation des lèvres de l’interlocuteur, qui lui-même doit s’efforcer de bien articuler les syllabes, la personne sourde s’appuie aussi sur la suppléance mentale de son cerveau qui est capable de reconstituer la conversation. Paul est persévérant et courageux. Il le montrera toute sa vie.

Pour Paul, la communication avec les autres restait difficile. Il n’était, heureusement, pas sourd de naissance, il a entendu pendant 12 ans, mais son élocution était devenue étrange, beaucoup de personnes ne le comprenaient pas; j’ai entendu cette remarque bien souvent, ce qui me peinait. Il percevait des vibrations. Paul chantait ! : « Ma cabane au Canada ». Bien sûr, il n’avait pas pu l’entendre sur les ondes avant ses douze ans, puisque Louis Gasté l’a composée pour Line Renaud en 1947… Les orthophonistes ont essayé à plusieurs reprises de l’appareiller, mais cela était trop inconfortable pour lui, les appareils installant des bruits bizarres et des bourdonnements. Imaginons des acouphènes en permanence, des sons distordus, un brouhaha sonore… Petit, il s’est construit comme tous les autres enfants dans une grande famille de sept personnes. Je suis sûre que tout de suite, il a relevé le défi de cette surdité survenue brusquement, s’est accroché à ses apprentissages jusqu’au BAC. Puis il a fait de brillantes études d’architecte, réalisé des travaux passionnants et reconnus. Nous le verrons plus loin. Il a oublié les moqueries, les discriminations. Bien sûr il vivait dans le silence, l’environnement sonore d’une maison avec une vie de famille animée lui était étranger, les paroles et les mots spontanés, les interpellations à distance de Nine, son épouse et de ses trois enfants, restaient impossibles. Dans sa profession d’architecte, il était absent des réunions, des rencontres de chantier : il a toujours dû travailler avec un architecte associé.

Mais voilà, la communication restait un peu difficile avec Paul, puisqu’il fallait toujours se placer face à lui et bien articuler pour se comprendre : la discussion demandait de la patience, de la concentration, limitait la spontanéité des mots et phrases lancés. En famille, nous le comprenions bien, même si le son des mots qu’il prononçait était déformé. Mais j’ai côtoyé grand nombre de personnes qui avaient du mal à saisir ce qu’il disait. Et bien sûr nous parlions avec nos mains, inventant même des signes imagés. Nous, ces trois enfants, sommes restés très expressifs dans nos conversations toujours rendues, à ma grande joie, très vivantes.

Paul était un être très sociable, recherchant l’échange et le contact, très apprécié de tous, avec de nombreux amis. Nous rendions visite aux membres de sa famille à Lyon, Vienne ou à Artas. Nine, notre mère, était très liée à sa famille de Genève. Nous nous fréquentions beaucoup. Lors des visites, réunions de famille et repas, séjours dans les chalets du Salève, tous reconnaissaient son parcours si intéressant, son courage et son talent.

J’ai souhaité faire un petit détour sur cette polémique autour de la surdité et des enseignements existants au début du 20ème siècle pour que les enfants sourds puissent apprendre et grandir.

La langue des signes a été interdite pendant des décennies, depuis 1880 par le Congrès de Milan regroupant 255 participants, éducateurs et spécialistes de l’enseignement pour enfants sourds. Ces personnes avançaient leurs arguments en faveur du langage oral en affirmant que les enfants sourds devaient impérativement apprendre à parler. Le compte-rendu de séance relève les avis des opposants à la langue des signes :

« Le langage mimique est surabondant et parle trop vivement à la fantaisie et à l’imagination. »

« La méthode orale convient mieux à l’instruction religieuse. Il faut rendre les sourds-muets à Dieu. »

« Les élèves sourds sont plus physiologiquement humains depuis que nous les élevons par la parole. »

La langue des signes, liée à l’expression corporelle, est considérée alors comme inconvenante, puisqu’elle accentue l’expression du visage en lien avec la gestuelle des mains.  Bien évidement les mimiques sont nécessaires pour compléter le sens de la phrase.

Un préjugé terrible affirmait, à l’époque, que les sourds muets ne pouvaient pas avoir une intelligence développée. Certains les traitaient même de « sauvages » ! ?

Pendant 100 ans, la langue des signes se voit donc interdite !

En 1980, un siècle plus tard, surgit « Le Réveil Sourd »: écrivains, journalistes, linguistes, sociologues travaillent à la requalification de la langue des signes. Jean Crémion crée une association : « deux langues pour une éducation », et  un centre social et culturel pour sourds.

En 1991, la langue des signes est réintroduite dans les écoles: c’est la fin de l’obligation d’enseigner la méthode orale et les parents peuvent choisir une éducation orale ou bilingue, en y associant la langue des signes qu’ils apprennent également.

En 1993, Emmanuelle Laborit, sourde de naissance, reçoit le Molière de la révélation théâtrale pour son rôle dans « Les Enfants du Silence. » Elle avait rencontré en 1976, à l’âge de 7 ans, Alfredo Corrado, acteur et metteur en scène sourd. Il avait créé l’International Visuel Théâtre des sourds à Vincennes où Emmanuelle Laborit a appris le métier de comédienne après son BAC. Puis, plus tard en 1994, souvenez-vous, elle nous a enthousiasmés avec son livre  « Le Cri de la Mouette ».

Le métier d’interprète en langue des signes est validé par un diplôme. La reconnaissance avance… Les sourds communiquent plus aisément.

En 2005, la langue des signes est reconnue comme une langue à part entière

On reconnaît maintenant combien elle peut créer un véritable moyen de communication, de parole pour les sourds. Il suffit de suivre un discours politique, un exposé, à la télévision traduit simultanément en langue des signes, pour se rendre compte que tout peut être dit, exprimé avec cette langue, jusqu’aux  textes les plus ardus. Et nous regardons fascinés la gestuelle si rapide et précise des interprètes !

Etudes

Paul est né et habitait à Vienne. Il y a été écolier puis lycéen. A douze ans, Paul devint sourd, mais il a poursuivi sa scolarité secondaire dans les meilleures conditions.

On peut penser qu’on riait de sa peine et bien souvent on se moquait de lui. Ses parents lui donnèrent l’appui dont il avait besoin en la personne de Madame Dupin de Bagnols. Cette dame lui a servi de professeur, de préceptrice. Paul a pu poursuivre sa scolarité jusqu’au baccalauréat. Il est entré à l’Ecole des Beaux Arts de Paris, puis de Montpellier où il a obtenu un diplôme DPLG : architecte urbaniste « Diplômé Par Le Gouvernement. »

Sur ses plans et courriers divers, Paul signe et se définit comme « architecte-archéologue » ou « architecte-urbaniste » ou encore « architecte-décorateur. »

Par la suite, est-il allé étudier à la Villa Médicis de Rome ?  Il a fait un séjour à Rome de 1921 à 1923. Crée en 1666 par Louis XIV, cette institution, Académie de France à Rome, accueille, encore de nos jours, pour une année, des artistes de différentes disciplines : entre autres, un secteur « Restauration des œuvres d’art et des monuments ». Il a effectué des séjours à Pompéi et à Rome. Très tôt, il s’est passionné pour l’archéologie comme ses travaux à Vienne le montrèrent par la suite.

Guerre de 14-18

Le Conseil de Révision exempte Paul de partir au front en raison de « surdité- mutité ».

Non Mobilisable. Il aurait cependant été présent sur le front quelques temps puisqu’il racontait que n’entendant ni les balles, ni les tirs d’obus, il faisait « comme les autres », se plaquant au sol ou fuyant ventre à terre… Une balle aurait même une fois lacéré son pantalon sans toucher sa jambe !

Paul s’est engagé comme infirmier-brancardier à l’Hôpital Complémentaire n°2 de Vienne, de septembre 1914 à décembre 1917.

Tous les hommes de son âge étaient mobilisés : Henri et Jean ses frères, Paul SAUTREAUX, le mari de sa sœur Françoise, mobilisés en tant que médecin, Charles LACOMBE, Charles BUISSON, ses oncles. Une importante correspondance arrivait à la maison de Saint Marcel à Vienne.

Des échanges de courrier émouvants et affectueux essayaient de combler l’angoisse de savoir les hommes au front, en première ligne dans cette guerre si meurtrière.

Son frère Henri, ingénieur des Mines, lieutenant au 1er Régiment d’Artillerie Lourde fut tué par un éclat d’obus le 12 mai 1915 au Mont St Eloi. Il écrivait à Paul resté à Vienne, employé comme infirmier à l’hôpital :

« Le moindre petit mot fait ici plus de plaisir que nulle part ailleurs. » ou alors : « Je sais que tu continues l’œuvre admirable qui t’occupe depuis le début : c’est toi qui a la part la plus ingrate. » Lettre du 24 avril 1915. Ou encore il envoyait à son frère ces paroles de réconfort : « Tu es aussi utile à Vienne qu’au front. » Dans une de ses lettres, Henry demande qu’on lui envoie sa blague à tabac et du papier pour écrire…

Une correspondance suivie s’était établie aussi avec son frère Jean, caporal, qui, lors de la mort d’Henri, leur frère aîné, lui écrit avec émotion et tristesse. J’ai relevé certains fragments de ses lettres :

« Notre frère est mort de la plus belle mort qui puisse être. » Henry faisait partie du 1er Régiment d’Artillerie Lourde, responsable de canons à courte portée.

« Je n’oublierai jamais que j’ai un frère à venger. »

« Demain une messe est célébrée pour les morts du 99ème régiment, j’y prierai pour notre brave Henry. »

« Quand donc pourrons-nous voir les Boches déguerpir devant nous ? »

« J’ai besoin d’un peu de galette pour l’arrosage des galons. »

« Je suis très content de mes poilus. »

« On suit avec impatience les succès russes et on espère bientôt la formidable offensive anglaise. »

Et puis, plus énigmatique :

« Tu recevras un petit rouleau. » Ou alors : « J’attends le résultat de mon petit envoi, peut-être ne seront-elles pas très bien à cause du mauvais temps. » De quoi s’agit-il ? De photos bien sûr ! Paul devait faire développer les rouleaux de pellicules que Jean lui envoyait. Déjà la passion de la photographie !

Et aussi avec l’affection d’un frère, Jean le sermonnait :

« Il faut que je te remonte un peu, on n’a pas idée de voir tout en noir comme toi. »

« Il ne t’est pas permis comme nous de venir combattre, mais n’oublie pas le rôle que tu remplis à Vienne. »

Enfin la victoire ! Une carte postée le 11 novembre 1918 fait dire à Jean : « Un jour qui comptera dans l’histoire du monde. » Assurément !!!

Madame Dupin de Bagnols lui écrit ces mots magnifiques en 1916 :

« Les infirmiers qui, comme toi savent panser les blessures du corps, mais qui trouvent aussi un peu de baume réconfortant pour les pauvres cœurs brisés et malheureux. »

Son action, en tant que résistant pendant la guerre de 39-45

Paul BRESSE s’engagea dans le mouvement de la Résistance de novembre 1941 à septembre 1944. Dès 1941, il organisa un groupe de Pré-résistance à Vienne : « Les Amis des temps Nouveaux », dont le chef était l’Abbé Tenard de l’Institution Robin.

Stanislas Fumet a très bien résumé son engagement en lui remettant l’attestation suivante en décembre 1945 :

« C’est l’esprit de résistance de Temps Nouveau qui l’avait séduit. Nous faisions alors de l’anti-collaborationnisme assez peu déguisé et la lettre de Paul Bresse m’avait fait comprendre qu’il était, lui aussi, dès cette époque, un patriote réfractaire à l’esprit que Vichy essayait de faire régner en zone dite libre. »

Paul Bresse s’est occupé très activement de la diffusion de « Témoignage Chrétien » dont le chef à Lyon était le Colonel Rémy. Il a fait plusieurs liaisons de Vienne à Paris en passant la ligne de démarcation en fraude. Il diffusait également des Communiqués de Radio Vatican.

Il était membre de la Section Franc Tireur n°6, son nom de résistant était Humulus.

Pourquoi Humulus ? Que ce nom évoquait-il pour lui ?  C’est probablement une référence à « Humulus le Muet », comédie de Jean Anouilh et de Jean Aurenche, saynète écrite en 1939.

Paul connaissait Jean Aurenche pour avoir été son collaborateur sur un film documentaire « Royaume et Empire du Rhône » en 1927. J’y reviendrai plus loin.

Une attestation du Mouvement de Libération Nationale, signée de Jean-Roger Guichard témoigne de son engagement et des responsabilités assumées : « Paul Bresse, Franc Tireur section 2, s’est occupé de la diffusion de la presse clandestine de novembre 1942 à Août 1944, il faisait circuler les parutions de : Temps Présent, Temps Nouveau, Position, Radio Vatican et Témoignage Chrétien. ».

En août 1944, il rejoint la Défense Passive de Vienne, résistance organisée dans la retraite des armées allemandes. A ce titre il a été chef d’équipe de cette Défense pour le déminage du Pont Saint-Cenis de Vienne.

En septembre 1944, le chef de liaison de la Défense Passive de Vienne, Monsieur Pellet, lui délivre un laissez-passer pour visiter les immeubles sinistrés pour un secours immédiat.

Il est autorisé à circuler librement, en vélo par une attestation des Forces Françaises de l’Intérieur. Il avait un laissez-passer pour sourds, brassard avec bandes jaune et blanche, considéré comme infirme sourd-muet, attesté par un certificat médical. Il jouait de son élocution déformée pour se faire passer pour « débile » devant les allemands…Il avait appris  et leur répétait en allemand: « Ich bin taub », ce qui signifie : « Je suis sourd. »

Vie de famille et lieux de vie

Paul BRESSE s’est marié le 2 novembre 1945 (à 54 ans) avec Antoinette, Marie ODIER (30 ans) que l’on appelait  Ninette ou Nine.

Vienne et Genève. Il y avait un lien entre ces deux villes, un lien qui est devenu un amour…

Antoinette ODIER était orpheline de mère depuis sa naissance en 1915. Son père, Charles ODIER, éminent neuropsychiatre dont la biographie existe sur Wikipédia : Charles ODIER

Charles ODIER s’était remarié en 1929 avec Ilse Loebel, veuve de Jules RONJAT, cousin très éloigné de Paul BRESSE. Il était linguiste, docteur ès lettres, spécialiste de la langue d’Oc. Il a travaillé pour l’Université de Genève et était membre du Félibrige, cette association fondée en 1854 qui œuvrait pour la restauration de la langue provençale, la sauvegarde de la culture et de l’identité des pays de langue d’Oc. La biographie de Jules RONJAT (1864-1925)  qui est né à Vienne, est aussi sur Wikipédia : Jules RONJAT

Paul savait le provençal, lisait « Mireille » de Mistral. C’est par son intermédiaire que Ninette et Paul ont été présentés.

A la libération, Ninette et Paul se sont retrouvés à Paris. Ils habitaient un petit appartement au 8 de la rue Blomet (voisins de Simone de Beauvoir et de Jean-Paul Sartre qui logeaient quelques numéros plus loin). Trois enfants sont nés : Antoine en 1946, Anne en 1948 et Corinne en 1950.

C’était le Paris d’après-guerre, le quotidien était difficile : cartes d’alimentation pour obtenir les denrées de base, pénurie de charbon, coupures d’électricité… Mais Paris revivait et Ninette nous a raconté bien souvent combien elle a aimé cette vie à Paris. Elle déambulait avec ses trois enfants dans tous les quartiers, Antoine sur son tricycle, Anne debout sur le marchepied de la poussette où dormait Corinne ! Dans le salon de l’appartement, Paul dessinait ses plans sur une immense planche à dessin, comme dans tous les logements où nous avons habité.

En 1954, le père de Ninette étant malade, toute la famille est partie habiter à Vernand dans le canton de Vaud en Suisse. Séparé d’Ilse Loebel, Charles ODIER vivait avec Germaine GUEX, psychanalyste. Nous habitions une belle et grande maison avec jardin. Malheureusement Charles ODIER est décédé et nous avons déménagé à Lausanne dans une maison locative, Germaine GUEX, psychanalyste s’est installée au premier étage dans un appartement où elle recevait ses patients, et nous au troisième étage sous les toits. Paul avait un bureau avec comme toujours une immense planche à dessin et des rouleaux de calque entreposés partout.

En 1959, retour en France ! Paul voulait un enseignement français pour ses enfants… Mais il y avait une autre raison à ce déménagement : Ninette se rapprochait ainsi de sa famille installée à Genève. Nous habitions une villa à Gaillard tout près de la frontière suisse et de Genève où le tram 12 nous amenait depuis la douane. Ninette avait hérité de son père d’une Peugeot 203; c’était l’occasion de passer le permis de conduire, Paul ne conduisant pas.

Durant toutes ces années, l’appartement de la rue Blomet était toujours prêt à accueillir Paul qui travaillait avec des associés établis à Paris. Il y faisait de longs séjours pour son travail, effectuant la plupart du temps ses trajets en avion. Il a même volé dans la Caravelle, et s’est trouvé une fois assis à côté de Charlie Chaplin ! Nous nous rendions fréquemment à Paris dans la 203, avec Ninette au volant : elle avait la nostalgie de Paris, Lausanne n’étant pas aussi attractive et vivante…Heureusement qu’il y avait les bateaux à aube du Léman pour faire la traversée Lausanne-Evian pour respirer, non pas l’air du large du lac, mais un peu de la France en rapportant des sucettes Pierrot-Gourmand !

Dans tous les logements que nous avons habités, petits ou plus spacieux, Paul avait son bureau. C’était une priorité pour qu’il puisse travailler, dessiner sur une immense planche à dessin couverte de calque. Il possédait bon nombre de magnifiques porte-mines, affûtés, réglables, que nous n’avions pas le droit de toucher, de glisser dans notre trousse d’école ! Il avait des règles aussi, des droites, en bois, en métal, des courbes aussi : oui, des règles courbes, c’est surprenant ; pourtant je possède encore ces formes de bois vernis qui permettaient de tracer des courbes différentes. Ainsi que son T et son équerre d’architecte. Il écrivait les légendes de ses plans avec des chablons, calibres en plastique orange qui proposaient toutes sortes de caractères. Mais pas autant qu’en propose aujourd’hui la police de nos ordinateurs !

Fin de vie et sa mémoire à Vienne (Isère)

Paul BRESSE est décédé le 19 juillet 1973, à l’âge de 82 ans. Il a été enterré au cimetière de Gaillard en Haute Savoie, son dernier lieu de vie. Une messe a été dite ce jour-là par son neveu Michel, prêtre, fils de son frère Jean.

Antoinette, son épouse, décédée le 31 août 1983 a également été enterrée au cimetière de Gaillard.

Actuellement une urne commune contenant leurs cendres est entreposée au colombarium du cimetière.

Paul a toujours été très attaché à la ville de Vienne, la ville de son enfance, son lieu d’accueil pendant les 2 guerres, et il s’est passionné pour ses vestiges romains.

Je dois probablement mon deuxième prénom, Blandine, à la colline Ste Blandine qui surplombe la ville.

Une rue de Vienne porte son nom : rue Paul BRESSE. Dès 2004, André HULLO, conseiller municipal en charge du patrimoine et président de la Société des Amis de Vienne, est à l’origine de cette dénomination. En 2007, le panneau « Rue Paul BRESSE » est apposé aux extrémités d’une voie délimitée par le « Cours Verdun » et la « Rue Francisque CHIRAT » d’une longueur de 75m. Simultanément, une autre rue est baptisée « Rue Jules RONJAT » : elle est délimitée par la « Rue Paul BRESSE » et la « Rue Emile Romanet ».

Corinne et Anne-Sylvie devant la pancarte de la rue Paul BRESSE à Vienne

Suzanne BRESSE, petite-fille de Jacques Antoine Charles BRESSE, qui a épousé Jean MARS devenu Général

Cet article a pu être écrit grâce à l’aimable participation de Patricia MARS, petite fille de Jean MARS, et de son époux, Bernard de la TULLAYE.

Dans l’article précédent sur les descendants de Jacques Antoine Charles (JAC) BRESSE, nous avons vu que le fils unique de JAC BRESSE, Charles François Marcel BRESSE et Gabrielle BELLOM (1867-1941) ont eu 5 enfants :

  • Claire Marie Suzanne (1888-1957) qui a épousé Jean MARS (1878-1946). Ils ont eu 10 enfants
  • Amédée Charles Pierre (1891-1989) qui a épousé Geneviève BRIERE (décédée en 1941) sans enfants
  • Madeleine (1892-1943) religieuse Saint Vincent de Paul
  • Germaine (1895- ), religieuse de l’Assomption
  • Jacques (1898- ?) qui a épousé Nicole GIRAULT. Ils ont eu 2 enfants : Jean Pierre (1941- ) et François (1945- )

Claire Marie Suzanne BRESSE est née à Chalons/Marne le 25 Septembre 1888.

Elle s’est mariée le 2 Octobre 1911 avec Jean MARS, né le 10 Septembre 1878 à Châteauroux (Indre).

Carrière de Jean MARS devenu Général de Brigade

Jean MARS fait ses études au lycée de cette ville, puis à partir d’Octobre 1895, au Collège Stanislas à Paris

Entrée à l’Ecole Polytechnique en 1899

Il en sort en 1901 avec le rang de 52ème sur 218 et choisit l’Artillerie.
Il est sous-lieutenant élève à l’Ecole d’application de Fontainebleau d’Octobre 1901 à Octobre 1903, date où il est promu lieutenant.
Il obtient comme première garnison, le 40ème régiment d’artillerie à SAINT-MIHIEL (ville du Nord-Est de la France, située sur la Meuse, en Lorraine).
En Octobre 1905, il va suivre pendant 1 an les cours d’équitation à l’Ecole de Cavalerie de SAUMUR et obtient la mention « assez bien »
A la sortie de Saumur, il revient comme lieutenant aux batteries à cheval de SAINT-MIHIEL, puis un an après à celles de STENAY (commune française située dans le département de la Meuse, en région Grand Est).
Le 25 Septembre 1909, il est muté au 25ème Régiment d’artillerie (CHALONS).
Le 25 Décembre 1910 au 28 ème à Vannes, comme commandant de batterie.
Le 25 décembre 1911, il passe Capitaine sur place, enfin le 20 Mai 1914 il est nommé au MANS, commandant de la 8ème batterie du 31ème Régiment d’artillerie.

Guerre de 14-18

C’est à la tête de cette 8ème batterie du 31ème qu’il commence la guerre de 1914, et c’est avec ce Régiment, comme commandant de batterie, puis comme commandant de groupe qu’il va faire toute la guerre, en y accumulant 6 blessures et 4 citations.
Le 4ème Corps d’Armée, auquel appartient le régiment, combat tout de suite à la bataille des frontières.
Le 31ème est à VIRTON (ville francophone de Belgique située en Région wallonne et en Ardenne belge).
Puis c’est la retraite, suivie de la BATAILLE de la MARNE, puis de l’AISNE.
Le capitaine MARS est blessé une 1ère fois le 16 Septembre 1914 par une balle de shrapnell à la tête, puis une 2 ème fois le 24 Septembre 1914 d’une balle à l’épaule gauche.
Le 26 Octobre 1914 il est cité à l’Ordre la 2 ème Armée :
«Blessé une première fois a conservé le commandement de sa batterie, jusqu’à ce qu’une deuxième blessure l’ait mis dans l’impossibilité de commander».
Le 20 Décembre 1914, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur pour ces faits de guerre.
Il est soigné de sa blessure à PARIS 75008 (Hôtel Astoria), puis rejoint le dépôt du Régiment au MANS et vers le 15 Octobre est revenu à sa batterie au front.
Il passe l’hiver dans la région de MONTDIDIER, puis le Régiment est dirigé sur LA CHAMPAGNE (où il passera presque tout le reste de la guerre et d’abord AUX MONTS DE CHAMPAGNE, puis dans la région TAHURE-MASSIGES, PERTHES-les-HURLES.
Le 15 Juillet 1915, le Capitaine MARS est blessé une 3ème fois (éclat d’obus au coude droit), et une 4ème fois le 28 Septembre.
Il est soigné à l’hôpital de Recouvrance à Saintes du 1er au 25 Octobre, retourne au front le 10 Décembre.
Le 15 Novembre de la même année, il est cité à l’Ordre de la Division (2ème citation)
«A montré beaucoup de crânerie à son poste d’observation bombardé violemment les 27 et 28 Septembre 1915. Y a été blessé ».
En 1916, le Régiment participe aux grandes batailles de VERDUN : dès le début, aux JUMELLES d’ORNES, puis au moment des attaques les plus dures sur DOUAUMONT et VAUX.
Le 21 Septembre 1916, le Capitaine MARS prend le commandement du 2ème Groupe et est promu chef d’escadron à titre temporaire.
Revenu en CHAMPAGNE, dans les régions des MONTS, du MASSIF DE MORONVILLIERS, de la CHAUSSÉE ROMAINE, il participe à l’offensive d’Avril 1917 et est l’objet d’une nouvelle citation le 11 Juillet 1917, à l’ordre du 17ème Corps d’Armée pour sa belle conduite du 3 au 25 Mai(3ème citation)
«Officier supérieur d’une bravoure à toute épreuve, payant constamment de sa personne, insouciant du danger. Du 3 au 25 Mai 1917, a maintenu par son exemple le moral de son groupe: a pu remplir à la satisfaction de tous, les diverses missions qui lui étaient données, malgré le bombardement incessant de l’ennemi et les pertes élevées. Blessé légèrement le 4 MAI (5ème blessure) n’a pas voulu interrompre son service un seul instant, ni se faire soigner ».
En 1918, la Division, subit encore le 15 Juillet, près de CHÂTILLON sur MARNE, la grande attaque allemande de la région de REIMS (2ème bataille de la Marne).
Le Commandant MARS y est blessé une 6ème fois (blessure par balle au genou) et est cité le 24 Août suivant à l’Ordre de la 5ème Armée (4ème citation)
« Officier supérieur des plus remarquables et doué des plus belles qualités de bravoure, d’énergie et d’allant. Le 15 Juillet 1918, étant dans un P.C. très avancé et à proximité des deux colonels d’Infanterie qu’il était chargé d’appuyer, a assuré lui-même, la liaison avec ces deux colonels, traversant à chaque instant, une région des plus violemment bombardée. A été blessé d’une balle au genou en se rendant au P.C. d’un de ces colonels pour lui communiquer des renseignements urgents, alors que les abords du P.C. étaient déjà occupés par l’ennemi. N’a consenti à se laisser évacuer que sur l’ordre formel du médecin, après achèvement de la mission dont il était chargée ».
Dès sa guérison, à l’hôpital de LYON (Desgenettes) et après quelques jours de convalescence à Fontainebleau (Stucken), il reprend son commandement (fin Août).
Puis c’est l’offensive française finale de 1918, qui amène le Régiment dans la région de CHARLEVILLE.

Suite de la carrière militaire avant la guerre de 39-45

La guerre finie, rappelé à l’intérieur en Mars 1919, le commandant MARS, après un stage de quelques semaines, à l’Inspection du Matériel de la 10ème Armée à FAGNIERES, près de CHALONS, est nommé Inspecteur du Matériel d’Artillerie de l’Armée du Rhin, et arrive à MAYENCE (ville allemande située sur la rive du Rhin) le 22 Juillet 1919.
Le 25 Septembre, il est promu chef d’escadron à titre définitif ;
Le 16 Juin 1920, il est nommé Officier de la Légion d’Honneur, pour l’ensemble de ses faits de guerre.
Le 20 Janvier 1921, il est affecté à PARIS, au Ministère de la Guerre (Direction de l’Artillerie), puis à la section technique de l’Artillerie où il est chargé jusqu’en 1927, du Service des Munitions. A ce titre, ayant à traiter avec divers gouvernements étrangers, il reçoit :
– L’Ordre du Mérite Militaire Espagnol (1926)
– L’Aigle Blanc de Pologne « Bene Merentibus » (1924)
– L’Ordre de Saint Sava de Serbie (1926)
Le 25 Mars 1927, il est promu Lieutenant-Colonel et le 10 Mai est affecté comme Commandant en Second au 401ème Régiment de D.C.A. à ROMAINVILLE.
Le 9 Février 1930, il reçoit le commandement du 402ème Régiment de D.C.A. à METZ.
Il y passe Colonel le 25 Septembre 1930 et commande ce Régiment jusqu’en Mars 1932.
En outre à partir du 10 Juillet 1931, il organise, puis dirige le Cours Pratique de D.C.A. à METZ, jusqu’au 10 Mars 1936.
A cette occasion il reçoit la décoration de :
– Commandeur du Lion Blanc, avec épée, de Tchécoslovaquie (1934)
Le Colonel MARS est nommé Général de Brigade le 10 Mars 1936.
Le 29 Mars, il prend le commandement de l’Artillerie de la 16ème Région à MONTPELLIER, puis sur sa demande, à partir du 17 Mai 1937, celui de l’Artillerie de la 5ème Région à ORLÉANS.
Le 10 Juillet 1938, il est nommé Commandeur de la Légion d’Honneur.
Le 10 Septembre 1938, atteint par la limite d’âge de son grade, il est placé dans la section de réserve de l’État-major général de l’Armée.

Guerre de 39-45 et fin de sa carrière militaire

Le 3 Septembre 1939, à la mobilisation, il est affecté comme commandant de la D.C.A. du 1er Groupe d’Armées, à l’État-major des Forces aériennes de ce Groupe d’Armées.
Il quitte PARIS le 3 Septembre pour VERSAILLES et prend son commandement à NANCY le 8 Septembre.
Le 11 Octobre, il est, comme les autres officiers généraux du Cadre de Réserve, remis à la disposition du Ministre, sans emploi.
Lors de la Libération au début de 1945, il s’adresse au général de Gaulle pour lui demander un Commandement, fût-ce même sans solde et avec un grade inférieur à celui de général. Mais le général de Gaulle lui fait répondre, que le Gouvernement, tout en le félicitant, ne peut donner suite à cette demande.

Sa carrière militaire se résume en:

  • 41 années de services
  • 10 Campagnes
  • 4 Citations
  • 6 blessures
  • la cravate de Commandeur de la Légion d’Honneur,
  • la Croix de Guerre avec 2 palmes et 2 étoiles et divers Ordres étrangers.

 Le général MARS est décédé à PARIS, à l’Hôpital Militaire du Val-de-Grâce le 30 Novembre 1946. Il fut inhumé le 4 Décembre 1946 au cimetière du Père Lachaise.

Photos de Jean MARS

Jean MARS en lieutenant en 1910 à Vannes

Jean MARS pendant sa retraite

Vie privée de Claire Marie Suzanne BRESSE et de Jean MARS

Suzanne BRESSE s’est mariée le 2 Octobre 1911 avec Jean MARS, né le 10 Septembre 1878 à Châteauroux (Indre).
Ils eurent 10 enfants, entre 1914 et 1934, dont 3 décédés en bas âge.

(Vous pouvez cliquer sur le tableau pour le voir en grand . Il s’ouvrira  dans un autre onglet) 

Les naissances des enfants se sont faites presque toutes à Paris, sauf Henri à Fontainebleau et Bernard à Metz qui n’a vécu qu’un an et demi.
Suzanne BRESSE n’a pas toujours suivi son mari : avant la guerre de 14-18, lorsque Jean MARS était muté à Vannes et après la guerre à Chalons et à Mayence
Jean MARS était à Paris entre 1921 et 1927 lors des naissances de François, René, Jacques.
Suzanne a suivi son mari lorsqu’il a été muté à Metz pour la naissance de Bernard.

Photo de Septembre 1925

De gauche à droite : Marie Thérèse (née 21 Novembre 1914), Marie Madeleine (née 26 Mai 1917), Henri (né 4 Septembre 1920), François (né 2 Octobre 1923), René (né 14 Janvier 1925)

Photos de Suzanne MARS

Suzanne MARS lors du mariage de son fils Henri, en 1949

Suzanne MARS entourée de (en partant de la gauche) Marie-Thérèse , François, Marie-Josèphe, Pierre Couronne (époux de Marie -Thérèse) et Muguette Hersant ( épouse de François) en 1956.

Retraite de Jean MARS

Pendant sa retraite, il s’occupe activement dans toute la mesure où ses forces le lui permettent, d’œuvres religieuses ou sociales.
N’ayant jamais craint la mort, comme il l’avait abondamment prouvé sur les Champs de bataille, il s’y était préparé de longue date et en toute sérénité ; il en a été récompensé par une mort parfaitement chrétienne et calme au milieu de tous les siens.
Sa droiture, sa franchise, son sentiment du devoir, sa conscience professionnelle et morale, son énergie et sa patience, ont fait de lui un modèle pour tous ceux qui l’ont connu. Sa grande Foi, son absolue confiance en Dieu, lui ont permis de surmonter toutes les épreuves.
Il a ainsi montré que la vie n’est véritablement ni gaie, ni triste ; qu’elle est sérieuse, parce qu’elle nous engage pour l’éternité entière : mais surtout qu’elle est belle pour un vrai chrétien, parce qu’elle représente, pour qui sait voir, l’accomplissement total d’une mission personnelle, reçue directement de Dieu. Tel est le grand exemple qu’il laisse, pour les soutenir dans les épreuves de la vie, à ses enfants, qu’il a tant aimés.

Décès

Le général MARS est décédé à PARIS, à l’Hôpital Militaire du Val-de-Grâce le 30 Novembre 1946. Il fut inhumé le 4 Décembre 1946 au cimetière du Père Lachaise. Il avait 68 ans.
Suzanne MARS est décédée à PARIS, le 12 Mai 1957, aussi à 68 ans.

Références:

– Notes de son fils François MARS.
– « LA FRANCE MILITAIRE » du 14 Novembre 1930, Journal Militaire quotidien – fondé en 1880,
– Photos de famille

Pierre BRESSE, petit fils de Jacques Antoine Charles BRESSE, devenu Général

Cet article a pu être écrit grâce à l’aimable participation de Patricia MARS, petite fille de Jean MARS, beau-frère de Pierre BRESSE et de son époux, Bernard de la TULLAYE.

Dans l’article précédent sur les descendants de Jacques Antoine Charles (JAC) BRESSE, nous avons vu que le fils unique de JAC BRESSE, Charles François Marcel BRESSE et Gabrielle BELLOM (1867-1941) ont eu 5 enfants :

  • Claire Marie Suzanne (1888-1957) qui a épousé Jean MARS (1878-1946). Ils ont eu 10 enfants
  • Amédée Charles Pierre (1891-1989) qui a épousé Geneviève BRIERE (décédée en 1941) sans enfants
  • Madeleine (1892-1943) religieuse Saint Vincent de Paul
  • Germaine (1895- ), religieuse de l’Assomption
  • Jacques (1898- ?) qui a épousé Nicole GIRAULT. Ils ont eu 2 enfants : Jean Pierre (1941- ) et François (1945- )

Amédée Charles Pierre BRESSE est né à PARIS 75006 le 14 Février 1891.

Carrière de Pierre BRESSE devenu Général de Brigade

Entrée à l’Ecole Polytechnique en 1912

En 1907 Bachelier (1ère partie latin, sciences)
En 1908 Bachelier ( 2ème partie philosophie et mathématique)
En 1908 externe à Louis le Grand, spécialité prépa.
En 1909 externe à Saint Louis
EN 1910 Le 14 Septembre, admissible à l’Ecole Polytechnique
En 1911 Le 14 Septembre, reçu à l’Ecole Polytechnique
En 1911 Le 06 Octobre, canonnier, au 21ème d’Artillerie à Angoulême.
En 1912 Le 11 Février, brigadier, au 21ème d’Artillerie à Angoulême.
En 1912 Le 10 Octobre, entrée à l’Ecole Polytechnique (Aspirant)

Guerre de 14-18

En 1914 Le 18 Juillet sortie de l’Ecole Polytechnique avec le rang de 177ème sur 215 et choisit l’Artillerie.
En 1914 Le 2 Août, mobilisé comme sous-lieutenant au 28ème d’Artillerie(61°division) (Ecole Militaire du 3° groupe).
En 1914 Le 04 Octobre, 21ème Batterie du 51ème d’Artillerie.
En 1915 Le 01 Octobre, Lieutenant.
En 1915 Le 16 Novembre, commandant de la 23ème Batterie.
En 1917 Le 06 Mars, désigné pour le Cours d’État-major de SENLIS.
En 1917 Le 06 Mars, Stages d’Infanterie et d’Aviation.
En 1917 Le 25 Mars, Cours d’Ecole Militaire.
En 1917 Le 12 Juin, stages d’Ecole Militaire.
En 1917 Le 02 Août, affecté à l’Ecole Militaire du 8ème Corps d’Armée (3°bureau)
En 1919 Le 21 Janvier, cartoucherie de VINCENNES

Suite de la carrière militaire avant la guerre de 39-45

En 1919 Le 25 Mars, Capitaine.
En 1919 Le 01 Avril, Chef de service technique à l’atelier de PUTEAUX.
En 1921 Le 01 Octobre, Professeur de transmissions à l’Ecole d’Application de FONTAINEBLEAU.
En 1927 Le 02 Octobre, 31ème Régiment d’Artillerie au MANS.
En 1928 Le 24 Juin, État-major du 4ème Corps d’Armée au MANS.
En 1928 Le 25 Décembre, Chevalier de la Légion d’Honneur.
En 1928 Le 26 Décembre, Cabinet du ministre de la Guerre.
En 1929 Le 25 Juin, Chef d’Escadron.
En 1929 Le 25 Novembre, commandant le 2ème groupe du 71ème Régiment d’Artillerie à Cheval (Fontainebleau).
En 1932 Le 25 Janvier, Professeur de Balistique à l’Ecole d’Application de FONTAINEBLEAU.
En 1937 Le 27 Septembre, Lieutenant-Colonel.
En 1938 Le 10 Juin, Lieutenant-Colonel au 93ème Régiment d’Artillerie de montagne à GRENOBLE

Guerre de 39-45

En 1939 Le 02 Septembre, commandant le 293ème Régiment d’Artillerie de 155 C TTT.
En 1940 Le 30 Juillet, commandant le 2ème Régiment d’Artillerie.
En 1940 Le 08 Août, Officier le liaison Commission d’Armistice Italienne à CHAMBERY.
En 1940 Le 25 Décembre, Colonel.
En 1941 Le 01 Mars, Officier le liaison Commission de Grenoble.
En 1942 Le 25 Août, Officier de la Légion d’Honneur.
En 1943 Le 20 Octobre, mis en congé d’Armistice.

En 1944 Le 03 Mai, arrêté par la Gestapo et Déporté.

Après la déportation

En 1945 Le 13 Mai, rentré en France.
En 1945 Le 13 Septembre, Directeur du Matériel de la 11ème Région à Rennes et Président du tribunal militaire de la 11ème Région à Rennes.
En 1946 Le 09 Février, Général de Brigade État-major de l’Armée 2ème Section.
23 Février 1946, mis en retraite.

L’allocution prononcée par le Général de CAHOUET, au moment de son départ en retraite

Cher Général,

Au moment où vous êtes atteint par l’inexorable et si hâtive limite d’âge, le Ministre des Armées, au nom du Gouvernement, m’a chargé, et j’en suis fier, de vous présenter l’hommage de l’Armée, et de ceux qui furent pendant votre carrière, en temps de paix ou au cours des deux guerres, vos compagnons d’Armes.

Entré à 20 ans à l’Ecole Polytechnique, c’était chez vous, je le sais, une tradition de famille, vous en êtes sorti en Juillet 1914, déjà fanatique de l’Artillerie. Et quelques jours plus tard, encore en uniforme de Polytechnicien, vous aviez déjà l’honneur de tirer le canon, non point sur un polygone, mais à la Bataille des Frontières, moins d’un mois après, à la Bataille de la Marne. Et dès la fin de 1914, vous aviez la fierté de commander une Batterie de 75; dès 1915 de recevoir, une des premières citations de la guerre.

Cette Batterie, vous l’avez commandée au feu pendant 3 ans sans interruption. Vous l’avez donc fortement marquée de votre personnalité, et quand en Juillet 1916 une nouvelle Citation à l’ordre de l’Armée, célébrait vos qualités d’Artilleur, tous vos hommes en étaient fiers avec vous.

A 25 ans, vous étiez déjà un Chef. Vous saviez comme le montre cette Citation, vous servir du magnifique outil de guerre que vous aviez forgé et vous ne reculiez devant rien pour en tirer le plus beau travail. Je lis dans votre dossier, par exemple qu’ayant eu à démolir un réseau barbelé, vous avez été (sans en demander l’autorisation à vos chefs, qui l’auraient refusée) reconnaître vous-même, sur place, quelques heures avant l’assaut, jusqu’à la première ligne ennemie pour vous assurer qu’il n’en restait plus trace; et vous avez eu la joie de voir, le 1er Juillet 1916, la Compagnie d’Infanterie qui avait réussie à passer par cette brèche, et parvenir sans perdre un seul homme jusqu’à ses objectifs. Un Artilleur d’Appui Direct ne demande pas d’autre récompense.

Je ne cite pas tant d’autres actions d’éclat dans tous les secteurs illustres de cette guerre de 1914-18, de cette guerre dont le chiffre des morts suffirait à faire comprendre aux jeunes générations combien elle fut terrible, même en comparaison de celle qui vient de finir. Je note seulement qu’en 1918 une 3ème citation célèbre cette fois vos qualités d’Officier d’État-major dans les moments critiques dont fut remplie cette année.

Parti Polytechnicien, vous reveniez Capitaine. Après 2 ans à l’Arsenal de Puteaux, stage indispensable pour faire un Artilleur complet, vous étiez nommé à Fontainebleau, qui fut votre garnison de prédilection. A l’Ecole d’Application, vous avez d’abord pendant 6 ans professé la TSF, alors presque à ses débuts. Puis après un intermède au MANS et à PARIS, au Cabinet du Ministre, vous receviez avec bonheur le commandement d’un Groupe d’Artilleurs à Cheval, de ces fameux Volants, une des grandes élites de l’Artillerie et vous en faisiez, dit votre dossier, une Unité de premier ordre.

Rappelé à l’Ecole d’Application pour y professer la Balistique (redoutable honneur) vous y réussissez de façon superbe, enseignant, dit le même document, la Balistique « avec une maîtrise et une clarté hautement appréciée des élèves eux-mêmes » et vous en rédigez un Cours, enrichi de travaux personnels, qui marque dans l’histoire de cette science.

Mais l’heure est venue, où, Lieutenant-Colonel, vous aspirez au but de tout Officier digne de ce nom : le Commandement d’un Régiment. C’est dans une autre élite de l’Artillerie, l’Artillerie de Montagne, la vraie, la muletière, que vous allez servir. Et dès votre arrivée à Grenoble, dès les premières Manœuvres de Haute Montagne, vos Chefs signalent -je cite- « que vous êtes merveilleusement adapté à la montagne »; tout comme naguère, dans l’Artillerie à Cheval, « que vous aviez toutes les qualités du chef dans cette arme »; tout comme dans votre professorat scientifique « que vous dominiez votre sujet et apportiez à votre enseignement la plus grande habilité »; c’est là une bien rare diversité d’aptitudes; et c’est pourquoi vos notes de 1938 vous désignaient comme un « Artilleur exceptionnellement complet et apte aux plus hautes fonctions dans son Arme »

Mais voici 1939. Vous formez de toutes pièces un de ces très beaux Régiments qu’on avait réservés à des chefs de grande classe, d’Artillerie lourde de montagne à tracteur tous terrains. Et jusqu’aux heures tragiques, vous allez le former, l’instruire, le modeler en vue de sa tâche.

En Mai 1940, vous recevez en outre le commandement de l’Artillerie de la Vallée de l’UBAYE. Plus de 100 pièces de tout calibre, placées de 1000 à 2000 mètres d’altitude, commandées et servies par 150 officiers et 4000 hommes, vont sous vos ordres barrer 60 kilomètres de frontière des Alpes. Attaquant comme le dira l’histoire, à 10 contre 1, l’ennemi ne put même atteindre vos lignes: il avait été écrasé par votre Artillerie et perdit 400 prisonniers sans en prendre un seul. Dans ce secteur il avait été tiré plus de coups de canon que de fusil; aussi une 4ème citation 25 ans jour pour jour après votre 1ère citation de 1915 (et, fait fort rare dans l’Armée des Alpes homologuée peu après) vint-elle célébrer ce haut fait d’armes.

Mais hélas, seul fut sauvé l’honneur, pour l’Armée des Alpes. Un calvaire restait à gravir et vous ne vous y êtes pas dérobé. Après avoir avec douleur, dissous ce beau Régiment, votre Régiment, car il n’a jamais eu d’autre Colonel que vous. Vous avez voulu servir encore, et dans les missions les plus pénibles : défendre dans une Commission d’Armistice dont vous étiez le chef, tout ce qui pouvait être défendu contre l’investigation et la rapacité des vainqueurs provisoires. Dans ce tout nouveau métier de diplomate, avec ses incidents tantôt homériques, tantôt affreusement tragiques vous avez révélé aussi des qualités hors ligne et remporté d’étonnants succès, pour le service de l’Armée Secrète.

Métier de diplomate, certes : mais où l’on jouait sa liberté et sa vie; et vous le saviez. Aussi est-ce sans étonnement que vous vîtes la furieuse « Gestapo», ayant décelé certains de vos actes de bon Français, s’emparer de vous, vous détenir pendant plus d’un an, et avec quelles menaces, dans ses camps de déportations de Compiègne, de Godesberg et d’Eisenberg. Mais là encore vous avez su malgré la tristesse d’un deuil cruel et récent, entretenir par tous les moyens la flamme du courage et de l’optimisme parmi vos camarades de déportation, qui ne pourront jamais l’oublier.

Et ce fut le retour, à la Libération. Aussitôt rétabli, vous avez voulu reprendre du service; et ce n’est qu’après vous avoir décerné les Étoiles si bien méritées et si bien placées, que l’Armée, obéissant à l’inéluctable loi de la limite d’âge, s’est vue obligée de se séparer de vous.

Belle carrière en vérité et si bien remplie : services d’État-major ; services techniques; instruction des officiers; mais surtout commandements de troupes pendant la première Guerre presque entière; commandement d’une Batterie pendant la deuxième, commandement d’un Régiment. Le jeune fanatique de l’Artillerie qui sortait de l’Ecole Polytechnique en Juillet 1914 ne pouvait certes pas rêver une plus belle carrière.

Mais ce que je veux surtout vous dire, après avoir accompli ma mission qui était de vous remercier au nom du Gouvernement et au nom de l’Armée, des éminents services rendus à la Patrie, ce que je veux surtout vous dire c’est qu’en vous adressant ces paroles je ne suis que l’interprète d’une foule d’Officiers qui pendant 35 ans ont servi sous vos ordres; soit pendant les deux Guerres, soit dans les commandements du temps de paix, soit dans les services techniques, soit dans les Ecoles d’Officiers; et surtout de ces innombrables anciens sous-lieutenants élèves auxquels vous avez enseigné, avec un tel succès, les sciences les plus primordiales de l’Artillerie et à qui vous avez fait comprendre que pour être un Artilleur complet et digne de ce nom, il faut cultiver et mettre en œuvre avec passion tous ses dons qu’ils soient intellectuels, physiques, ou moraux; qu’il faut se donner avec enthousiasme.

Au nom de tous, mon cher Général, merci. Général de CAHOUET

Ensuite, lecture de ses citations à l’ordre des Armées pendant les guerres de 14-18 et de 1940

I -A l’Ordre de la 61ème Division,le 28 Juin 1915 (Ordre N°84)

Etant observateur dans les tranchées le 15 Juin, a demandé à rester à ce poste pour l’attaque du 16. A dans des circonstances très difficiles (l’observatoire ayant été détruit) assuré personnellement l’observation et la liaison avec son capitaine commandant. Les fils téléphoniques ayant été coupés, a dû se rendre sous un bombardement violent au téléphone le plus voisin.

Signé: NIVELLE

II -A l’Ordre de la 6ème Armée,le 10 Juillet 1916(Ordre N°373)

Lors de l’attaque du 1er Juillet et pendant les journées qui l’ont précédée, a fait preuve du plus grand courage en réglant ses tirs de destruction du haut d’un arbre situé à proximité des premières lignes dans une zone violemment bombardée. A occupé cet observatoire pendant 6 jours consécutifs malgré le feu de l’ennemi.

Signé: FAYOLLE

III -A l’Ordre du 8ème Corps d’Armée,le 16 Novembre 1918 (Ordre N°352)

Officier de liaison d’un dévouement absolu et d’un courage éprouvé, dans maintes circonstances et notamment le 21 Juillet, les 20 et 30 Octobre 1918, s’est porté sous le feu jusqu’aux premières lignes, pour renseigner le Commandement sur la situation des éléments avancés, faisant preuve d’une belle crânerie et d’une intelligente initiative.

Signé: HELY d’OISSEL

IV -A l’Ordre de la Brigade,le 28 Juin 1940 (Ordre N°18 de la 64ème Division)

A, pendant les combats du 17 au 25 Juin 1940, brillamment commandé l’Artillerie de la Vallée de l’Ubaye, causant à l’ennemi de lourdes pertes et permettant à l’Infanterie de maintenir toutes ses positions.

Signé: de SAINT-VINCENT

En 1944 Le 3 Mai, Pierre BRESSE est arrêté par la Gestapo et Déporté

Acte de Déportation de Amédée Charles Pierre BRESSE

Vie privée de Amédée Charles Pierre BRESSE

Il se marie le 6 Avril 1920 avec Geneviève BRIERE à l’Eglise de Saint-Sulpice PARIS.

Ils n’ont pas eu d’enfants.

Malheureusement, Geneviève BRIERE est victime de la tuberculose et décède à 42 ans le 8 Juillet 1941à La Tronche (38).

Que s’est-il passé pour Pierre BRESSE après sa déportation ?

En 1945, le 13 Mai, il est rentré en France.

Après 3 heures d’avion arrivé au Bourget, puis l’Hôtel Lutetia, visite médicale et rue de l’Odéon. Pierre passe quelques jours de repos, dont il avait besoin, rue de l’Odéon.

Puis le 15 Juin, il s’installe 74 Boulevard Montparnasse, dans un appartement qui par une chance inespérée est libéré depuis quelques jours par la mort d’un vieux médecin et que ses beaux-parents ont pu lui réserver.

Pierre est content de revoir ses meubles et ses papiers qu’il n’avait pas vu depuis 4 ans, mais ce n’est hélas, en rien comparable à ses installations d’autrefois.

[Jean François BRESSE] J’ai le souvenir d’avoir été dans cet appartement, en Juillet 1965, alors qu’il était occupé aussi par la famille de sa sœur Suzanne et de Jean MARS.

Le 1er Septembre, après avoir bataillé avec le ministre il a été rappelé à l’Activité et nommé à Rennes. L’appartement restait vide, en ces temps de réquisition c’était très imprudent, Pierre fit donc occuper la moitié par les filles d’un de ses camarades de Fontainebleau, qui était d’ailleurs sous ses ordres à Rennes.

A Rennes, il est logé chez un instituteur en retraite près de la gare. C’est propre et neuf, mais glacial. Pierre vient à Paris tous les 8 ou 15 jours.

Et le 23 Février 1946, il dépose pour la dernière fois l’Uniforme d’Artilleur qu’il a porté depuis 35 ans.

Pierre BRESSE passera les derniers jours de sa vie au Château du Val à Saint Germain en Laye où il décédera, le 11 Juin 1989, à 98 ans.

En 1927, une partie du parc est lotie et le reste du domaine, ramené à 3,5 hectares, est donné à la Société d’Entraide des Membres de la Légion d’Honneur. Le château devient une résidence pour les membres de la Légion d’Honneur.

Photos de Pierre BRESSE

Propriétés de la famille de Pierre BRESSE

Maison de FONTAINEBLEAU au N°56 RUE Saint Merry

Elle a été achetée en 1878 par les arrière-grands-parents GOUGET-DESFONTAINES (grands-parents de Gabrielle BELLOM, épouse de Marcel) pour y prendre leur retraite pas trop loin de Paris et de leurs enfants.

Ils avaient connu FONTAINEBLEAU lors du séjour des grands-parents de Pierre BRESSE, avant 1870 (rue Royale, où était née sa mère).

Elle n’était pas neuve, datant de 1840 environ, Auparavant s’élevait là la Poste aux lettres: c’est ce qu’on voit sur un plan Louis-Philippe.

Ses grands-parents vers 1885 firent faire des travaux par M. BOITTE, architecte du château: la tourelle des cabinets et la terrasse qui fut ensuite couverte d’une véranda. Celle-ci assombrissait le rez-de-chaussée; on réunit en baie les 2 fenêtres du salon, et on mit au fond de celui-ci une grande glace.

La maison fut dans sa splendeur vers 1900 : très bien entretenue, chauffée, une cour remplie de fleurs sur gradins.

Cette maison a vu bien des événements de famille, son arrière-grand-père y est mort. Son grand-père aussi, dans la grande chambre où Pierre l’avait embrassé la veille. Son père y est mort dans ses bras, dans cette même chambre encore.

Sa mère y est restée jusqu’à l’avant-veille de sa mort.

Pierre y a passé, ainsi que Suzanne, sa nuit de noce. Jacques MARS y est né… et 5 générations l’ont habité plus ou moins longtemps.

Suite au décès de sa grand-mère Mathilde BELLOM (née GOUGET-DESFONTAINES) morte en 1915, à la demande de Pierre, ses parents gardèrent la maison.

Après la Guerre, Pierre revint, marié, habiter la maison de 1921 à 1927. En 1927 Pierre partit pour Le Mans.

Après la mort de son père en 1934, sa mère continuait d’habiter là. Depuis 1930 et jusqu’en 1938, Pierre était revenu à Fontainebleau ; puis il partit pour la Tronche (commune située dans la proche périphérie de Grenoble).

Puis ce fut la Guerre, l’Invasion. Sa mère était à Paris quand les Allemands occupèrent la maison, la saccagèrent pas mal, et volèrent quelques objets. Elle y revint peu après et usa ses dernières semaines à réparer les dégâts.

La maison, très logeable : 13 Chambres, dont 4 grandes à 2 fenêtres, Salle à manger, 2 Salons … et 5 WC, quoique bourrée de meubles d’une façon incroyable, pouvait nous recevoir nombreux.

La nouvelle génération a connu cette maison à son déclin, bien délabrée mais pleine de souvenirs.

Pierre espère qu’ils garderont son souvenir, comme d’une chère vieille chose et comme du cadre de vie de leurs grands-parents à la fin de leur existence.

C’est près de là, au cimetière de Fontainebleau que reposent les parents, deux des grands-parents, deux des arrière-grands-parents de Pierre BRESSE.

Tous étaient très attachés à cette vieille maison. Elle a été vendue depuis.

Maison de Fontainebleau. Été 1909, les frères et sœurs de Pierre : Germaine, Jacques, Madeleine

Propriétés en Touraine

Les arrière-grands-parents de Pierre BRESSE, parents de Pauline RAY, épouse de JAC BRESSE, ont acheté en 1849 aux Maillé de la Tour Landry, Forgeais avec sa ferme et la Bigotière et la Chevronière.

Puis de temps en temps, ils achètent de petits lopins pour s’agrandir. La maison de Forgeais était en partie une ancienne maison forte (murs énormes et puits dans la cuisine, elle était faite pour soutenir un siège)

Dès le début ses arrière-grands-parents y passaient près de 6 mois par an. Ils s’occupaient eux-mêmes de l’exploitation de la ferme et des bois.

Le père de Pierre BRESSE, Charles François Marcel BRESSE et ses cousins y passaient toutes leurs vacances.

Pierre BRESSE y a surtout connu sa grand-mère BRESSE (née Pauline RAY) et son grand-oncle Eugène RAY, son frère, si vivant et si gai. Pierre jouait avec les chiens, allait à la pêche à la ligne ou à l’écrevisse dans la rivière, il faisait des promenades en charrette avec un petit cheval qu’il conduisait.

En 1911, à la mort de son grand-oncle, la maison et la ferme de Forgeais, qui étaient sa part, furent vendues. Mais sa grand-mère restait propriétaire des fermes, la Bigotière, la Chevronière, le Moulin Paquet et de divers bois qui entourent ces fermes.

Pierre Bresse a gardé cette propriété à la mort de son père en 1934.

Tous les ans (sauf pendant la Guerre), il y allait 2 fois. En été jusqu’en 39, c’était en auto avec Geneviève (son épouse) pour lui faire connaître le pays et ses habitants, fermiers ou voisins.

Elle s’y est beaucoup plu, et y a été admirablement reçue. Parfois, leur passage au pays était marqué d’un petit événement : baptême dans une ferme, bénédiction d’une Croix qu’il avait fait rétablir, etc…

Dessin au fusain de la maison de Forgeais. Il a été réalisé vers la fin de la guerre 39/45 par un réfugié que les parents du propriétaire actuel, avaient temporairement hébergé. Il représente donc la maison du temps où Pierre BRESSE l’a connu.

Les sépultures de la famille BRESSE à Artas

Lors de notre passage à Artas, cet été nous avons pu faire le point des sépultures de la famille. Nous avons découvert 3 caveaux au cimetière et une chapelle funéraire située au hameau du Revollet. Mr Pascal CHAUVIN nous a fait part d’un quatrième caveau et nous a donné des informations concernant la chapelle funéraire.

Les tombes situées dans le cimetière sont celles de la famille descendante de Jean Marcel BRESSE (1759-1820), propriétaire au Revollet d’Artas. Il devint Officier municipal d’Artas, puis Maire de la commune, à partir de l’an III (1795) et Juge de Paix de Saint Jean de Bournay. Il s’est marié avec Marie CLERET, de Saint Georges d’Espéranche. Ils ont eu 9 enfants: 7 garçons et 2 filles. Nous n’avons pas retrouvé sa tombe. Peut-être est-elle au hameau du Revollet dans la chapelle funéraire.

Voici la généalogie de Jean Marcel BRESSE

(Cliquez sur document pour faire un zoom et faites un retour pour retrouver le texte).

Le 1er caveau est celui de la descendance de la famille de Louis Antoine Alexandre BRESSE

Les noms soulignés sont ceux qui sont dans les caveaux.

Louis Antoine Alexandre BRESSE (1787-1852) était le fils ainé de Jean Marcel. Il a épousé Marie Félicité GERBOLLET (1789-1851). Ils eurent 3 enfants :

Louis Marcel (1814-1880) : Il fut avoué à Vienne, à peu près en même temps que Louis Gustave (1819-1884), mon arrière-grand père.
Pierre Victor (1815-1984), docteur en médecine, sans postérité. Sa thèse de médecine existe dans les archives de la mairie.
– Mélanie-Eugénie (1819-1820) morte en bas âge.

Il y a également, Marie Unité BRESSE, (1806-1894), dernière fille de Jean Marcel BRESSE, veuve de Philippe ORJOLLET, médecin à Saint Jean de Bournay

Tous sont enterrés dans le même caveau. C’est une concession à perpétuité.

Jean Baptiste Victor BRESSE, 2ème fils de Jean Marcel. Il était notaire à Artas et a été maire d’Artas (1831-1861). Il s’est marié à Victorine CLERET en 1830. Ils eurent 3 enfants :
– Marie Victorine Anaisse (1831-1887) qui épouse un MOREL
– Louis Adolphe Victor (1833-1905), notaire à Artas, épouse Octavie PERRET
– Marie Victorine Augustine (1838-1869) qui épouse Christophe CHENEVAS qui a pris la suite de Louis Adolphe, comme notaire

Jean Baptiste Victor a fait construire une chapelle funéraire, située au Revollet.
Voici des noms relevés dans la petite chapelle:
Jean-Baptiste Victor BRESSE 5 mai 1861
Abbé Etienne COUPIGNY 9 mars 1896
Joseph SANDIER 31 oct. 1882 36 ans
 Auguste CLERET 17 juin 1885 80 ans
Robert SANDIER  14 juin 1930
Augustine COCHARD

Auguste Alexandre SANDIER était héritier légataire universel de M. Auguste CLERET par testament, en 1883.

Ce sont toujours des descendants de la famille SANDIER qui entretiennent cette chapelle.

A titre anecdotique, on trouve une note amusante sur un registre paroissial de Maubec, commune où résidait M. Auguste Cléret: « On peut dire sans calomnier que M. Cléret a été pendant 50 ans le persécuteur acharné de tous les curés. Sectaire, voltairien, son plaisir fut jusqu’à sa mort de tourner en ridicule la religion, de critiquer et calomnier tous les prêtres. M. Cléret, est mort le 17 juin 1885 et sa dépouille mortelle a été emportée sans passer par l’église de Maubec de son domicile jusqu’au Revollet d’Artas, au milieu d’une vigne où il attend la résurrection générale. »

Le 2 éme caveau est celui de la famille descendante d’Innocent François Candide BRESSE, mon arrière-arrière-grand-père. Il était le 3 ème fils de Jean Marcel. Il a épousé Marguerite Louise PEROUSE, décédée à Vienne à 23 ans. Ils eurent 2 fils :

Jean Louis Gustave, (1819-1884),  mon arrière-grand-père
– Jacques Antoine Charles, (1822-1883)

C’est Jean Louis Gustave qui a fait construire ce caveau. Il était avoué à Vienne, mais aussi Maire d’Artas (1871-1884)

Nous ne savons pas où est enterré Jacques Antoine Charles.

Les noms soulignés sont ceux qui sont dans le caveau.

Jean Louis Gustave qui a épousé Antoinette BRUNET (1830-1913). Ils eurent 5 enfants :

Louise (1855-1925) qui a épousé Louis LACOMBE (1846-1915)
– Isabelle Françoise Marguerite (1859-1900), religieuse à Montélimar
Louis François, dit Francis, mon grand-père
– Eugène (1861 ; mort-né)
– Marguerite Jeanne (1864), morte à 3 mois

Il y a également Marie Isabelle BRESSE, fille de mon grand-père Francis, qui est décédée en bas âge, en 1893. Elle était située entre mon oncle Paul et mon père.

Pour repérer ceux qui sont enterrés également dans le caveau, il faut se reporter à l’arbre généalogique, dont voici la partie qui correspond.

Marguerite CHABROL, née LACOMBE
François CHABROL
– Paul CHABROL, fils de François CHABROL
Charles LACOMBE
Isabelle GENIN née LACOMBE
Madeleine CHABROL, fille de François CHABROL

(Cliquez sur document pour faire un zoom et faites un retour pour retrouver le texte).

Ce caveau est bien entretenu, par les descendants, en particulier par mes cousins de la famille GINET qui sont encore propriétaires de la maison de Charles LACOMBE à Artas.

Le 3 ème caveau est celui de la famille descendante de Joseph Etienne BRESSE (1797-1866), 5 ème fils de Jean Marcel BRESSE (1759-1820)

Il s’agit d’Etienne Louis BRESSE (1844-1911) qui a épousé Marie JANIN (1850-1908). Ils ont eu 4 enfants :
Lucien Etienne (1870-1892), mort à 22 ans, enterré dans le caveau
– Jean Pierre (1873- ?) sans descendance
Marie Octavie (1879-1926) qui a épousé Jean Joseph DURAND (1875-1959) qui ont eu un fils Victor DURAND (1905-1928). Tous les 3 sont enterrés dans le caveau
– Adèle (1882- ?) qui a épousé un PIOLAT

Le 4 éme caveau est celui de Benoit Marcel BRESSE, 6 ème fils de Jean Marcel. Il est partagé avec le Capitaine BOIS, retraité, décédé en 1885.

Benoit Marcel BRESSE (1800-1876) était propriétaire au Revollet  d’Artas. Il a épousé Josephine VERDELLET. Ils eurent 6 enfants :

– Benoit Victor (1829-1832)
Marie Victorine Joséphine : elle a épousé le capitaine BOIS, né en 1824
– Emilie Unité (1835-1865) , marié 1 enfant, décédée à 30 ans
– Françoise Victorine Joséphine mariée, 1 fille
– Elisa (1844-1867) sans enfant
– Adèle Anaisse (1849-1865)

C’est doute Marie Victorine Joséphine qui a créé le caveau en commun avec le Capitaine BOIS

La génération suivante : celle de Jean Marcel BRESSE (1759-1820)

Jean Marcel BRESSE, dont je descends, est né le 5 septembre 1759 à Villeneuve de Marc. Il s’est marié avec Marie CLERET, de Saint Georges d’Espéranche, née en 1763.

Ils ont eu 9 enfants: 7 garçons et 2 filles.

Jean Marcel était propriétaire au Revollet d’Artas. Il devint Officier municipal d’Artas, puis Maire de la commune, à partir de l’an III (1795) et Juge de Paix de Saint Jean de Bournay. Il est mort à Artas, le 22 Décembre 1820, à 61 ans. Marie CLERET est décédée en 1837, à 74 ans.

(Cliquez sur document pour faire un zoom et faites un retour pour retrouver le texte).

Jean Marcel BRESSE a vécu la Révolution, et il a été un des premiers maires de la commune d’Artas.

Après la Révolution, les maires sont élus au suffrage direct pour 2 ans et rééligibles, par les citoyens actifs de la commune, contribuables payant une contribution au moins égale à 3 journées de travail dans la commune. Sont éligibles ceux qui paient un impôt au moins équivalent à dix journées de travail.

La première élection à Artas date de 1790. Jean Marcel a été successivement Officier municipal et Maire, jusqu’en 1815. La famille BRESSE a fourni plusieurs maires à la commune d’Artas, sur 4 générations.

Le calendrier républicain a été adopté par la Révolution, à partir de 1792 jusqu’ à 1806. Il débute le 1er vendémiaire an I (22 Septembre 1792),  jour de proclamation de la République, déclaré premier jour de l’« ère des Français ». Chaque nom de mois rappelle un aspect du climat français (décembre, nivose en rapport avec le thème de la neige) ou des moments importants de la vie paysanne (septembre, vendémiaire, les vendanges). Chaque jour est caractérisé par le nom d’un produit agricole, d’une plante, d’un animal ou d’un outil en lieu et place des noms de saints du calendrier traditionnel. De ce fait, ce calendrier, que ses concepteurs voulaient « universel », était fortement lié à son pays d’origine et au poids économique que représentaient les activités agricoles à l’époque. Napoléon abrogea le calendrier républicain et instaura le retour au calendrier grégorien à partir du 1er Janvier 1806.

Le premier fils de Jean Marcel, Louis Antoine Alexandre, est né le 27 Décembre 1787, marié à Marie Félicité GERBOLLET. Ils eurent 3 enfants.  Il était propriétaire au Revollet d’Artas. Il est mort à Artas en 1852.

Son deuxième fils, Jean Baptiste Victor, est né le 12 Mars 1789, marié à Victorine CLERET, de Saint Georges d’Espéranche, née en 1807 (lien de parenté avec sa belle-mère ?). Ils eurent 3 enfants. Il était notaire à Artas. Il est élu maire plusieurs fois à partir de 1831 jusqu’ à sa mort, le 5 Mai 1861.

Le troisième fils, Innocent François Candide, dont je descends, est né le 9 Mars 1791, à Artas. Il est décédé le 7 Mars 1864, à Vienne, à presque 73 ans. Il a épousé Marguerite Louise PEROUSE, le 7 Septembre 1818. Il avait 27 ans et elle 17 ans.

Marguerite Louise PEROUSE est née à Saint Alban du Rhône, le 1er Juillet 1801. Son père, Jacques PEROUSE, était notaire royal au Parlement du Dauphiné. Sa mère était Jeanne Marie COURBON des GOUX de FAUBERT.

Innocent François Candide, négociant en laines, est venu s’installer à Vienne.

Marguerite Louise PEROUSE est décédée à Vienne, le 13 Janvier 1825, à 23 ans:

Ils n’eurent que 2 fils :

Jean Louis Gustave, en 1819, dont je descends

– Jacques Antoine Charles, en 1822. C’est lui qui a son nom sur la Tour Eiffel et vous pouvez consulter sa biographie, avec des éléments nouveaux, sur le premier article.

Innocent François Candide a bien réussi, puisque c’est lui qui a acheté et fait construire la maison bourgeoise du Chemin des Maladières, avec 4 ha de terres et des fermes. Cette propriété est restée dans la famille 4 générations.

Innocent François Candide, est né juste après la Révolution. C’est pour cela qu’on lui a donné des prénoms qui tranchent, avec la lignée précédente :

–  Innocent vient du latin qui « ne nuit pas ». Il correspond à souvent à des enfants Capricornes, puisque les saints Innocent sont fêtés le 28 décembre. Il y a eu aussi des Papes Innocent.

Candide vient du latin « candidus », d’un blanc brillant. Le prénom Candide a surtout été rendu célèbre avec le roman de Voltaire (1759), dont le héros démontre que « tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Le mot est passé dans la langue courante pour désigner un jeune homme un peu innocent. Candide fut un martyr à Rome. Il se fête le 3 octobre.

L’enfant suivant de Jean Marcel, est une fille, Marie Antoinette Emilie, née à Artas, le 8 Août 1793. Elle s’est mariée, le 19 Novembre 1813, à Marc NEMOZ de la Batie Montgascon. Elle a eu une fille. Elle est morte à Artas, le 8 Avril 1865.

L’enfant suivant de Jean Marcel, est un fils, Jean Etienne. Il est né le 25 Messidor an III (13 Juillet 1795). Il est décédé en 1796.

L’enfant suivant de Jean Marcel, est un fils, Joseph Etienne. Il est né le 8 Prairial an V ( 27 Mai 1797). Il s’est marié à Marie PIGNARD le 20 Septembre 1850, à 53 ans. Il a eu 2 fils. Il était propriétaire. Il est mort à Artas en 1866.

L’enfant suivant de Jean Marcel, est un fils, Benoit Marcel. Il est né le 7 Floréal an VIII (27 Avril 1800). Il s’est marié avec Joséphine VERDELET, en Novembre 1828. Ils eurent 8 enfants.  Il était propriétaire. Il est mort à Artas en 1876.

L’enfant suivant de Jean Marcel, est un fils, Sixte Hippolyte. Le prénom Sixte, vient du fait que c’est le 6 ème fils. Il est né le 16 Germinal an XII (6 Avril 1804). Il est mort à Lyon, sans descendance.

Le dernier enfant de Jean Marcel, est une fille, la deuxième, Jeanne Marie Unité. Le choix du prénom Unité, contraste aussi avec les prénoms habituels, peut-être en rapport avec la Révolution.  Elle est né 10 Novembre 1806. Elle a épousé, en 1826, Philippe André ORJOLLET, médecin à Saint Jean de Bournay. Ils n’ont pas eu de descendance. Elle est décédée, le 13 Août 1894, à 87 ans.

Du fait que Marguerite Louise PEROUSE est décédée le 13 Janvier 1825, à 23 ans, Innocent François Candide, confie son fils, Jacques Antoine Charles, agé de 3 ans, à sa soeur, Jeanne Marie Unité, sans enfants, qui va lui servir de mère.